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Agriculture en Afrique : un secteur prometteur aux multiples enjeux

Dernière mise à jour : 4 avr.


Face à l’expansion de la population africaine, le développement de l’agriculture devient une nécessité absolue à laquelle les États doivent se plier pour pouvoir nourrir tout le continent. Afin d’exploiter pleinement son potentiel agricole, l’Afrique devra relever plusieurs challenges.

"Les défis agricoles et agroalimentaires en Afrique" : Tel a été l’intitulé de l’atelier organisé par Business France — l’agence chargée de internationalisation de l’économie française — dans le cadre de la 3ème édition de l’événement Ambition Africa, auquel ont participé plusieurs spécialistes et acteurs opérant dans ce secteur d’activité.

Le webzine CEO Afrique, qui a visionné cette e-conférence, dresse un état des lieux de l’agriculture africaine et analyse les solutions d’adaptation face aux différentes contraintes, formulées par les intervenants.



Il y a urgence. À l’heure où les besoins en denrées alimentaires semblent se multiplier à grande vitesse, au fur et à mesure que la population africaine augmente, l’agriculture ne parvient pas à couvrir le niveau actuel de la demande, ce qui amène très souvent les États de cette partie du monde à importer massivement des produits agroalimentaires à des prix élevés, soit plus de 70 milliards de dollars par an, selon les estimations de la FAO [ Food and Agriculture Organization of the United Nations : Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, NDLR ].


Karim Ait Talb, directeur général délégué d'Advens Géocoton, tire la sonnette d’alarme :


« Par exemple, le Mali produit 10 millions de bovins pour une population de 20 millions d'habitants. À titre de comparaison, l'effectif du cheptel bovin en France est estimé à 18 millions de têtes pour une population de 67 millions d'habitants. Pourtant, le Mali est obligé d’importer du lait, car les vaches n’ y en produisent pas suffisamment [ ... ].Ces dernières ne reçoivent pas assez de ration alimentaire et ne sont pas soignées correctement [ ... ]. On peut pourtant tout produire en Afrique : des légumes, des céréales, des fruits, des produits issus de la pêche etc ... Malheureusement , il existe toutes sortes de problématiques qui relèvent de la gouvernance, de la levée de fonds ou de l’environnement ».


Un comble pour ce continent qui possède près de 60% des terres arables non cultivées au monde, disposant d’une surface de terres agricoles considérable évaluée à près de 1 050 millions d'hectares pour la seule région subsaharienne, si l’on en croit toujours les rapport de la FAO .


Dans le même temps, les gouvernements africains doivent personnaliser leur réflexion dans le cadre de leur agenda stratégique, de telle sorte à l’adapter aux défis environnementaux les plus pressants de leur pays respectifs, à commencer par le réchauffement climatique.


« [ ... ] L’agriculture émet près de 20 % d’émissions de gaz à effet de serre. Il incombe aux programmes axés sur l’agriculture régénératrice d’inciter à mettre en œuvre des pratiques visant à préserver les sols, régénérer la biodiversité ou faire attention à l'eau ; il s’agit un enjeu important » recommande Marc Debets, PDG d’Apexagri, un bureau d'études dédié à l'agro-industrie sur le continent africain. Outre la sécheresse et la baisse de fertilité des sols occasionnées par le changement climatique, les agricultures africaines sont déstabilisées par des insectes ravageurs et autres agents pathogènes.



L’élévation de la température est donc une source potentielle de mauvaises récoltes agricoles. Cela est d’autant plus préoccupant pour les pays du sahel, notamment dans les zones arides et semi-arides, que les retombées sont négatives le plan financier pour les cultivateurs.


« Aucun enfant d’agriculteurs ne consentirait à exercer le même métier ou reprendre l’exploitation agricole familiale, déplore Marc Debets. Du coup, il se rend dans les grandes villes ou il se retrouve au chômage. Il appartient de prendre en considération le fait de devoir créer une activité viable, dont on peut être fier [ ... ]. L’exemple français n’est pas le modèle idéal. On a pu observer, dans l’Hexagone, une tendance générale des entrepreneurs à investir, prendre des risques, travailler avec acharnement et touchant à peine 700 euros , ce qui est peu élevé. Il ne s'agit pas de transposer ce schéma ; il faut identifier un modèle conçu par les Africains, pour les Africains ! » .


 

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Ce dossier envisage également cette question concernant les bas revenus et la précarité des cultivateurs sous l’angle complémentaire de la logistique. En effet, le fait de gagner la bataille de la souveraineté et la sécurité alimentaires implique, pour l’Afrique, des investissements massifs dans le développement des infrastructures. Les agriculteurs, pour la plupart d’entre eux, éprouvent des difficultés à sillonner des chemins souvent mal entretenus ou emprunter des routes de terre afin de se rendre dans les principaux points de distribution et de consommation, engendrant des retards dans le transport des récoltes, voire entraînant la perte d’une bonne partie des denrées périssables.


Parmi les autres enjeux de taille qui touchent le secteur agricole, figure l’inadéquation entre l’offre et la demande de main-d’œuvre. Cela se traduit par un déséquilibre entre les compétences acquises dans les système scolaires et universitaires et les besoins spécifiques des entreprises agricoles, agroalimentaires et agro-industrielles sur le marché du travail. Il y a lieu de réaliser impérativement des programmes de perfectionnement professionnel et assurer des actions de formation continue dans ce domaine. Fort de son expérience à travers la fondation Advens Geocoton dont il est le directeur général délégué, Karim Ait Talb, s’appuie sur l’exemple du Burkina Faso :


« Nous fédérons aujourd’hui 65 000 exploitations familiales au Burkina Faso. Nous leur apportons un savoir-faire et une formation, leur facilitant ainsi le rachat de leur production et l'octroi de financements [ ... ] ».


