• harleymckenson

Big bang sur le marché des satellites de télécommunication en Afrique

Dernière mise à jour : 4 avr.


La conquête des télécommunications spatiales commence à prendre forme sur le continent africain.

"Télécommunications par le Satellite, une nouvelle offre pour l’Afrique !" : Tel a été l’intitulé de la table ronde organisée le 6 Octobre dernier au sein du Ministère français de l'Économie, des Finances & de la Relance par Business France, l’agence dédiée à l'internationalisation de l'économie de l’Hexagone.

Sur la base des témoignages des participants, le webzine CEO Afrique, qui a visionné cette conférence, décrypte les enjeux et perspectives de ce secteur en plein boom.




Du jamais-vu dans l’histoire du développement technologique en Afrique, notamment dans le domaine spatial. En Février 2019, le Rwanda déploie le satellite "Icyerekezo", lancé depuis la base de Kourou en Guyane, à bord de la fusée russe Soyouz. "Challenger One", un nano-satellite tunisien développé par une entreprise de télécommunication locale, Telnet Holding, est placé sur orbite en Mars 2021 aux côtés du satellite italo-kényan SIMBA [ System for Improved Monitoring of the Behavior of Animals : Système d'amélioration du suivi du comportement des animaux sauvages, NDLR ] par le lanceur russe Soyouz-2, depuis la base de Baïkonour, au Kazakhstan. Au début du mois de Juin, l’Île Maurice fait envoyer son satellite "MIR-SAT1" (Mauritius Imagery and Radiotelecommunication Satellite) à partir du Kennedy Space Center en Floride, aux États-Unis, à bord de la fusée SpaceX-CRS22 Cargo Dragon. "ETRSS-1" est le nom du satellite éthiopien d'observation de la Terre transporté vers l’espace en décembre 2019, depuis la base de lancement d'engins spatiaux Taïyuan, en Chine. Le Nigeria, quant à lui , s’est déjà doté d'un satellite de communication, "NigComSat-1R" , et d'un satellite d'observation de la Terre, "NigeriaSat-2", d’autant plus que l’entreprise publique Nigerian Communication Satellite Limited compte concevoir deux nouveaux satellites télécoms d’ici 2025, "NigComSat-2" et "NigComSat-3". Sans oublier l’Afrique du Sud qui, à travers l’agence SANSA (South African National Space Agency) fondée le 9 Décembre 2010, qui garde un temps d’avance sur les autres pays sur le continent, et qui dispose depuis très longtemps d’une capacité complète d'ingénierie pour la conception et la fabrication de technologies de communication via le satellite. Comme en témoignent le programme de l’Université de Stellenbosch, près de Cape Town, débuté en 1992 — au cours duquel des diplômés en ingénierie ont développé le "SunSat-1", un satellite propulsé sept ans plus tard par la fusée Delta II de la NASA depuis la base Vandenberg de l'US Air Force en Californie — , la mise sur orbite de "SumbandilaSat", un satellite exploité jusqu’à la mi-2011, ou bien le lancement du nanosatellite "Sight-1" en Avril 2017, à partir de la Station Spatiale Internationale.



Une chose est certaine : l’Afrique est désormais présentée comme le nouvel eldorado du marché des satellites .


 

Lire aussi : Quelles solutions apportent les start-up dans les écosystèmes Tech d'Afrique ?

 

« Il y a une prise de conscience réelle des autorités africaines de l'existence de cette offre. Il existe un écosystème naissant, bâti autour des acteurs du secteur des télécoms, des sociétés de conseil et des gouvernements, eux-mêmes en lien avec des entreprises telles que la nôtre » note Astrid Bonté, directrice des affaires internationales chez l’opérateur de satellites Eutelsat.


Cette observation fait écho à la dernière édition du NewSpace Africa Industry Report. Selon ce rapport établi par le cabinet de conseil & d’analyse Space in Africa, plus de 283 entreprises privées et publiques, réparties dans 31 pays africains et employant près de 44670 personnes, opèrent dans l'industrie spatiale et le secteur satellitaire, avec des revenus estimés à 7,3 milliards de dollars enregistrés à l’issue de l’année 2019 et des prévisions de chiffres d’affaires pouvant potentiellement aller jusqu’à plus de 10 milliards de dollars d'ici 2024.



