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Côte d’Ivoire : Quelle stratégie de développement économique à adopter ?


Dans son intervention, lors du Forum Afrique CIAN 2021 intitulé : "Entreprises en Afrique: un nouveau pacte pour la relance" qui s’est tenu le 1er juillet dernier dans les locaux de l’hôtel Novotel Paris Centre Tour Eiffel, le Premier ministre de Côte d’Ivoire, Patrick Achi, a présenté les principaux leviers à actionner pour un véritable rebond de l'économie ivoirienne. Le webzine CEO Afrique, qui a assisté à cet événement en format virtuel, a décrypté ce plan d’actions.




La Côte d’Ivoire a connu une longue période ininterrompue de croissance, portée par des élans de réformes structurelles profondes visant à améliorer son environnement des affaires et par un climat international dynamique. Mais le pays montre aujourd’hui des signes concrets d’essoufflement. La première économie d’Afrique de l'Ouest francophone a nettement ralenti en affichant une croissance de 1,8 % en 2020 contre 6,4 % l’année précédente, d’autant plus que l'on estime qu’environ 40 % de la population ivoirienne vivrait sous le seuil de pauvreté. Le chef du gouvernement ivoirien, Patrick Achi, qui est intervenu en tant que speaker par visioconférence depuis Abidjan, à l'occasion du Forum Afrique CIAN 2021, tient à relativiser cette contre-performance :


« [ ... ] Nous sortions d'une période de crise extrêmement difficile. En l'espace de quelques années, de 2012 jusqu’en 2019, la Côte d’Ivoire a enregistré un taux de croissance moyen de 8% par an et a surtout été capable, dans ce laps de temps, de multiplier par deux le PIB par habitant. On a également eu la possibilité de réduire le taux de pauvreté, de 55% à 39 %. Et le taux d'investissement a été multiplié par trois, passant de 8% à environ 23% [ ... ]. Il faut savoir que nous revenons de très loin. On a tendance à oublier qu’à la fin des années 2010, le pays a traversé une crise sans nom qui a engendré une mise à l'arrêt total de l'activité économique dans la ville d'Abidjan, avec une suspension complète des opérations de transport aérien et maritime. Personne n'aurait pu imaginer les progrès accomplis, réalisés par la Côte d’Ivoire en matière de développement quelques années plus tard, un niveau de performance qui a été salué par la communauté internationale ».


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La cause immédiate de ce ralentissement de la croissance est indéniablement reliée à la propagation de la pandémie de Covid-19. Mais cette mauvaise passe fait également ressortir des éléments beaucoup plus structurels.


« 77% de la population a moins de 35 ans et plus de 50 % de la population en a moins 25. En 2030, on se retrouvera avec huit millions de jeunes âgés de 15 et 25 ans. Absorber les jeunes qui entrent dans le marché du travail et le fait de pouvoir les insérer dans notre économie font partie des enjeux majeurs clés, avec l’objectif de créer huit millions d'emplois diviser par deux le taux de pauvreté » prévoit le Premier ministre.


L'ampleur du trou d'air de l'économie ivoirienne a amené les autorités à plancher sur l’élaboration d'un modèle de croissance plus inclusive. En premier lieu, l’urgence absolue a été d’appliquer un vaste plan de vaccination préventive et d’apporter aux entreprises une véritable bouffée d'oxygène sur le plan financier, de telle sorte à juguler les effets dévastateurs de la crise liée à la pandémie de coronavirus.


« Notre campagne de vaccination est sur le point d’atteindre son rythme de croisière. Nous espérons pouvoir vacciner sept millions de personnes, représentant 90 % de notre population exposée, d'ici décembre 2021 [ ... ]. En matière de riposte économique, nous avons injecté 2,5 milliards d'euros, soit 5% de notre PIB, dans les grandes entreprises, les PME, les TPE ou dans les activités issues du secteur informel et également à destination des couches les plus vulnérables de la population [ ... ] » rapporte Patrick Achi.


