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Investir dans les start-up africaines peut rapporter gros : Témoignages inspirants d’investisseurs

Dernière mise à jour : 20 mai


Souvent méconnue ou ignorée du grand public, l’activité d’ange financier et de fonds de capital-risque est pourtant très riche d'enseignements, aussi bien théoriques sur la compréhension des écosystèmes start-up africains, que pratiques en matière de mode de fonctionnement des investisseurs.

Lors de la 8ème édition de l’événement " Africa Early Stage Investor Summit " organisée les 4 et 5 Novembre derniers par le réseau VC4A (Venture Capital for Africa) et l’association ABAN (African Business Angel Network), plusieurs intervenants ont raconté, chacun, ce métier d’une manière aussi passionnelle qu’enthousiasmante.

De façon pédagogique, le webzine CEO Afrique, qui a visionné cette e-conférence, décrypte les arcanes du paysage de l’investissement en capital sur le continent africain, sur la base des témoignages des participants.




Au cours de l’Africa Early Stage Investor Summit 2021, les orateurs ont donné des réponses détaillées et ébauché des réflexions sur les critères qui motivent la décision des business angels ou des fonds de capital-risque d’investir dans des start-up africaines, ainsi que sur les étapes qui jalonnent le parcours des investisseurs en quête de jeunes pousses prometteuses. Ces derniers estiment sans doute avoir confiance dans l'aboutissement des projets entrepreneuriaux dans lesquels ils ont injecté de l’argent, d’autant plus que les pouvoirs publics d’un bon nombre d’États africains semblent vouloir s’orienter vers une stratégie résolument pro-business, en renforçant l’attractivité des grandes métropoles : Nairobi, Accra, Lagos, Port-Louis Cape Town, Le Caire, Gaborone, Luanda, Abidjan, Dakar etc .... Dans un contexte de politiques macro-économiques caractérisées par la mise en œuvre de réformes structurelles durant ces dernières décennies, en vue d’améliorer l’environnement des affaires, les apporteurs de capitaux sont en effet en mesure de s’engager pleinement dans les secteurs les plus porteurs du continent, tout en renforçant leurs capacités dans des domaines d’activité où la main d’œuvre qualifiée est concentrée.


« Au siècle prochain, l’Afrique est le continent qui nous offrira la plus grande opportunité, car c'est là qu'aura lieu le gros de l'accroissement démographique mondial d’ici l’année 2100, soit 40 % de la population à l’échelle planétaire, affirme Colin Coleman, ancien associé de la banque Goldman Sachs, membre du conseil d'administration de Business Leadership South Africa ( BLSA) et co-président du Youth Employment Service (YES), s’appuyant sur les données chiffrées de l’Organisation des Nations unies. Aujourd’hui, l’Afrique compte près de 1,3 milliard de personnes qui sont amenées à se procurer des produits ou des services de première nécessité, comme les technologies de l'information et de la communication, Internet, l'éducation, la santé ou la sécurité [ ... ] »


On observe une progression constante des investissements en capital-risque dans les startups locales . Cela est d'autant plus vrai que, sous un angle plus conjoncturel, la plupart des économies africaines ont une certaine résilience face à la pandémie de Covid-19.


« L'étude de la répartition des tours de table de plus d’un million de dollars en Afrique révèle que ces opérations de prise de participation et d’augmentation de capital, au cours des deux dernières années, s’effectuent du Nord au Sud et de l’Ouest vers l’Est du continent. On y recense près de 250 réseaux d'investisseurs providentiels, des programmes d'accélération, des fonds de capital-risque et des family offices qui investissent dans de jeunes sociétés [ ... ] » observe David S Rose, serial entrepreneur et ange financier américain.