Une chose est certaine : Comme dans tous les autres secteurs d’activités, l’agriculture n’échappe pas au processus de démocratisation de la révolution numérique. L’usage des technologies de l'information et de la communication (TIC) et particulièrement l’adoption de l’AgriTech sont susceptibles d’accentuer le développement agricole.


 

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L’utilisation de technologies améliorées, telles que les robots autonomes électriques ou les drones, permet par exemple d’augmenter les rendements et de baisser drastiquement le niveau des pertes post-récoltes. Mais pour Marc Debets, PDG du bureau d’études d'Apexagri, il convient de tempérer cet enthousiasme :


« Évidemment, il n’y a pas que le digital. Il existe un éventail de solutions toutes aussi efficaces, à l'instar des semences qui résistent au stress hydrique ou de l’irrigation au goutte à goutte pour économiser de l'eau ».


Même son de cloche du côté de Karim Ait Talb, pour qui « la technologie ne se limite pas forcément au déploiement de drones ou à l’utilisation des téléphones portables, même si ces outils s’avèrent être indispensables ».


Reste l’enjeu de la transformation des produits de la récolte, l'un des maillons manquants de la chaîne de valeur. L’idée est donc d'augmenter les capacités de transformation des ressources agricoles sur place avant d'envisager de les exporter, en vue de valoriser les productions locales, ce que n'a pas manqué de souligner Philippe leroux, directeur général de la fondation AVRIL, spécialisée dans la structuration de filières agro-écologiques :


« Le défi à relever, aujourd’hui, consiste à créer de la valeur localement. Plus on se rapproche du consommateur, plus on crée de la valeur [ ... ]. Ce qui est assez frappant en Afrique, c'est que l’on ne parvient pas à enclencher la marche avant, en mettant sur pied des activités de transformation agro-industrielles. Pour ce faire, cela doit être assorti de deux conditions : Assurer une meilleure compétitivité des prix pratiqués sur le marché local, par rapport à ceux des produits importés, est le premier cap à franchir. La deuxième étape consiste, pour les pays d’Afrique, à protéger leurs marchés et leurs filières agricoles nationales, afin de garantir des sources de revenu et la sécurité alimentaire. La filière du soja bio cultivée au Togo, née de quelques chefs d'entreprise qui ont su identifier ce segment de marché, constitue un bel exemple, illustrant parfaitement le fait que le problème ne réside pas dans la structuration de cette filière ; il s’agit surtout de trouver des débouchés et d’aider à élaborer une stratégie de création de valeur » .



L’économie bleue est porteuse de solutions : c’est en tout cas ce que laisse entendre le directeur général de SELT Marine Group, Mounir Boulkout, en matière de création de valeur :


« [ ... ] Le modèle de notre société repose sur le développement de l'aquaculture et, particulièrement, la production d'algues marines Nous n’y mettons aucun intrant, car les algues marines croissent toutes seules. Ensuite, nous cherchons à apporter de la valeur à ces produits, via notre savoir-faire technologique. Il faut savoir que ces algues sont sources de protéines, des co-produits susceptibles d’alimenter les industries locales pour faire par exemple du steak végétal. La protéine est un ingrédient naturel bon pour la santé, apportant des vitamines et offrant une protection contre des maladies virales [ ... ]. Nous avons déjà apporté notre expertise en Tunisie à Zanzibar et au Mozambique ».


Une analyse qui abonde dans le sens de celle de Philippe Leroux, à travers le prisme de la souveraineté alimentaire :


« [ ... ] Si l’on se réfère à l'étude dénommée "Agriculture 2050" établie par l’INRAE (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement), l'enjeu pour l’Afrique se situera au niveau de l’autonomie en protéines dans les prochaines années. On note aujourd'hui un déséquilibre assez important entre les glucides et les protéines, puisque l’on produit beaucoup de céréales et peu de légumineuses [ ... ]. La situation est particulièrement alarmante, surtout lorsque l’on sait que les protéines contribuent grandement à la croissance osseuse des enfants et au bon fonctionnement de leur organisme » .


La problématique de la productivité des exploitations agricoles débouche indéniablement sur celle du financement et de la nécessité d’accorder la confiance aux jeunes agriculteurs. Mounir Boulkout apporte son éclairage sur la question :


« [ ... ] Il n’existe pas suffisamment de solutions de financement qui puissent s'adapter au mieux aux besoins des projets agricoles en Afrique. Mais les choses qui commencent à évoluer dans le bon sens. J’ai vu naître un certain nombre d'initiatives émanant de fonds de private equity qui investissent dans ces types de projet, avec des tickets compris entre 300000 et 4 millions d'euros. Ce sont ces initiatives qu’il faudrait voir multiplier plus souvent, parce qu’ on a affaire à de petits entrepreneurs ».


Philippe Leroux va encore plus loin dans sa réflexion :


« [ ...] Les agriculteurs rencontrent des difficultés de financement en besoin en fonds de roulement. Les acteurs ne font aucunement confiance au système bancaire, mais les banques elles-mêmes ne s'adaptent pas non plus aux changements du contexte agroalimentaire. L’une des solutions serait de financer par l’aval. L’intérêt réside dans le fait qu’il est plus facile de financer une entreprise qui peut ensuite — dans le cadre d'une contractualisation — payer des coopératives ou des agriculteurs, plutôt que de voir des agriculteurs lever des financements en microcrédit, avec des taux bancaires dont le remboursement de l’emprunt serait supérieur à la rentabilité de leur propre exploitation ».



 

Par Harley McKenson-Kenguéléwa


 


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