Thierry Ido Wallon veut réinventer l’industrie de l’amidon
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  • Harley McKenson-Kenguéléwa

Thierry Ido-Wallon, l’Homme Qui Veut Réinventer l’Industrie de l’Amidon en Côte d’Ivoire

Mis à jour : juil. 26


Substituer l’amidon du manioc à celui extrait du blé, du maïs ou de la pomme de terre : C’est le pari Thierry Ido-Wallon, un entrepreneur Franco-Burkinabé de 45 ans, bien décidé à se positionner sur un segment de marché inexploité en Côte d’Ivoire, offrant par la même occasion des opportunités d’emploi dans le secteur agricole et des perspectives de développement de la culture du manioc à l’échelon industriel.

(Source : Forbes Afrique)

Thierry Ido-Wallon, co-fondateur de FramiTech, s’est assigné une mission à la hauteur de ses ambitions : transformer l’entreprise, dont il est le chef de projet, en leader incontournable sur le marché ivoirien de l’amidon de manioc. Tel est le sens du message qu’il a martelé lors d’une séance de Pitch, dans le cadre d’un évènement dédié à l’entrepreneuriat qui s’est déroulé en Juin 2016, dans le 8e arrondissement de Paris. Derrière ce regard faussement dur et froid, se cache en réalité un homme de principe animé d'un très fort sens de l'éthique – un sentiment qui a été ressenti par toute l’assistance –, déterminé à prendre part activement au changement opéré en Afrique, et de ce fait, bouleverser le marché de l’amidon au pays du feu Houphouët-Boigny. A écouter ce père de quatre enfants qui évoque son projet avec une analyse solidement argumentée et limpide, on a du mal à imaginer son parcours académique ou professionnel qui n’a, à l’origine, aucun lien avec le cœur de son nouveau métier.

Ce natif de Paris, issu d’une fratrie de 8 enfants, d’un père autrefois infirmier et d’une mère exerçant comme assistante sociale, passe son enfance au Burkina Faso jusqu’à l’âge de 8 ans et revient en France, où son père l’élève à la dure et s’évertue à lui inculquer des valeurs fortes telles que le respect, le sens de l’effort et de la résilience.

« Quand on fait quelque chose, on le fait bien ou on ne le fait pas du tout. L’excellence n’existe pas, mais tu dois chercher à l’atteindre » répétait-il sans cesse à sa progéniture, n’hésitant pas une seconde à briser son rêve de devenir footballeur professionnel, un métier qu’il considérait comme dévalorisant. Malgré sa déception de voir la perspective d’adhésion à un club de football s’éloigner, Thierry Ido-Wallon respecte à la lettre le souhait de son feu père de poursuivre ses études. Titulaire d’un Baccalauréat en Techniques commerciales au Lycée Honoré de Balzac à Paris, il obtient un BTS en Force de Ventes en 1995.

Ne sachant pas du tout quoi faire une fois son dernier diplôme en poche, il se sent totalement noyé et tout aussi désorienté lorsqu’il s’agit de trouver sa voie professionnelle. Il décide donc de s’engager dans la vie associative. Il contacte Patrick Dounga et Mathurin Guirio, avec lesquels il noue une amitié fraternelle depuis leurs années de fin d'études secondaires et lance en 1995 Farafinaspa, une structure spécialisée dans l'organisation d'évènements culturels. Grâce au soutien de diverses municipalités et aux partenariats établis avec plusieurs campus universitaires, cette association affrète des bus pour les groupes de personnes qui se rendent à Londres (l’Eurostar n’existait pas à cette époque) et sollicite des DJs pour animer des soirées outre-manche en présence d’artistes de renommée internationale tels que Wyclif Jeans, ancien membre du groupe de hip-hop américain Fugees, ce qui constitue en quelque sorte le summum de cette première aventure entrepreneuriale. Mais tous les membres de l’équipe, étant encore dans la vingtaine pour chacun d’entre eux, sont davantage préoccupés à savourer pleinement les moments que la vie leur offre et à goûter et explorer le monde.

« Nous étions un peu jeunes à l'époque et les distractions l'emportaient sur la sagesse et notre fibre entrepreneuriale n'était pas aussi aigue qu’aujourd’hui » se rappelle Mathurin Guirio, l’un des deux associés de Thierry Ido-Wallon.

Chacun décide, après quatre années d’implication associative, de la cessation de l’activité pour prendre des directions différentes. Témoignant de ses années de collaboration avec Patrick Dounga au sein de Farafinaspa, Thierry Ido-Wallon parle de ce dernier comme une personne qui a su injecter en lui une dose de rigueur et de discipline.