 

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Zachariah George, associé-fondateur de Launch Africa Ventures, note une différence d'approche fondamentale entre les pratiques opérationnelles en Europe et celles en Afrique :


« Beaucoup d’investisseurs locaux commencent à intégrer des réseaux de business angels, à l’instar du Lagos Angel Network ou du Cairo Angels. Ils voient de plus en plus un intérêt à rejoindre ce type de communautés à investir directement dans les startups [ ...]. Il y a ici un point intéressant à soulever : la plupart des professionnels du secteur en Europe ne veulent pas investir directement dans le capital des entreprises en Afrique, car ils estiment que le continent est très éloigné de leur champ d’intervention et d’expertise, et préfèrent injecter leur argent dans les fonds d’investissement. En Afrique au contraire, c’est l’inverse qui se produit. L’état d’esprit qui anime les investisseurs sur place consiste à rencontrer les entrepreneurs et injecter de l'argent directement au capital de leur société. Je pense que ces derniers se mettront à investir dans des fonds d’investissement, lorsqu’ils auront réaliser des retours sur investissement importants avec effet immédiat ».


Ryosuke Yamawaki, associé en charge des Investissements chez Kepple Africa Ventures, relève que « les fonds de capital-risque dédiés à l’Afrique interviennent généralement en série A et en série B », la série A se caractérisant par des tours de table visant aider les startups à peaufiner un business model qui génère du profit sur le long terme, et la série B correspondant à des levées de fonds qui vont permettre d’augmenter de manière significative les ressources financières, humaines et techniques, dans le cadre de la stratégie de développement d’une entreprise déjà bien implantée et relativement plus mature qu’une start-up.



Alberto Anton Aparici, chargé de la stratégie chez Plug and Play Ventures, considère quant à lui, que « l’Égypte, le Nigeria, le Kenya et l'Afrique du Sud présentent l’avantage d’abriter une population importante, ce qui permet d'attirer plus facilement des fonds de capital-risque. Mais le Ghana et le Sénégal ne sont pas en reste, et le Maroc semble s’engager sur cette voie » .


Un deal flow de projets entrepreneuriaux de plus en plus qualitatifs


Tout comme pour les autres secteurs d’activité, l'objectif pour des investisseurs est d’atteindre un meilleur équilibre entre l'offre et la demande, en leur donnant la possibilité d'adapter leur proposition de financement à un segment de marché sur lequel on trouve une variété de projets, recouvrant une gamme de maturités aussi large que possible, allant de la start-up jusqu’à la PME, en passant par l’ETI (entreprise de taille intermédiaire). En ce qui concerne notamment le continent africain, il convient donc pour les réseaux de business angels et les fonds de capital-risque d’identifier des projets techniquement réalisables, de les confronter aux réalités économiques du marché et quantifier les gains futurs.


À ce titre, l’homme d’affaires David S Rose, apporte un éclairage précis sur la question, de par son expertise métier :


« La puissance des technologies émergentes offre la possibilité de créer des solutions radicalement nouvelles, de nature à améliorer l'accès des populations africaines aux soins de santé, aux services financiers, à l'éducation ou à l'énergie. Ce n'est pas un phénomène propre au Nigeria et à l’Afrique du Sud ; il s’étend à tout le continent [ ... ]. Il existe trois typologies d’entrepreneurs. Le premier englobe ceux qui se sont lancés dans "l’entrepreneuriat de survie", une catégorie de créateurs d’entreprise qui compte un pourcentage plus élevé en Afrique que partout ailleurs dans le monde. Ces derniers leur font par contrainte, afin de nourrir leur famille. La deuxième typologie rassemble ce que j’appelle des "entrepreneurs nés", dont je fais partie, qui ont montré une vocation précoce pour l’entrepreneuriat. J’ai moi-même commencé à monter ma propre affaire lorsque j’avais environ 10 ans. Dans la troisième typologie, figurent les "self-made entrepreneurs". Ils ont l'esprit d'entreprise et examinent de façon rationnelle les secteurs d’activité qu’ils sont supposés maîtriser parfaitement, soit parce qu'ils y ont travaillé ou bien ils sont familiers avec le marché, dont la compréhension leur est beaucoup plus facile. Ils font appel à la technologie pour apporter une solution à un besoin [ ... ]. C’est ainsi que naissent les grandes entreprises ! ».


 

Quel grand entrepreneur africain êtes vous ?