Sandrine Lafont, experte en télécommunications par satellites au CNES (Centre National d’Études Spatiales) abonde dans le sens d’Astrid Bonté : « Certains pays africains sont en train de mettre sur pied leur propre agence spatiale » . Dans la même lignée de pensée, cette spécialiste des technologies spatiales souligne que l'Afrique s’est dotée d’une structure panafricaine. En effet, c’est Le Caire (Égypte) qui abrite le tout nouveau siège de l'Agence spatiale africaine. « Le lancement n'est pas encore tout à fait effectif, mais c'est acté dans le principe » poursuit-elle.


Apporter des solutions à des problèmes concrets


Parmi les applications des satellites susceptibles de contribuer de façon significative aux retombées économiques et sociales, figurent la connexion à Internet à haut débit, la téléphonie et la télévision.


« Près de la moitié du marché des satellites de communication est dédiée à la diffusion de chaînes audiovisuelles ; l’autre moitié est destinée à tout ce qui est accès à Internet, précise Sandrine Lafont La spécificité du modèle africain réside dans le fait qu’il existe de tout petits forfaits, dont le fonctionnement est calqué sur celui des cartes prépayées dans le domaine de la téléphonie mobile, adapté à l’usage local, avec des prix extrêmement variables, aussi bien pour des utilisateurs qui veulent bénéficier de l’offre Internet la plus basique, qu’aux personnes disposant d'un pouvoir d'achat élevé, pouvant payer un abonnement plus coûteux [ ... ] ».


Trois raisons majeures peuvent expliquer ce phénomène. Le premier est évidemment la fracture numérique


« [ ... ] En matière de technologie et de digitalisation, les zones rurales sont relativement délaissées. Et quand on dit qu'il n’y a que près de 15 % de la population africaine connectée à Internet, on peut véritablement parler d'une marge de progression importante à réaliser dans ce domaine » rappelle Astrid Bonté.


Les données chiffrées, relatives aux taux de pénétration d'Internet sur le continent, publiées par le portail d’information "Internet World Stats", parlent également d’eux-mêmes : 10,1% à Madagascar, 11,9% au Togo, 12,8% en Sierra Leone, 13,8% au Malawi, 14,7% au Liberia, 17,7% en République Démocratique du Congo, 18,9% en Guinée (contre 90.3% en Amérique du Nord, 92,3% en France ou 94.5% au Japon, à titre de comparaison etc...).


Deuxième facteur du big bang : l’enclavement de plusieurs pays qui n'ont pas accès aux câbles sous-marins et doivent passer par plusieurs États pour obtenir une meilleure connectivité. Le satellite constituerait indéniablement, pour un certain nombre de nations telles que le Mali, le Burkina Faso le Niger, la Centrafrique , le Tchad ou le Burundi, une réponse adéquate.


Enfin, contexte de crise sanitaire internationale oblige, un bon nombre d’entreprises africaines privilégient de plus en plus le télétravail, et les étudiants, en fonction de leurs moyens, s’attellent à suivre des cours en ligne.


 

Article connexe : EdTech en Afrique : Vers une révolution de l'Éducation sur le continent

 

Jeoffrey Woods, directeur général de l’opérateur InterSat, a du se pincer pour le croire, lorsqu’il s’était rendu auprès de partenaires en affaires se trouvant au fin fond de la Côte d'ivoire, dont un agro-industriel installé dans la Forêt de Taï, quasiment près de la frontière avec le Liberia.


« Il nous a fallu environ deux heures pour installer un kit satellite doté d’un suiveur solaire. Le résultat a été concluant : Nous avons tout simplement révolutionné la conduite du business de ce client, se souvient le fondateur d’InterSat. Nous sommes, aujourd'hui, en train de donner l’occasion à toute une génération de nouveaux entrepreneurs ivoiriens et, bientôt, ceux de la sous-région ouest-africaine de développer leurs affaires grâce à l’Internet par satellite ».