Soucieux d’assurer la sécurité financière de ses proches et lui-même, il enchaine, parallèlement à son engagement associatif, des postes n’ayant aucune synergie entre eux: vendeur pendant trois ans chez FootLocker, une enseigne américaine spécialisée dans le sport, steward à la Compagnie des Wagons-Lits pendant près de deux ans, développeur chez Atos Origin, suite à une formation spécifique de 6 mois. Or l’entreprise de services numériques procède à une importante vague de licenciement en 2012, du "pain béni " pour Thierry Ido-Wallon qui prend conscience au final qu’il n’a aucune passion pour l’informatique. C’est donc avec une joie non dissimulée qu’il accueille l’annonce portant sur son licenciement économique pour cause de restructuration. Mais s’ensuit une longue période de chômage de 2002 à 2005, une véritable traversée du désert éprouvante durant laquelle il a cette désagréable sensation de se voir refuser des demandes d’embauche pour des considérations liées à la couleur de sa peau. Son pire souvenir a été celui du jour où il postule pour un poste de commercial grand compte chez un grand opérateur de télécommunications. Le recruteur, effectuant plusieurs allers-retours devant lui, demande une trentaine de minutes après à son assistante si Mr Thierry Ido-Wallon ne s’est toujours pas présenté, s’attendant sans doute à apercevoir une personne de type caucasien. Lorsque le candidat fait remarquer sa présence et décline son identité, le responsable des ressources humaines, un peu gêné, lui explique en bafouillant lors de l’entretien d’une très courte durée que le poste est déjà pourvu. Une semaine plus tard, il tombe sur la même annonce concernant cette offre d’emploi paraissant dans un autre journal de renom. Convaincu d’être victime de discrimination, il renvoie son curriculum vitae, retire sa photo, modifie mon patronyme, mais conserve un contenu identique. Quelques temps après, le même recruteur de cette entreprise lui passe un coup de fil et se dit intéressé par sa candidature. Quelle ne fut pas sa surprise, lors du rendez-vous, de rencontrer le même postulant, ce dernier n’hésitant pas à lui faire remarquer qu’il s’agit bien d’un délit de faciès et repartant sans demander son reste.

Toutefois, cette expérience amère et douloureuse lui donne l’occasion de puiser davantage dans ses ressources mentales pour vaincre la tentation de se replier sur soi-même et batailler plus durement, au lieu de se lamenter sur son sort. En Février 2005, il parvient à intégrer " Le Conservateur " une institution financière prestigieuse, spécialisée dans l’épargne, l’assurance-vie et la prévoyance, et considérée comme l’un des principaux acteurs français dans ce domaine. Bien que n’étant pas familier avec le monde de la finance et de l’assurance, il prend rapidement ses marques en tant qu’inspecteur chargé d’affaires dans ce nouvel environnement professionnel où il en profite pour renforcer ses compétences techniques pour les négociations commerciales et acquérir de solides connaissances managériales. Dans le cadre de ses fonctions, il est souvent missionné au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire. Peut-être que ses multiples voyages entre la France et le continent africain ont influencé inconsciemment son désir d’une ultime reconversion professionnelle qui donnerait enfin du sens à sa vie.

Une fois le cap de la quarantaine franchi, c’est pour lui le début des doutes et des questionnements. Il se sent toujours heureux et davantage épanoui sur le plan professionnel après 10 ans de bons et loyaux services au sein de la société de gestion d'actifs " Le Conservateur ", mais s’interroge aussi sur d’autres directions à prendre en complément de son statut de salarié, où son envie de relever un défi est beaucoup plus fort, avec de surcroit le fait d’avoir abandonné l’association Farafinisapa sur un sentiment d’inachevé. L’Afrique, nouvel eldorado du 21e siècle, hante de plus en plus en plus ses pensées, particulièrement la Côte d’Ivoire en passe de réaliser sa renaissance économique.