 

À cet égard, la fulgurante percée de la start-up Paystack au Nigeria devra sans doute faire changer d’avis les investisseurs étrangers les plus précautionneux et réticents à l’idée de s’intéresser aux jeunes pousses africaines les plus prometteuses et aux pépites innovantes locales de demain.

La gestion au cordeau semble être une vielle habitude pour son co-fondateur et directeur exécutif, Shola Akinlade. Peu de temps après l’obtention de sa licence en informatique à l’Université Babcock en 2006, il travaille comme stagiaire en tant que gestionnaire base de données chez le groupe brassicole Heineken. Deux ans plus tard, il fait ses premiers pas dans l'entrepreneuriat en co-fondant — avec Mayowa Okegbenla — Klein Devort, une agence de développement de logiciels et de conseil en informatique, avec pour produit phare, "Precurio", une plateforme collaborative pour la gestion de projets. Le succès est au rendez-vous et l’entreprise est de plus en plus sollicitée, notamment par les banques, pour la conception de logiciels, ce qui lui donne l'occasion de mieux comprendre le mode de fonctionnement du système financier, une porte d’entrée idéale vers l’univers de la FinTech ... Shola Akinlade en savait autant que n'importe quel financier au sujet des thèmes précis couvrant l'essentiel des problématiques bancaires.



De ce fait, sa décision est prise : il veut désormais développer une plate-forme de paiement en ligne et consolider le marché très fragmenté des paiements sur le continent africain. L’une de ses priorités est de miser sur la complémentarité en s’associant à un pro en matière d’innovation technologique et trouve en la personne d’Ezra Olubi, un spécialiste chevronné qui a travaillé entre autres au sein de la société de recrutement Jobberman et chez Delivery Science, en qualité de CTO (Chief Technology Officer).


 

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Les deux compères lancent Paystack aux alentours du dernier trimestre de l’année 2015. Dès lors, la plateforme, qui est encore en phase de test, dépasse déjà les 300 utilisateurs. Reste à trouver les capitaux pour pouvoir peaufiner au mieux leur concept. Courant 2016, Paystack intègre le programme de Y Combinator, un accélérateur californien réputé pour sa sélection draconienne à l’entrée, avec en prime un financement 120 000 $ et, dans la foulée, une levée de fonds s’élevant à 1,3 million de dollars, effectuée auprès d’investisseurs lors du Demo Day. La base de données de la FinTech, de plus en plus grandissante, se retrouve au centre de toutes les attentions, notamment de la part du spécialiste américain du paiement en ligne Stripe, le réseau bancaire Visa et le géant internet chinois Tencent qui se joignent aux capital-risqueurs pour injecter 8 millions de dollars en financement de série A. Stripe continue de lui faire la danse du vente et décide en Octobre 2020 d’acquérir totalement la pépite nigériane.


Une start-up en or qui fait le bonheur de Dr Ola Orekunrin, une femme médecin britannico-nigériane et et directrice générale de Greentree, un fond d’investissement qui détient également des parts dans cette société :


« À l'époque, Paystack était évalué à environ un million de dollars, ce qui nous paraissait excessivement cher. En 2020, cette startup a été acquise par Stripe, une société américaine de paiements, pour une valeur de 200 millions de dollars. À travers notre fonds, j’ai aussi investi dans Flutterwave et Interswitch. Bon nombre de ces cofondateurs sont devenus eux-mêmes des investisseurs providentiels [ ... ]. Et ces derniers feront sans doute émerger à leur tour une pléthore de business angels qui contribueront à consolider notre écosystème entrepreneurial en Afrique » .



 

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Une success story qui amène à la question suivante : Comment dénicher la prochaine start-up africaine d’envergure comparable à Paystack, Flutterwave ou Interswitch ? Rien de mieux que démarcher directement les entrepreneurs les plus talentueux, à la manière d’un chasseur de têtes en quête de la perle rare. C’est ainsi la démarche qu’a choisi d’adopter la société de capital-risque Flat6Labs qui a eu, entre autres, à épauler le réseau Cairo Angels en Égypte, à travers sa pipeline de projets qualifiés.


