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Secteurs porteurs en Afrique de l’Est : les tendances business qui marchent

Dernière mise à jour : nov. 16


Lors d’un atelier en ligne consacré à l’Afrique de l’Est, organisé le 25 Mars dernier par l’agence Business France, des experts, dirigeants d’entreprise et représentants des pouvoirs publics ont énuméré les secteurs vers lesquels se tourner dans cette sous-région du continent, en tant qu’investisseurs et porteurs de projet. Le webzine CEO Afrique, qui a visionné ce webinaire, a analysé les grandes tendances qui se dessinent dans sept pays — Kenya, Éthiopie, Djibouti, Ouganda, Rwanda, Soudan, Tanzanie — , sur la base des témoignages des participants. Voici leurs réponses ...



« L’Afrique de l’Est demeure un marché beaucoup moins connu, une "Nouvelle Frontière" qu’il faut faire franchir à nos PME et nos ETI » .


C'est par ces mots que Frédéric Rossi, directeur général délégué export de Business France — l’agence chargée de l’internationalisation de l’économie française — a ouvert l’atelier dédié à l’Afrique de l’Est. Tout comme dans les autres régions du monde, le fait de s’implanter dans cette partie orientale du continent africain requiert de bien observer les évolutions de l’économie afin d’identifier les meilleures opportunités, en vue de maximiser ses chances de succès.


« Depuis le mois de Janvier 2021, le nombre d’entreprises françaises qui sollicitent les services du bureau régional est-africain de l’agence Business France, implantée au Kenya, est en train d’augmenter, et ce à la faveur du plan de relance [ ... ]. On sent bien que ces sociétés ont envie de repartir à l’international, puisque cela représente une partie importante de leur activité pour certaines d’entre elles » observe Ludovic Prévost, directeur du bureau Afrique de l’Est de l’agence Business France.


De quoi faire rêver et réfléchir les patrons de PME et startups qui veulent conquérir des parts de marché dans cette région de monde, d’autant plus que l'on devrait assister à un rebond de la croissance. Selon les différentes organisations financières internationales, notamment la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International (FMI), les taux de croissance devraient s’élever à 7% à Djibouti, 6,3 % en Ouganda, 5,1 % au Rwanda, 5% au Kenya et 4% en Tanzanie au cours de l’année 2021.


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Plusieurs marchés extrêmement porteurs ont donc été identifiés. À commencer par l’Agriculture. Ce secteur clé des économies est-africaines constitue un enjeu prioritaire et urgent, au fur et à mesure que les populations augmentent.



« [... ] L’Afrique de l’Est représente un marché d’environ 350 millions de consommateurs. La surface agricole atteint 273 millions d’hectares. C’est 1,6 fois la surface de l’Union européenne, soit (166 millions d’hectares) [ ... ]. Quelques pays possèdent des surfaces agricoles très développées, à l’instar du Soudan, de l’Éthiopie, et de la Tanzanie. Par ordre d’importance, viennent ensuite le Kenya et l’Ouganda, indique Vincent ABT, conseiller aux affaires agricoles pour l'Afrique de l'Est à la Direction générale du Trésor français. Tous ces pays se tournent désormais vers une stratégie de développement de l'économie bleue, avec un développement accru de la pisciculture et de la pêche » .


Pour sa part, l’homme d’affaires kényan Vimal Shah, CEO du conglomérat agroalimentaire Bidco Africa invite grandement les investisseurs à y « établir des partenariats de type "joint-venture" », en s'inscrivant dans une stratégie à long terme, et recommande d’orienter leurs investissements vers les industries de transformation des produits agricoles.


Une analyse qui fait écho aux propos tenus par Sebastien ALIX , directeur de "HM Clause Kenya", une entreprise qui fait partie intégrante du groupe Limagrain, l’un des leaders mondiaux de semences potagères.


« Aujourd’hui, le problème auquel les petits producteurs sont confrontés réside dans l’accès aux marchés. La plupart des récoltes restent dans les champs, faute d’un accès suffisant à des filières de transformation, ce qui est le cas pour l’oignon et la tomate. Ajouté à cela, la volatilité des prix qui s'opère en fonction des saisons. La transformation des produits agricoles est le maillon manquant de la chaîne de valeur agroalimentaire sur laquelle les entreprises françaises peuvent se positionner » .


