• Harley McKenson-Kenguéléwa

Chercheurs Vs Entrepreneurs : deux mondes qui ne sont pas si différents ...

Mis à jour : mai 30


Les chercheurs et les entrepreneurs ont bien plus de points en commun qu'on ne le croit généralement. Mais une telle alchimie associant expertise scientifique et expérience des affaires, qu’un bon nombre de pays d’Afrique se proposent de tester grandeur nature, demeure presque un vœu pieux.

" Chercher ou entreprendre : ce qui nous rapproche et nous sépare " : Tel a été le webinaire organisé le 7 Avril dernier par le sommet Emerging Valley, auquel ont participé Ninon Duval (Directrice de Bond’innov), Dr. Christophe Garonne (Professeur d’entrepreneuriat à Kedge Business School), Dr Laëtitia Mahé (Responsable du Service "Innovation et Valorisation" à l' Institut de recherche pour le Développement), Fatoumata-Sow Ndongo (Responsable de l’Incubateur de l'université Gaston Berger à Saint Louis au Sénégal), Hermann Christian Kouassi (CEO d’Incub’Ivoir) et Abdoul-Wahab Annou (en charge de l’entrepreneuriat à 2iE) ; modéré par Julien Dupont (Responsable de la "Business Nursery" à KEDGE Business School).

Le webzine CEO Afrique, qui a visionné cette e-conférence, a analysé comment une adéquation entre la connaissance scientifique et les compétences entrepreneuriales peut constituer un facteurs clé de succès d’un projet.




Alors que la vocation de la recherche est d' apporter une meilleure compréhension concernant la nature d’un problème étudié et de déterminer au mieux toute l'étendue des connaissances en lien avec le sujet concerné, l’entrepreneuriat répond à des besoins concrets dans la vie de tout les jours. Mais force est de constater que ces différences se situent également au niveau de la temporalité. Ce rapport au temps est fondamentalement lié au fait que l’essence même du travail de chercheur, c’est de ne se soumettre aucunement à des impératifs de délai. La recherche implique d’aller au delà de la première impression, d'évaluer les capacités d’argumentation des uns et des autres ; de ne pas surcharger son esprit de généralités, de banalités du superflu ou des on-dits qui obnubilent les choses importantes ; de constituer des preuves ou d’établir des évidences documentées sous forme d'analyses solides de la manière la plus minutieuse et la plus complète possible etc...... Cet état d’esprit critique propre aux scientifiques justifie d’une certaine façon cette insouciance à l’égard du temps. À contrario, l’entrepreneur doit impérativement obéir à des logiques économiques, financières et de marketing, proche de la culture du produit qui est testé sur le marché. Le challenge, pour le porteur de projet, sera de consacrer le moins de temps possible à développer son concept pour se positionner très rapidement sur le segment de marché ciblé, sans pour autant de prendre le risque d’y arriver trop prématurément, sous peine de voir sa démarche se solder par un échec commercial cuisant, avec en corollaire des coûts d'investissements onéreux qui ne seront pas couverts, mettant un coup d’arrêt brutal à l’activité de l’entreprise, par la même occasion.


« Les chercheurs ont souvent démontré leur capacité à développer des projets très innovants. Plus le caractère innovant est affirmé, plus on tendra vers une innovation de rupture, plus cela prendra du temps, parce que par définition, le marché n'existe pas et n'est pas encore disposé potentiellement à faire écouler un produit dont il n’a jamais entendu parler. Il est par conséquent impossible d’estimer le temps que prendra la phase pré-opérationnelle de test du produit. Cela contient de l’incertitude, contrairement aux situations vécues par des entrepreneurs qui chercheront à attirer des clients très rapidement [ ... ]. Ces deux profils ne sont pas alignés sur la même temporalité » atteste Dr. Christophe Garonne, professeur en entrepreneuriat au sein de la Kedge Business School.


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Toutefois, ce dernier, qui porte aussi la casquette de directeur du Centre d'Expertise Innovation & Entrepreneurship, voit parallèlement beaucoup de similitudes entre chercheurs et entrepreneurs, apportant un éclairage nuancé sur la question :


« Il ne faut pas voir le champ disciplinaire de la recherche et celui de l’entrepreneuriat comme étant comme étant antinomiques ; il existe des similitudes certaines, telles que le goût de l'effort et le désir de trouver une solution pertinente [ ... ]. Être chercheur, signifie pouvoir se concentrer intensément, faire des