« [ ... ] Flat6Labs, de par sa nature en qualité d’investisseur intervenant dans les start-up en phase d’amorçage, est un "bâtisseur" d'écosystèmes. Nos succès sont étroitement liés à l’état des écosystèmes et de nos connexions avec les universités et les groupes d’anges financiers [ ... ] Nous devions souvent nous rendre dans les universités et convaincre nos interlocuteurs de nous laisser rencontrer librement les meilleurs talents parmi les jeunes diplômés et les patrons de start-up les plus prometteuses, afin d’étudier comment nous pouvions investir en eux » explique Dina el-Shenoufy, Chief Investment Officer de Flat6Labs.


L'essor de la FinTech ne doit pas faire perdre de vue la nécessité d’explorer d’autres secteurs très porteurs, constituant des relais de croissance pour les prochaines années en Afrique. C’est en tout cas ce qu’ont tenté de démontré plusieurs responsables de fonds de capital-risque, au cours de l’Africa Early Stage Investor Summit 2021.


« Le secteur de la sécurité numérique n’en est qu'à ses débuts. Toutefois, nous y voyons une énorme opportunité à saisir, à moyen et long terme. Les entreprises présentes sur ce segment de marché, ou qui opèrent plus globalement dans la cybersécurité, sont en mesure de rivaliser avec les principaux concurrents mondiaux comme ceux établis aux États-Unis ou en Israël, car les clients sur place ont besoin de solutions sur mesure ; il faut préalablement disposer d'une solide connaissance des marchés locaux africains pour mieux comprendre les besoins [ ... ]. Parmi les opportunités d’investissement offertes par les marchés, j’y ajouterai la supply chain » déclare Aniko Szigetvari associée fondatrice du fonds de capital-risque Atlantica Ventures.


Pour sa part, Tidjane Deme, co-directeur du fonds d’investissement Partech Africa se montre optimiste, quant au secteur de l’assurance qui a bénéficié de cette vague de numérisation, mais qui dispose toujours d’un « faible taux de pénétration en Afrique » selon ses dires.



Dans la même lignée de pensée, Lexi Novitske, directrice associée du fonds Acuity Ventures, soutient fortement l’idée selon laquelle le marché de la FinTech n'est pas encore totalement saturé, malgré la myriade de startups africaines qui opèrent dans ce secteur :


« Si je disposais, à titre personnel, de 1 million de dollars, je n’hésiterais pas à investir dans une start-up qui conçoit des portefeuilles de cryptomonnaie, un secteur qui présente beaucoup d'opportunités sur le continent, même s'il est vrai que cela comporte des risques, notamment au niveau de la gouvernance d'entreprise. À contrario, en supposant que j’ai en ma possession 10 millions de dollars, j’investirais dans une néobanque ou une start-up spécialisée dans les transferts d’agent, qui fonctionnerait de manière transparente et rapide, sans frais élevés [ ... ] ».


Même son de cloche chez Alberto Anton Aparici, pour qui la DeFi [ Decentralized Finance : Finance décentralisée, système financier alternatif où les transactions se font directement d'utilisateur à utilisateur via les technologies blockchains et les cryptomonnaies, NDLR ] « constitue une grande opportunité de croissance ».

 

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Mareme Dieng, responsable de la stratégie et de l'innovation du bureau régional du fonds de capital-risque "500 Global" pour l’Afrique, fait entendre une voix discordante, mettant en exergue l’importance de secteurs porteurs tels que « l’AgriTech, l’e-Commerce ou la e-logistique », à condition que l’Afrique se dote « d’infrastructures adéquates » pour faciliter le développement de ces domaines d’activité.


Détecter les futures pépites innovantes africaines : un travail de long haleine


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Dans l’imaginaire collectif, les investisseurs peuvent s’offrir le luxe d’alimenter leur compte bancaire à l’infini et dépenser leur argent en quantité illimité, contribuant presque de façon généreuse au financement de tout type de projet, sans se soucier du lendemain et des conséquences de leur engagement altruiste. Derrière ce portrait rêvé et envié, se cache en réalité un très long parcours difficile, parsemé d'embûches, qui les attend avec une forte probabilité de perdre l’intégralité de leur mise de départ si tout ne se déroule pas comme prévu, ce qui est souvent le cas. Anges financiers comme fonds de capital-risque, tous s'accordent donc sur un point : Il est d’une importance cruciale de bien identifier les start-up qui offrent les meilleures perspectives de croissance, susceptibles de générer des profits à partir de leurs investissements.