De son côté, John Sassel, directeur général de JS Africa, cabinet de conseil technique en projets d’élevage de bétail sur le continent africain, note que « dans la plupart des pays de l’Est, l’élevage de bovins et autres petits ruminants est caractérisé par de très faibles rendements, en raison de sa dimension pastoraliste, avec des objectifs de volume de production peu élevés. Au sein des communautés locales, il faut savoir que les animaux ont davantage une valeur sociale et une valeur dite "bancaire" : Les gens préfèrent investir dans du bétail, plutôt que de placer leur argent sur un compte bancaire [ ... ]. En règle générale, cette région du monde présente un très grand potentiel de développement de l’élevage pour les entreprises françaises ».


Au Kenya plus précisément, l’offre n'est pas suffisante pour répondre à toute la demande en matière de maïs, de riz, de blé et de sucre. Par ailleurs, les entreprises y sont exhortées à exploiter pleinement le potentiel et les opportunités qu'offrent les nouvelles technologies d'irrigation, les produits phytosanitaires, la génétique bovine, les emballages et autres conditions d'entreposage au froid des denrées périssables, véritables leviers de lutte contre les pertes de récolte et le gaspillage alimentaire. La Tanzanie est en train d'accroître ses besoins en ce qui concerne le blé, le riz et le sucre. Les activités de transformation des produits laitiers, des fruits et légumes, des graines oléagineuses, de la noix de cajou, ainsi que l’implantation d’usines textiles, d’usines d'égrenage de coton, de tanneries ou d’ unités de finition des cuirs, y offrent de gigantesques opportunités d’investissement.



En Éthiopie, le niveau de la demande des consommateurs pour certaines catégories de denrées alimentaires, tels que les œufs, le sucre , la viande, l’huile, les produits laitiers et la nourriture à base de blé — pains, farines, pâtes — est en hausse. Preuve en est l’implantation à Addis-Abeba d’une usine par Nutriset, un groupe agroalimentaire français, spécialisé dans les solutions nutritionnelles.


« Ce qui fait la spécificité de notre groupe, c’est vraiment la production locale, de telle sorte à répondre au mieux aux besoins pour que les produits soient près du besoin. Nos produits servent à traiter et prévenir la malnutrition, principalement chez les enfants de 0 à 5 ans et les femmes enceintes. La concurrence est de plus en plus importante dans notre secteur d’activité. Concernant notre stratégie, le fait d’introduire un nouvel acteur dans d’autre pays de la sous-région sera pénalisant. Nous optons plutôt pour l’augmentation des capacités de nos usines existantes. Nous essayons également de travailler en amont avec les filières sur place afin que la matière première soit de qualité et disponible localement » détaille Cecilia Gatta Beuvin, Cheffe du Département des Investissements chez Nutriset.


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L’Éthiopie offre aussi aux entreprises des opportunités de se développer dans le domaine des intrants, la création d’ateliers de découpe et transformation de viande (poulets de chair, mouton, chèvre et bœuf ), la mise en place d’installations de chambres froides et autres entrepôts frigorifiques, l’ouverture d’unités de broyage de soja, la vente ou location de moissonneuses-batteuses et de tracteurs. Le Soudan constitue un marché attrayant pour les fabricants de systèmes d'irrigation à pivot, de matériels de forage de puits et de pompes à eau agricoles. Parallèlement, les productions de sorgho, de blé et de mil y ont été insuffisantes pour couvrir les besoins. Le Rwanda, pour sa part, est particulièrement demandeur de nouvelles technologies d'irrigation et d’intrants ( engrais, produits phytosanitaires etc ....), eu égard à la faible productivité de son agriculture. Idem pour l’Ouganda qui cherche à gérer efficacement sa chaîne d'approvisionnement en intrants et acquérir les dernières techniques innovantes de stockage de ses récoltes.


Si l’agriculture reste un moteur important de l’économie dans la plupart des pays de l’Afrique de l’Est, il n'en demeure pas moins que le secteur de la Santé constitue un sujet de préoccupation fondamental.