À travers les autres usages classiques des satellites considérés comme "vitaux", il semble que ce soit l'agriculture qui retienne le plus l'attention. Aline Bsaibes, dirigeante d’ITK — une société spécialisée dans la conception d’outils connectés, destinés aux agriculteurs, aux viticulteurs et aux éleveurs — , apporte son éclairage sur la question :


« Dans les zones rurales, la majorité de l'activité, c'est l'agriculture, avec l’objectif de doubler, voire tripler les rendements, de telle sorte que les cultivateurs puissent mieux vivre de leur travail et éviter ainsi l'exode rural. Chez ITK, nous sommes utilisateurs de la télécommunication et de l'image satellitaire qui produit de l’information précise sur l’état et les caractéristiques des champs, afin de pouvoir, d’une part, fournir aux agriculteurs des outils permettant de produire leurs cultures de façon pérenne et, d’autre part, donner la possibilité aux gouvernements de tracer efficacement les activités de ces agriculteurs, et distribuer ainsi les semis et les fertilisants dans de bonnes quantités [ ... ]. Pour pouvoir assurer ce service, nous avons besoin de données d'entrée qui, sans ces outils télécoms, sont inopérantes, que ce soit pour les images ou les données météo [ ... ] ».


Le domaine médical n’est pas en reste, le satellite étant en mesure de répondre avec pertinence à des besoins spécifiques.


« Grâce à la connexion satellite, on peut réaliser, chez les patients habitant des zones peu accessibles aux quatre coins de l’Afrique, le dépistage d'une atteinte rétinienne et l'évaluation du risque de diabète. Le personnel paramédical dédié prend donc un cliché numérique du fond de l’œil, à l’aide d’un instrument en forme de pistolet. L’information est ensuite stockée dans une grande base de données et analysée par des outils d'intelligence artificielle. Pour finir, les résultats — transmis par une station d'émission-réception satellitaire — sont interprétés par des spécialistes référents [ ... ]. C’est dire la puissance des effets obtenus par l’utilisation du satellite ! » rapporte Jeoffrey Woods.


Désormais, les grands acteurs du secteur — Alphabet (maison mère de Google), OneWeb, Starlink (SpaceX), OneWeb, EutelSat etc ... — se livrent à une bataille acharnée, des gros mastodontes qui sont eux-mêmes concurrencés par les câbles optiques terrestres ou sous-marins qui, il est vrai, assurent encore 99 % du trafic total sur Internet, et dominent particulièrement le marché du très haut débit.




« Nous ne cherchons pas à concurrencer les réseaux terrestres ; nous sommes pleinement conscients que nous ne ferons pas la même chose qu'eux, concède la représentante d’EutelSat, Astrid Bonté. Par contre, nous sommes capables de fournir nos services dans des endroits, là où ces réseaux terrestres n’ont aucun intérêt à s’y rendre, économiquement parlant. Notre principal atout tient au fait que, lorsque nous envisageons de déployer de l'Internet dans des zone reculées, nous sommes capables de répondre à la demande dans des délais très courts ».


Un défi titanesque


À l’exception notable de l’Afrique du Sud, les autres nations africaines ne sont pas encore en mesure de faire démarrer une véritable industrie spatiale, axée sur le développement du secteur des satellites de communication, eu égard aux ressources financières colossales que cela requiert. Le niveau des investissements demeure en deçà des besoins. Le manque d’infrastructures appropriées est criant et les institutions en charge de ces questions se heurtent à une insuffisance en nombre d’ingénieurs hautement qualifiés, ce qui explique pourquoi la plupart des satellites de communication existants, déjà mis en orbite, sont fabriqués hors du continent africain.


« [ ... ] Je suis un petit peu attristée de voir que, malheureusement, les investisseurs n'ont pas pris la mesure du saut technologique significatif qui a été opéré depuis quelques années dans le domaine des satellites ; ils n'ont pas conscience de l'évolution positive et les amélioration de performances réalisées par ces engins spatiaux [ ...] » déplore Astrid Bonté.



 

Par Harley McKenson-Kenguéléwa






 

Tags :


actualité économique en Afrique , actualité business en Afrique , financement entrepreneur Afrique , lever des fonds Afrique , convaincre business angels ; créer entreprise Afrique , start-up africaines ; implanter son entreprise en Afrique ; investir en Afrique , leadership , s'implanter en Tunisie , s'implanter au Kenya , s'implanter en Côte d’Ivoire , agence centrafricaine pour les investissements internationaux , entrepreneur africain , entrepreneur Afrique , commerce africain , portrait d'entrepreneur africain ; opportunités d'affaires en Afrique , la Bourse des valeurs, une alternative attrayante pour le financement des PME & startups , investir en Afrique du Sud , investir en algerie , actualité africaine , milliardaires africains , investir au senegal , rcep , pays émergents ,


171 vues
© Copyright