En premier lieu, il convient, pour les investisseurs, d’inscrire leur démarche globale dans une stratégie à long terme, tout en visant à obtenir des résultats tangibles.


« La plupart des fonds d’investissement ont un horizon de placement de 12 à 15 ans. Cela fonctionne quand les fonds partenaires sont constitués principalement de grandes institutions financières, qui n'ont pas besoin de liquidités dans l’immédiat ou qui attendent un retour sur investissement en un laps de temps court . Lorsqu’il s’agit par contre de particuliers, de family offices, d’institutions plus petites ou de fonds de fonds — cherchant à obtenir un retour sur investissement sur cinq à sept ans — , le mieux serait d’envisager de repenser sa stratégie de sortie » explique Zachariah George, associé-fondateur de Launch Africa Ventures.


 

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Tout comme pour les porteurs de projet qui se lancent dans une aventure entrepreneuriale, évoluant dans un environnement économique plein d’incertitudes, les business angels et les fonds de private equity partagent, par analogie, un goût immodéré pour la prise de risque, ce qui ne doit pas les empêcher pour autant d’intervenir et s’impliquer très tôt en amont des projets entrepreneuriaux.


Pour étayer son argumentation, Pardon Makumbe, co-fondateur & directeur associé de CRE Venture Capital n’hésite pas à établir une comparaison entre le réseau social MySpace et Facebook, désormais connu sous l’appellation commerciale de "Meta" :


« L’un a échoué de manière désastreuse et l'autre est devenu en quelques années l'une des plus grandes entreprises du monde. Pour éviter cet écueil, il est donc légitime de se demander comment identifier le prochain "MySpace" et le futur "Facebook". Il faut bien connaître le modèle économique de la société ciblée, calculer la taille du marché adressable, s’assurer que les fondateurs présentent les qualités requises pour bâtir une entreprise gagnante, confronter sa vision stratégique avec celles des investisseurs, étudier les scénarios futurs possibles en matière de sortie du capital [ ... ]. Il va sans dire qu’il est difficile trouver une entreprise qui sort de l’ordinaire, où une véritable dynamique humaine est insufflée, Notre défi, au sein de CRE Venture Capital, consiste justement à pouvoir nous associer avec des fondateurs qui ont des perspectives de développement similaires à la nôtre et qui sont disposés à entretenir une relation de collaboration, de façon constructive, sur une longue durée [ ... ] » .


Une philosophie d’investissement qui fait écho à celle formulée par Aniko Szigetvari, associée fondatrice du fonds de capital-risque Atlantica Ventures :


« Nous ne pouvons pas nous hasarder à faire des compromis sur le due diligence, surtout dans le cadre d’une stratégie aussi élaborée et soignée que la nôtre, où nous prenons le risque d’investir dans des sociétés avec des tickets d’entrée importants et, en prime, d’autres tours de table. Nous nous devons de déceler en elles les réelles opportunités de croissance, avant de décider de conclure une entente de financement [ ... ]. Les membres d’une solide équipe managériale sont en mesure d’exercer leur responsabilité dans les bons comme dans les mauvais moments, tandis qu'une moins bonne équipe peut très vite jeter l’éponge. C'est la raison pour laquelle, le fait d’apprendre à connaître les entrepreneurs et de passer du temps avec eux, via des interactions fréquentes, est vraiment fondamental, car il s’agit d’établir une relation d’affaires à très long terme. Nous accordons beaucoup d’importance à la gouvernance d’entreprise en tant que critère d’investissement à forte valeur ajoutée [ ... ] ».