Au delà de ce plan d’aides publiques financières, le dirigeant politique ivoirien veut faire le choix d’appuyer les grands principes de son schéma de développement économique sur l’accélération de l’intégration des entreprises locales dans l'économie mondialisée :


« [ ... ]L’État agira véritablement comme accompagnateur et identifiera les entrepreneurs à fort potentiel opérant dans des secteurs de l’économie jugés prioritaires, en vue de les faire éclore, les promouvoir, les aider à entrer dans le commerce international, à intégrer cette chaîne de valeur mondiale. À ce titre, nous avons créé une Caisse des Dépôts et Consignations ; nous sommes en train d’étudier actuellement les modalités de transfert des ressources vers les banques [ ... ]. Nous avons déjà eu des échanges de vues extrêmement fructueux avec Bpifrance — la Banque publique d’investissement — qui accompagne les entreprises innovantes françaises dans le financement et le développement de leurs projets. Nous en extrairons les enseignements et les meilleures pratiques afin de transposer en Côte d'Ivoire un modèle d'accompagnement optimal qui maximisera les chances de réussite de nos PME ».


Le Premier Ministre ivoirien Patrick Achi,

en visioconférence depuis Abidjan, à l’occasion du

Forum Afrique CIAN 2021, à Paris.

L’un des défis majeurs pour l'État consistera donc à jouer un rôle de facilitateur pour dynamiser le secteur privé — seul véritable créateur de richesses et d'emplois — et à encourager la mise sur pied d'entreprises et leur développement. Mais pour ce faire, encore faut-il inscrire cette démarche dans une logique de rééquilibrage du développement des territoires. En effet, le développement économique de la Côte d’Ivoire s’est polarisé presque exclusivement autour d’Abidjan, à l’instar de la plupart des pays qui ont concentré une très grande partie de leurs établissements commerciaux, industriels et financiers, et plus globalement le pouvoir de décision économique, dans une seule ville au détriment de leurs régions. Patrick Achi met un point d’honneur à rectifier le tir :


« [ ... ] Lorsque l’on évoque la Côte d’Ivoire, on pense immédiatement à la ville d’Abidjan qui englobe à la fois l'administration, la sphère politique et les milieux d'affaires. Il n'est plus possible d'avoir une telle concentration de pouvoirs dans une seule mégalopole qui engendre, de ce fait, des problèmes d'assainissement, de logement et de sécurité. Il est temps de décentraliser le développement économique vers d’autres régions afin de stopper les flux migratoires internes à destination de la seule agglomération d’Abidjan. Dans le cadre de la "Vision de la Stratégie Côte d'Ivoire 2030", il importera d'agir de telle sorte à ce que ce soient aussi bien la ville d’Abidjan que celles de Yamoussoukro, Bouaké, Korhogo ou San-Pédro qui viennent spontanément à l'esprit, quand on entend parler de ce pays ».


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Force est de reconnaître, cependant, que dynamiser l’attractivité des villes secondaires requiert un travail titanesque et de longue haleine, s’inscrivant dans une stratégie marketing globale et résolument pro-active, impliquant par exemple d’identifier de façon constante de nouveaux porteurs de projets économiques dans ces territoires périphériques, d’élaborer une véritable "marque territoriale" pour chacune des zones ciblées, de s’engager dans un travail intense de communication à travers un portail web économique dédié à chacune des villes concernées et via les réseaux sociaux, de détecter leurs avantages compétitifs ou de tirer grandement profit des événements touristiques, culturels et sportifs qui y sont organisés.


Enfin, un aspect non négligeable, constituant l’un de socles de la stratégie économique de la Côte d’Ivoire, réside dans la volonté de pouvoir influencer davantage sur les cours mondiaux de produits agricoles et de tirer un meilleur profit de ses exportations, d'une manière qui soit plus efficiente et s'inscrivant dans la durée. Les autorités estiment que les revenus, issus de ce commerce international, sont situés dans des tranches anormalement inférieures par rapport aux recettes colossales engrangées par les firmes multinationales qui dominent à l'heure actuelle le secteur agroalimentaire.


« La Côte d’Ivoire occupe, à l’échelle planétaire, la place de premier producteur de cacao ; les producteurs ivoiriens ne tirent que 5% des recettes provenant de cette chaîne de valeur mondiale évaluée à 107 milliards de dollars. Notre pays est le quatrième producteur d'hévéas, soit 7,5% de la production mondiale. Mais là aussi, il ne bénéficie que de 0,5% de la valeur de la chaîne mondiale, estimée pourtant à 350 millions de dollars, déplore le chef du gouvernement ivoirien. Nous entendons tout mettre en œuvre pour profiter pleinement de la valeur ajoutée de nos exportations agricoles » .



Par Harley McKenson-Kenguéléwa




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