Il tombe un jour sur un rapport de la FAO, (l’Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture), recommandant fortement de mettre en place une industrie spécialisée en production d'amidon extrait du manioc, un marché quasi inexistant en Afrique. Inodore et neutre en goût, cet ingrédient est utilisé par exemple dans l’industrie alimentaire pour lier et épaissir les sauces. Dans le domaine pharmaceutique, l’amidon de manioc peut servir de gélifiant pour enrober et solidifier les médicaments. Thierry se tourne tout naturellement vers ses deux "compagnons de route", Patrick Dounga et Mathurin Guirio, avec lesquels ils comptabilisent déjà plusieurs initiatives entrepreneuriales à leur actif, pour parler de cette opportunité d’affaires. Ensemble, ils font immédiatement preuve d'un enthousiasme débordant à l’idée de réaliser un projet d’amidonnerie en Côte d’Ivoire, auquel s’adjoignent d'autres partenaires, dont son frère Maximilien Ido, et Abdoulaye Bamogo avec qui il sympathise lors du Cercle International des Décideurs, une association qui regroupait des chefs d’entreprise souhaitant développer des activités orientées vers le continent africain.Se sentant plus à l’aise sur le terrain, Thierry Ido-Wallon s’occupe des relations publiques, s’approprie le rôle de négociateur et de communiquant et met "la main dans le cambouis" lorsqu’il s’agit de traiter avec les agriculteurs ou de parler d’amidon, la gestion de l’entreprise et l’élaboration de la stratégie revenant à son frère Maximilien.

Les réactions de ses proches sont globalement positives. A commencer par sa première supportrice, Sylvie, qu’il rencontre sur les bancs du Lycée et qui deviendra plus tard sa future épouse et mère de ses enfants. Un peu sceptique au début, elle est finalement séduite par l'idée d'un tel projet qui lui parait de plus en plus pertinent, viable et excitant.

« J'étais en admiration devant sa grande capacité et son aisance à intégrer des données relatives à un thème complexe qu'il découvrait depuis peu et qu'il savait si bien restituer, exploiter et dont il réussissait à en faire un véritable projet viable » se souvient-elle.

Par ailleurs, de par son expertise en sa qualité de consultante en ressources humaines au cabinet Odysée, elle intervient dans l'ébauche d'un projet d'organigramme avec les précisions de fonctions, de salaires et de fiches de postes. Même son de cloche du côté de sa sœur, Elizabeth Ido, qui affiche dans un premier temps un sourire narquois, mais qui est, très vite, agréablement surprise par la maturité du projet et le professionnalisme avec lequel il prend les choses en main, ce qui la fait devenir une fervente supportrice. Une des citations favorites :

« Aux persévérants, aucune route n'est interdite » résume assez bien l’idée de l’état d’esprit qui anime son frère, selon elle.

Soucieux de crédibiliser son initiative, Thierry Ido-Wallon, accompagné de son épouse et de ses associés, postule en Septembre 2013 au programme d’incubation « Entrepreneurs en Afrique », un dispositif de formation mis en place par Campus France, un établissement public rattaché au ministère des Affaires étrangères et celui de l'Éducation nationale.

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Sélectionné sur 250 projets, FramiTech fait partie des finalistes, mais n'est pas retenu pour la suite du programme, ce qui lui fait prendre conscience, après avoir fait son autocritique et une remise en question profonde du projet proprement dit, qu’il faille intégrer dans l’équipe des personnes dont l’expertise technique a un lien direct avec le cœur du métier, garant d’une meilleur qualité managérial.

« Ce qui m’impressionne le plus chez Thierry, c’est son immense capacité à rebondir après un échec et une frustration. Sa détermination et sa rage de vaincre peuvent servir d’exemple aux entrepreneurs qui traversent des périodes de doute » souligne son autre frère Jacky Ido, un réalisateur, scénariste et acteur qui poursuit son petit bonhomme de chemin à Hollywood.

Le forum " Investir en Côte d’Ivoire " (ICI 2014) visant à attirer les investissements étrangers dans un pays en quête de son prestige d’antan marque un tournant dans la mise en œuvre de FramiTech. Le fait qu’Abidjan soit à nouveau sous les feux des projecteurs internationaux confère à Thierry Ido-Wallon, bénéficiant d’une tribune pour présenter son activité, une légitimité et une visibilité suffisante pour pouvoir discuter avec des interlocuteurs sérieux susceptibles de lui apporter un plus à son affaire. Conscient que cet évènement lui a donné l’occasion de mettre le doigt sur quelque chose commençant à intéresser bien au-delà de son cercle d’amis et connaissances, il prend son bâton de pèlerin pour courir pendant près de trois ans d’autres salons et forums où il rencontre à titre consultatif plusieurs organismes dans le but de d’obtenir une assistance et des recommandations sur sa faisabilité organisationnelle et technique sur le projet, parmi lesquels DADTCO (Dutch Agricultural Development & Trading Company), FADIA (Fédération Internationale pour l’Aide au Développement Industriel et Agroalimentaire) et IPS (Industrial Promotion Services) dont le directeur, Mahamadou Sylla, deviendra un véritable mentor.