 

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Ryosuke Yamawaki, associé en charge des Investissements chez Kepple Africa Ventures, souscrit à la thèse, voulant que les fondateurs doivent s’entourer des bonnes personnes pour mener leur entreprise vers le succès, même s’il concède volontiers que recruter les meilleurs profils à chaque poste reste un gageure, notamment dans les domaines techniques ou scientifiques :


« Il est difficile de trouver des talents, surtout des profils de type "ingénieur" en raison du fait que les écosystèmes Tech en Afrique sont encore très jeunes. Les entreprises en quête de financement de série A ou série B cherchent généralement à franchir l'étape critique du passage à l'échelle et veulent évidemment élargir leurs équipes d'ingénieurs. Mais cela coûte très cher. Il semble que le coût que les startups doivent payer est anormalement très élevé, eu égard à ce que l'on pourrait attendre d’une personne ayant un bon niveau de compétences. Toutefois, je pense qu’il y aura un ajustement du marché au fil du temps [ ... ]. L’acquisition de talents constitue un vrai goulot d’étranglement à l’heure actuelle » .


Dans un tout autre registre, Tidjane Deme, co-directeur de Partech Africa, a mis l’accent sur les plus-values réalisées par les investisseurs, à l’occasion d’opérations de sortie du capital :


« Nous adoptons une approche pragmatique concentrée sur les questions de valorisation. Nous cherchons à déterminer combien nous pourrions vendre ultérieurement l’entreprise ciblée, évaluer le montant de nos participations détenues dans la société, en cas de cession dans quelques années [ ... ]. La question de la liquidité est essentielle pour nous ».


Ces start-up africaines qui pourraient être les prochaines licornes


L’Afrique compte encore très peu de licornes — Flutterwave, Fawry, Jumia, Chipper Cash, OPay — , des start-up valorisées plus d'un milliard de dollars et le retard n’est pas prêt d’être comblé, même si force est de reconnaître que les choses commencent à évoluer tout doucement dans le bon sens.


Wave est la dernière start-up en date à avoir rejoint, en Septembre 2021, le club très select des licornes sur le continent africain. Cette jeune entreprise de mobile money, créée en 2018, a levé 200 millions de dollars auprès d'investisseurs, dont les fonds de capital-risque Sequoia Heritage, Ribbit Capital, Partech Africa, la société d’investissement Founders Fund et le prestataire de services de paiement Stripe , une opération qui lui a permis d’atteindre 1,7 milliard de dollars de valorisation.


Un aspect qui mérite d'être souligné : La plupart de ces licornes sont issues de la Fintech. Toutefois, des jeunes pousses, opérant dans d’autres secteurs d’activité et dont la valorisation se rapproche du milliard de dollars, seraient sur les starting-block, si l’on en croit les prévisions de Ryosuke Yamawaki :


« Il y a beaucoup de réussite dans le domaine de la supply chain, à l’instar de Twiga Sokowatch, Kibanda Topup, Sendy ou Kobo360. Vient ensuite, par ordre d'importance, la santé, comme à titre d'exemple Helium Health ou Reliance HMO, même si la majeure partie des entreprises du secteur sont encore catégorisées en "Serie A" [ ... ]. Toutes ces sociétés sont en passe d’atteindre bientôt le statut de "licorne"» .


Force est de constater que la FinTech est, une fois de plus, mise à l’honneur avec la start-up Kuda qui se place également en pôle position, comme en témoigne Ricardo Schäfer, associé au sein du fonds de capital-risque "Target Global" qui est entré au capital de la société nigériane :


« Nous avons été très vite enthousiasmés par cette opportunité d’investissement que nous a offert le fondateur de Kuda, Babs Ogundeyi, ainsi que par la vision qu’il porte au sujet de son entreprise. Mais ce qui a attiré davantage notre attention, c'est le fait que Kuda ait réussi à se développer très rapidement avec peu de capitaux. Lorsque nous avons entamé les premières négociations, la FinTech avait déjà à son actif 50 000 comptes. Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu une banque digitale se développer de façon aussi spectaculaire. Cela prouve la bonne adéquation du produit proposé avec le marché. Les clients sont de moins en moins satisfaits des prestations fournis par les banques traditionnelles et sont désormais à la recherche d’une expérience-utilisateur, une occasion de croissance dont a su se saisir Babs Ogundeyi [ ... ] ».