« Les sociétés françaises ne ciblent pas suffisamment l’Afrique de l’Est, où la demande est supérieure à l’offre. Notre groupe, BioMérieux, n’est pas vraiment confronté à une forte concurrence sur notre segment de marché. Pourtant, le savoir-faire français mérite davantage d’être mis à profit, remarque Soumeya Loucif , responsable des grands comptes stratégique au bureau Afrique de BioMérieux, une entreprise spécialisée dans le diagnostic in vitro. La barrière de la langue y est peut être pour quelque chose. Mais force est de reconnaître que les opportunités sont réelles ».


Au Kenya, il existe des besoins criants en équipements médicaux dédiés aux soins maternels et néonatals. De plus, la plupart des hôpitaux sont sous-équipés. Ils sont confrontés à des pénuries de générateurs d'oxygène et de matériels de réanimation respiratoire et d’équipements de diagnostic du cancer ou de kits de test pour le diabète.


« [ ... ] En Afrique, la demande est forte en termes de fournitures et d'équipements de soins de santé. Beaucoup de personnes ne savent pas dès le départ qu'elles sont atteintes de diabète et un enfant sur cinq, touché par le paludisme, ne reçoit pas forcément le traitement dont il a besoin [ ... ] » déplore Peter Munyasi, directeur général du Bureau régional Afrique de l’Est du laboratoire pharmaceutique SANOFI.


Dans un pays comme le Kenya qui possède le taux de pénétration d’Internet le plus élevé d’Afrique (85,2%), les solutions d’assurance santé digitale et de mutuelle connectée ou les carnets de santé numérique pourraient avoir de beaux jours devant eux. En Tanzanie, la dématérialisation des dossiers médicaux et le développement des applications mobiles de santé semblent également figurer par les objectifs clés des autorités. En Éthiopie et au Soudan, le nombre de centres hospitaliers modernes et bien équipés est très largement insuffisant, par rapport à la demande intérieure. En Ouganda, ce sont les électrocardiographes, les appareils d'échocardiographie, les dopplers obstétricaux, les appareils d’imagerie par ultrasons, les oxymètres de pouls et les équipements de laboratoire qui font défaut. La production de médicaments génériques, soumis à des contrôles qualité et de sécurité stricts, est une opportunité idéale d'entrée dans ce pays pour les investisseurs ayant des objectifs à moyen terme. À Djibouti, l'accès de la population aux services de santé en milieu rural reste la priorité absolue.



Autre secteur parallèle à prospecter, celui des cosmétiques et du bien-être qui évolue dans le bon sens, particulièrement au Kenya. Serge Sacre, directeur général du bureau de l’Oréal au Kenya témoigne :


« Notre aventure au Kenya a débuté en 2011, une année au cours de laquelle nous avons importé des produits l’Oréal. Toutefois, nous avons très vite pris conscience que la manière de nous développer est d’effectuer une acquisition sur place. Nous avons donc acquis une marque locale, détentrice de 30% de parts de marché, avec en prime l’installation d’un laboratoire afin de concevoir des solutions et produits destinés aux cheveux afro et aux peaux noirs, ainsi que la constitution d’un solide réseau de distribution. Désormais, nous utilisons le Kenya comme rampe de lancement pour développer notre business dans toute l’Afrique de l’Est [ ... ] ».


À côté des secteurs traditionnels, les PME internationales, et françaises en particuliers, peuvent profiter de l’évolution du secteur du Numérique & des Nouvelles Technologies et du nombre important d’internautes à travers toute l’Afrique de l’Est qui ambitionne de devenir un hub régional de premier plan, en matière d’innovation. Les chiffres émanant du portail "Internet World Stats" parlent d’eux-mêmes : près de 47 millions au Kenya, 23 millions en Tanzanie, 21 millions en Éthiopie, 18,5 millions en Ouganda, 13 millions au Soudan etc...


