• Harley McKenson-Kenguéléwa

Financement des start-up technologiques en Afrique : le mode de sélection des investisseurs

Mis à jour : il y a 5 jours


Tout le long du cycle de vie d’une entreprise, se pose le problème de la recherche de financement. Quels sont les bons arguments pour convaincre les investisseurs ? Quel est la bonne démarche à suivre ? Des acteurs incontournables du capital-investissement en Afrique ont livré leurs conseils lors du sommet " Emerging Valley 2019 ".

La recherche d’argent est laborieuse, parfois désespérante, avec le sentiment que les entrevues avec les capitaux-risqueurs se placent en permanence sous le signe de la méfiance, de la crainte et de l’incompréhension. " Le financement des startups technologiques en Afrique : les investisseurs ont la parole ! " tel a été le thème de la plénière qui s’est tenue le 4 Décembre 2019 à " TheCamp " à Aix-en-Provence, dans le cadre du sommet " Emerging Valley " au cours duquel les intervenants ont détaillé tous les jalons à atteindre pour un entrepreneur à la recherche de fonds. La plateforme d’information CEO Afrique, présente à cette conférence, a récolté le témoignage de ces experts financiers.


Mieux cerner les modalités d’intervention des investisseurs

Les porteurs de projet doivent faire montre de ténacité à toute épreuve et prendre conscience que tout le processus d’investissement, à partir des séances de Pitch jusqu’au pacte d’actionnariat en passant par le due diligence, est davantage une situation d’échange qu’un interrogatoire . De ce fait, il y a autant d’enjeux d’un côté que de l’autre. Ils ne doivent pas se contenter de répondre machinalement aux questions des investisseurs ; ils sont aussi amenés à cerner leurs besoins. Pour cela, il est indispensable pour les fondateurs d’être à l’écoute, pour mieux peaufiner leur projet par rapport aux attentes de leurs interlocuteurs. En fonction de leur profil ( Angel Investor, Venture Capitalist, fonds d’investissement etc..), de leur formation d’origine, de leur nombre d’année d’expérience et de leur personnalité, les investisseurs vont avoir des approches différentes pour mener à bien les entrevues. Si tous se posent quasiment les mêmes questions à la lecture d’un business plan ou à l’issue de la présentation orale d’un entrepreneur, chacun va avoir sa propre manière de mesurer les potentialités d’un projet entrepreneurial. En somme, il faut identifier les futurs interlocuteurs en fonction de leur spécialités, autrement dit, bien observer leurs portefeuilles de participation.

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« Nous couvrons l’Afrique subsaharienne et œuvrons entre autres dans les secteurs du digital et de l’agriculture, affirme Erick Young , co-fondateur de Greentec Capital, une structure d’investissement, basée en Allemagne. A ce jour, nous avons déjà investi dans 29 sociétés post-revenu, implantées sur le continent ».

Pierre Fauvet , directeur des participations chez Creadev affirme que son fonds d’investissement s’adresse exclusivement à des entreprises ayant déjà grandi, en phase de changement d’échelle – et non à des startups - :

« [ … ] Creadev accompagne les entrepreneurs sur le long terme de telle sorte à ce qu’ils deviennent de futurs champions panafricains [ ...] , se focalise sur les secteurs de l’éducation, la santé, l’Agriculture et l’Alimentation, et possède une expertise pour pouvoir être pertinent dans le soutien qu’elle apporte aux entrepreneurs [ … ] ».

Une philosophie d’investissement partagée par le responsable de la division Venture Capital chez Proparco, Johann Choux, dont l’entité cible des entreprises ayant atteint un stade de maturation bien plus avancée, avec une bonne

" traction " et « un chiffre d’affaires annuel de 400 000 euros » , mais qui nuance toutefois ses propos dans la mesure où cette filiale de l’AFD (Agence Française de Développement) n’a pas pour vocation « à rester à très long terme au capital des sociétés et à les racheter ».