Babs Ogundeyi, co-fondateur & CEO de Kuda prend le relais :


« Pour qu’un partenariat fonctionne bien, il est important que les parties partagent ensemble une vision à long terme de leurs rapports et de l'avenir, que la vision des fondateurs s'alignent sur la philosophie d’investissement des investisseurs providentiels » .


Kuda, dont la valorisation a été hissée à 500 millions de dollars lors de sa dernière levée de fonds, compte aujourd’hui 1,4 million d'utilisateurs enregistrés .


 

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Accélérer l'investissement des business angels et des fonds de capital-risque dans les start-up africaines


« L’Afrique est la région du monde qui draine le moins de capitaux. Certes, l’argent est disponible, mais le défi réside dans la capacité du continent à attirer ces fonds » fait remarquer Ilyes Bdioui, associé-fondateur de Bridging Angels.


Orienter l'épargne des classes moyennes et des personnes fortunées vers le financement des pépites innovantes qui feront l’économie africaine de demain : Tel est, entre autres, la vocation de la plateforme Catalytic Africa. Son initiateur, l’African Business Angels Network (ABAN), espère pouvoir combler le manque de ressources pour l'investissement de ces jeunes pousses positionnées dans les secteurs à fort potentiel de croissance. L’idée est d’autant plus séduisante qu’elle apporte en partie une solution au problème soulevé par Tokunboh Ishmael, cofondatrice & directrice générale d’Alitheia Capital et présidente de l'Association africaine du capital-risque AVCA (African Venture Capital Association) :


« Dans l'imaginaire collectif, le capital-risque et le private equity sont perçus comme une sorte de "boîte noire". où vous vous contentez de placer votre argent et recevoir des rapports trimestriels ou semestriels, ce qui n’est pas encore solidement ancré dans les usages [ ... ] . Il est évident qu’il existe une grande marge de progression en matière d’éducation financière ».



Parmi les autres jalons importants qui devraient permettre aux pays d’Afrique d’atteindre leur but en matière d’investissement en capital, figure l’achèvement des maillons manquants dans la chaîne de valeur du financement, ce qui contribuerait à une plus grande efficacité et susceptible d'assurer une meilleure articulation entre l’ensemble des acteurs du capital-risque et du private equity sur le continent. Une problématique dont s’est saisi Aly El Shalakany, président de Cairo Angels.


« Nous avons identifié des lacunes évidentes dans le processus de la levée de fonds en post-amorçage ou pré-série A. J'ai le sentiment que les entreprises sont exhortées à effectuer des demandes de financement de série A de façon prématurée, ce qui signifie qu'elles n'obtiennent jamais ces financements dans de bonnes conditions, car elles ne sont pas encore suffisamment positionnées sur leur marché respectif pour atteindre leur objectif de rentabilité. D’un autre côté, ces sociétés mettent parfois tout en œuvre pour faire pression sur les investisseurs en vue d’obtenir ces capitaux [ ... ]. Nous nous sommes donc saisi de cette problématique pour nous positionner sur ce créneau, de telle sorte que les start-up puissent obtenir des financements de série A dans les meilleures conditions possibles » .


Reste le rôle des gouvernements et des pouvoirs publics qui est indispensable, car il leur incombe de stimuler des actions concrètes qui permettraient de démultiplier le nombre de réseaux de business angels et de fonds de capital-risque dans le paysage africain de l’investissement en capital.


« Avec l’appui des associations sous-régionales telles que la Private Equity and Venture Capital Association (PEVCA) au Nigeria, la Southern African Venture Capital and Private Equity Association (SAVCA) en Afrique australe et l’East Africa Venture Capital Association (EAVCA) en Afrique de l’Est, l’AVCA est régulièrement en pourparlers avec les régulateurs nationaux pour arriver à déterminer comment faire de l’environnement des affaires en Afrique un endroit plus attractif, pas seulement pour les investisseurs internationaux, mais également pour le développement des marchés africains de capitaux [ ... ] » rapporte Tokunboh Ishmael, en sa qualité de présidente de l’AVCA (African Venture Capital Association).


 

Par Harley McKenson-Kenguéléwa

 



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