Au courant du mois d’Octobre 2014, Thierry Ido-Wallon rencontre pour la première fois Emile Arnaud à Montpellier, encore étudiant en école d'agronomie et doté, d'une expérience en tant qu’agriculteur dans les grandes fermes bérsiliennes. Ce dernier avait été retenu via la junior entreprise de l'école par FramiTech pour réaliser une étude sur la culture du manioc en Côte d'Ivoire, tout en ouvrant une réflexion sur la meilleure manière de garantir l’approvisionnement de l’usine en matières premières agricoles. Aujourd’hui, il fait partie intégrante de l’équipe de direction en tant qu’ingénieur agronome de FramiTech et expert attitré, très enthousiasmé à l’idée de travailler quotidiennement au côté Thierry qui, selon lui, exerce un leadership mobilisateur et qui se distingue par ses aptitudes à travailler pour le collectif et son approche pragmatique.

« Thierry est le capitaine. C'est lui qui sent le sens des vents, qui tire les ficelles et qui dans les moments de galère, plonge à l’eau pour tirer le bateau » se plait-il à répéter.

Début Juillet 2015, FramiTech prend enfin forme juridiquement, établissant son siège social à Abidjan.

« Tous les jalons critiques et les derniers paliers nécessaires au développement de l'entreprise ont été franchis avec succès », assure-t-il avec fierté.

La première préoccupation des associés, dont il est membre, a été de maîtriser tout le processus de gestion des approvisionnements et de stock de manioc afin de minimiser les risques de sur-stockage ou de pénurie. A cet égard, FramiTech signe un protocole d'accord avec le groupement des producteurs d'Abengourou (une ville à l'est de la Côte d'Ivoire) et les « les Moissonneurs », une coopérative présidée par Jeannette Sidibé, constituée de 4000 agriculteurs, pour une distribution exclusive de manioc, avec un rapport qualité/prix défiant toute concurrence, d’après l’intéressée. En contrepartie, la société s’engage à fournir via l’ONG FRAMIDEV spécialisée créée pour l’occasion, des engrais, semences sélectionnées, d’autres outillages agricoles, des tracteurs, des motoculteurs, ainsi qu’un encadrement de ces agriculteurs et la diffusion des bonnes pratiques culturales.

Le grand intérêt manifesté par les acteurs du marché agroalimentaire envers FramiTech représente un signe clairement révélateur de la viabilité économique, financière et technique de ce projet industriel de cette envergure, à l’instar d’IVOGRAIN, une marque du groupe agro-industriel SIPRA (Société Ivoirienne de Productions Animales), et surtout, un des géants mondiaux du secteur qui signe une lettre d’intention d’achat, avec l’engagement ferme de s’approvisionner en amidon de manioc pendant 6 ans. Étant donné le faible niveau de risque associé à ce projet à long terme, deux partenaires financiers, Oikocrédit et le fonds de capital-investissement Moringa ont également manifesté leur souhait de jouer un rôle important dans le fonctionnement de FramiTech.

« Tenant compte des expériences de projets similaires dans le passé, Thierry a pris la précaution de mettre en place un écosystème complet réunissant producteurs, encadreurs techniques, acheteurs industriels et investisseurs maximisant ainsi les chances de succès et la pérennisation de FramiTech » valide Yves Komaclo, le représentant d’Oikocrédit.

Parallèlement il fait héberger FramiTech au sein d’Incub’Ivoir, une structure d’appui aux entreprises basée à Abidjan, ce qui lui donne l’occasion de se faire épauler par des spécialistes en management et en marketing, de légitimer le projet et de disposer d'un réseau d’investisseurs pour sa future levée des fonds.

« FramiTech est un projet pensé pendant 3 ans, mûri et accompagné par des personnes sûres bien avant son incubation. L’objectif d’Incub’Ivoir est désormais de faire passer l’entreprise à un stade de développement supérieur et d’offrir un accompagnement visant à connaitre rapidement la rentabilité » assure Hermann Christian Kouassi, le fondateur de cet incubateur.

Il ne reste plus à Thierry Ido-Wallon qu’à mettre son business en orbite et conquérir la totalité du marché ivoirien complètement ignoré et délaissé par la concurrence.

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