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Savoir s’entourer

Avant même de connaitre les critères d’investissement, il faut savoir accepter de bon gré le partage du pouvoir, une concession nécessaire à une bonne gouvernance, surtout lorsque que les fonds ou les business angels sont en mesure d’apporter leur connaissance du cœur du métier, leur expertise technique ou managériale, ainsi que leur réseau relationnel.

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« Nous avons cette fibre de co-fondateur car nous participons à la création de l’entreprise » se réjouit le gérant de Greentec Capital, Erick Young.

Contrairement aux idées reçues, les gestionnaires de fonds d’investissement s’engagent pleinement avec les membres de l’équipe du Top management constituée généralement des fondateurs qu’ils considèrent comme de véritables associés à part entière. Il est donc dans leur intérêt d’accorder une importance particulière à la qualité de cette équipe et d’établir dès le début une relation de confiance , afin que le jour J de la sortie du capital ne déroule sans heurt.

« Creadev n’a pas d’horizon de sortie [ …]. Il faut que les investissements réalisés soient alignés sur le temps de l’entrepreneur , et non sur celui de l’investisseur, afin de nous permettre de réaliser la vision qu’il porte », rassure Pierre Fauvet.

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Peu importe les diplômes obtenus – prestigieux ou non – et le cumul d’autres titres académiques. Ce qui compte aux yeux des investisseurs, c’est la capacité des fondateurs à apporter une vraie valeur ajoutée à leur produit ou service, eu égard à leur trait de génie et leur savoir-faire managérial ou technique.

« Aujourd’hui en Afrique, le plus gros challenge, c’est la détection des talents » résume le jeune homme d’affaires nigérian Bosun Tijani.

Une position qui va dans le sens du représentant de Creadev, Pierre Fauvet, soulignant que son département accompagne les entrepreneurs « avec du capital pour croître leur revenus et pour les aider sur toutes les problématiques "RH" [Ressources Humaines, NDLR] » .

Tester le marché et constituer un solide portefeuille-clients

Ce que les investisseurs attendent d’un projet, c’est de prouver que l’on peut gagner de l’argent, avant même de chercher à lever des fonds. Malheureusement, beaucoup de porteurs de projet commettent l’erreur de se lancer avant d’avoir des clients.

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« Nous n’investissons pas dans des projets n’ayant aucun contact avec le marché , prévient Erick Young. [ ….] Nous ciblons plutôt des entreprises ayant déjà des clients, dotées d’une base de données de personnes prêtes à payer les produits ou services de leur business ».

Même son de cloche du coté de Pierre Fauvet, insistant sur le fait que, pour être éligible à des financements chez Creadev, les entreprises candidates doivent générer chacune « 1 million d’euro de chiffre d’affaires, avec une preuve de concept et un enjeu de croissance ».

A noter que les gestionnaires de fonds de capital-risque et les business angels mettent davantage l’accent sur la problématique de la taille du marché. C’est donc sur cet aspect que les entrepreneurs doivent prioritairement se focaliser , notamment les grandes métropoles dotées d’un vaste marché de consommateurs où se concentre l’essentiel de l’activité économique ( Lagos, Johannesburg, Cape Town, Nairobi, Le Caire, Addis-Abeba, Casablanca etc. …) ou élargir leur périmètre d’activité bien au-delà des frontières du pays d’implantation des projet entrepreneuriaux, dans les espaces économiques sous-régionaux : CEMAC ( Communauté Economique et Monétaire de l'Afrique centrale, UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine etc.) afin de maximiser leur chance d’obtenir un très grand nombre de prospects.

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Par ailleurs, les produits du projet doivent correspondre à un souhait clairement exprimé par le public, en parfaite adéquation avec les attentes des consommateurs. De plus, le succès commercial sera assuré si ces derniers intègrent l’innovation dans le mode de vie de ces prescripteurs.

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Mais il ne suffit pas pour autant d’investir de grosses sommes d’argent en Recherche & Développement pour s’assurer un succès. Le concept innovant doit apporter, un avantage concurrentiel durable et un réel bénéfice pour les consommateurs.

« Ce n’est pas nécessairement la qualité du produit qui prévaut. Il faut aussi tenir compte de la maturité du marché dans la plupart des cas [ … ] » abonde dans ce sens Bosun Tijani, co-fondateur & CEO de CcHub ( Co-Creation Hub) et membre du Board Africa Europe Innovation Partnership, au Nigeria.