Au Rwanda, la demande de services financiers mobiles ne cesse d’augmenter. Le pays des mille collines, où sera basé le futur pôle technologique "Kigali Innovation City", génère de réelles opportunités de développement en ce qui concerne les solutions pour la connectivité Internet sur le dernier kilomètre, la création de centres dédiés à la cybersécurité, le développement d’applications mobiles et de solutions de paiement en ligne. L’écosystème mobile devrait également se développer à la vitesse grand V, non seulement en Tanzanie avec l’existence d’un Internet haut débit via le déploiement de câbles à fibre optique dans le quartier de Kijitonyama à Dar es Salaam — créant donc des opportunités pour les opérateurs de téléphonie mobile et les fournisseurs d'accès à Internet — , mais aussi en Éthiopie. À cet égard, Myriam Saïd, Conseillère en transformation digitale du Premier ministre éthiopien, apporte son éclairage et ses enseignements sur la question :


« [ ... ] Développer des compétences numériques en faveur de l'emploi constitue des éléments fondamentaux sur lesquels le gouvernement travaille. Le ministère des Sciences et de l’Enseignement supérieur de l’Éthiopie a élaboré une véritable stratégie digitale. Beaucoup de nos étudiants disposent d’une formation STEM [ acronyme de Science, Technology, Engineering, and Mathematics : Science, Technologie, Ingénierie et Mathématiques, NDLR], mais ne sont pas suffisamment dotés de solides compétences en matière de digital. Il existe encore une marge de progression important dans nos efforts à fournir des compétences et de l’expertise technique dans les domaines de l’intelligence artificielle, du codage, du cloud, de l'internet des objets ou du big data [ ... ]. Un bon nombre de sociétés sont déjà implantées en Éthiopie afin de mettre en œuvre des programmes de mise à niveau visant à parfaire les connaissances dans le domaine du numérique » .


L’Ouganda, quant à lui, n’évolue peut-être pas aussi rapidement qu’il le souhaiterait, dans le domaine du digital. C’est pourquoi les entreprises spécialisées dans les équipements de transmission de données, les fabricants de matériels et accessoires pour fibres optiques, ainsi que les sociétés opérant sur le marché de la commutation et du routage sont susceptibles d’être accueillis à bras ouverts.



De son côté, le Kenya offre de belles opportunités aux PME françaises. Yoann Copreaux, président de la French Tech Kenya, estime que c’est le moment d’en profiter :


« L’écosystème Tech du Kenya est en très forte croissance [ ... ]. Globalement, les infrastructures sont très bonnes. Les espaces de co-working sont omniprésents , ce qui engendre une ébullition entre startups et petites compagnies. La FinTech et particulièrement le paiement mobile sont en plein boom. Le marché du codage et des développeurs peut très clairement intéresser les entreprises françaises qui sont plus compétitive que leurs homologues en Ukraine et, plus globalement, dans les pays d’Europe de l’Est en termes de coûts [ ... ] ».


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Juliette Vivier, CEO DE Hiventy Asia & Africa, une entreprise spécialisée dans la production audiovisuelle et assurant la prise en charge du doublage, abonde dans ce sens, ajoutant son point de vue :


« Le Kenya fait partie des premiers pays d’Afrique subsaharienne à avoir effectué sa migration vers le digital et vers la TNT (Télévision Numérique Terrestre). La TNT couvre 86% du territoire national. À titre de comparaison , le taux de couverture s’élève à 95% en France ; l’écart n’est donc pas très grand. 97% des connexions Internet au Kenya se font via le mobile ; 80% de la couverture s'effectuent sur la 3 G et 90% sur la 2G. La 4G est en train de se déployer massivement et des tests sont actuellement effectués sur la 5ème génération de réseau mobile. Tout cela permet une facilité d’ accès aux contenus et, de ce fait, offre aux majors américaines la possibilité de conquérir le marché local. Netflix est déjà implanté au Kenya et est en train de lancer des productions originales. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les infrastructures numériques existant dans le pays sont aussi robustes et avancées que celles situés en Afrique du Sud ».


Sous-région la plus dynamique du continent, l’Afrique de l’Est présente toute une série d’opportunités liées à ses besoins de modernisation ou rénovation de ses infrastructures. Les Transports, l’ Énergie, l’Eau & l’assainissement et la Construction sont particulièrement concernés.


« L’Afrique de l’Est possède un très faible niveau d’urbanisation, comparée à la moyenne mondiale. Des pays comme l’Éthiopie, l’Ouganda ou le Rwanda enregistrent un taux d'urbanisation très rapide, avec plus de 4,5% par an depuis l’année 2000, correspondant à un doublement tous les 15 ans [ ... ]. On assistera à la transformation de villes telles que Dar-es-Salaam, Nairobi, Addis-Abeba et Khartoum en véritables mégalopoles. Cette urbanisation offre des opportunités économiques et sociales, mais constitue au