TheCamp, à Aix-en-Provence, lieu du sommet " Emerging Valley" . Crédits : © Afrique

Posséder une grande capacité d’anticipation

Les investisseurs s’assureront que le principe de management du dirigeant d’entreprise est celui de placer la barre très haute : posséder l’art de voir loin, penser toujours à demain, formuler des objectifs à long terme, décider quelles activités il va développer définir la croissance du chiffre d’affaire à atteindre etc…

« L’enjeu de croissance, c’est non seulement les talents au sein de l’entreprise, mais aussi la vision du porteur de projet [ …] » poursuit Pierre Fauvet.

D’autre part, Johann Choux, responsable de la division Venture Capital au sein de l’agence Proparco, insisté sur l’importance du business plan qui doit être une photographie exacte et fidèle de la situation de l’entreprise et de ses prévisions de croissance . Or Un bon nombre de dirigeants de sociétés ont tendance à être trop optimistes.

« Il faut faire attention à la réalité des business plans [ … ] Ceux qui nous sont présentés contiennent souvent des projections délirantes » déplore t-il.Il est donc fortement recommandé de faire preuve d’humilité en retenant les hypothèses de croissance les moins favorables.

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Se faire accompagner par une structure d’appui à la création d’entreprise

Les projets qui suivent un programme d’accompagnement affichent généralement un taux de survie bien supérieur par rapport aux autres. Une brèche dans laquelle les créateurs d’entreprise ont intérêt à s’engouffrer. Et tout particulièrement lors qu’ils n’ont que quelques années de vie professionnelle à leur actif. Le fait d’être soutenu par un incubateur ou un accélérateur peut donner de la crédibilité face aux investisseurs, un signal fort permettant d’interpréter une intégration au sein de ces dispositifs de soutien comme une manière de pérenniser son projet.

« Notre modèle d’investissement repose sur le "Venture Building" qui représente une combinaison d’apports opérationnels et financiers, permettant aux projets ayant déjà bénéficié de l’accompagnement d’un accélérateur de se restructurer de telle sorte à augmenter leurs vecteurs de croissance, explique Erick Young. [ … ] Nous recrutons des experts qui vont accompagner au quotidien les équipes managériales des startups dans lesquelles nous avons investi, pour assurer cette restructuration de leur gouvernance et, plus globalement, de leur business [ … ] ».

La place prépondérante de ces structures d’accompagnement dans les écosystèmes entrepreneuriaux africains explique sans doute le fait que Samir Abdelkrim, auteur du livre " Startup lions, au cœur de la Tech africain " s’est fait un point d’honneur de réunir plus de « 150 startups et incubateurs africains, méditerranéens et européens » au sommet Emerging Valley.

A propos :

EMERGING Valley

Emerging Valley est un sommet international créé en 2017 autour d'une double ambition : aider les startups africaines à se développer en obtenant des financements et faire du territoire Aix-Marseille un Hub d'innovations émergentes entre l'Afrique, la Méditerranée et l'Europe. Emerging Valley a été Labellisé par la Saison Africa 2020.

Samir Abdelkrim

Originaire de Kabylie et natif de Marseille, Samir Abdelkrim est un expert de l’innovation africaine, auteur du livre « Startup Lions : au cœur de l’African Tech » et initiateur du sommet « Emerging Valley » visant à établir des passerelles entre les écosystèmes numériques africains, méditerranéens et européens. Ses travaux et recherches sont unanimement reconnus par la profession.

TheCamp

Basé à Aix-en-Provence, " TheCamp ", inspiré des campus américains, permet aux individus et organisations de se former et accompagne les enjeux de transformation (Formation et facilitation) ; accueille et crée des conférences, meet ups, hackathons… (Événements) ; mène des actions de terrain liées à la création collaborative, l’expérimentation, l’accélération de l’innovation, la jeunesse ou encore l’intérêt général (Projets).

Par Harley McKenson-Kenguéléwa

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