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Pays émergents & "marchés frontières" : quelles différences ?

Dernière mise à jour : 14 mai


Pour un néophyte, pas facilement de faire le distinguo entre un pays émergent et "un "marché frontière", selon que ces termes soient employés sous un angle macroéconomique ou bien dans un contexte purement financier. Il convient toutefois de différencier ces deux catégories, où la croissance économique a attiré l'attention de nombreux nouveaux venus dans le monde des affaires.

Comment définit-on un pays émergent ? Qu’est ce qu’un marché frontière ? Que reflète réellement le poids des pays en développement dans l’économie mondiale ? Où se situe concrètement l’Afrique dans tous ces schémas ? S'exprimant dans les colonnes du webzine CEO Afrique, Jean-Joseph Boillot, conseiller à l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), spécialiste des grandes économies émergentes, et Jacques Leroueil, analyste financier, spécialiste des marchés émergents, ont apporté leur éclairage respectif sur ce sujet.



S’il est courant de parler d’un pays en développement au sens large, il existe pourtant plusieurs grandes classifications, dont celles des pays émergents et des "marchés frontières", deux locutions qui ont souvent utilisées de manière interchangeable, à mauvaise escient, mais ne désignent pas exactement la même chose.


Qu’est ce qu’un pays émergent ?


Bien entendu, chacun de nous peut se faire une idée de ce qu’est un pays émergent, qui évoque d’ailleurs une notion proche de celle véhiculée par le terme émergence : une apparition soudaine d’une chose, d’un événement, d’un phénomène naissant, qui se détache d’un milieu (où il était profondément enraciné ou enfoui) par rapport à tous les autres. Donc, par extension, un pays émergent est un État doté d’une économie à forte croissance qui est en train de poursuivre son processus d'industrialisation, tout en amorçant une transition progressive vers le statut de pays possédant une économie pleinement développée.


« Au sens macro-économique du terme, le phénomène de convergence des pays émergents est défini par leur rattrapage vis-à-vis des pays industriels, au niveau du PIB par tête et de l’indice de développement. Ce phénomène de convergence s’inscrit dans la durée » précise Jean-Joseph Boillot, conseiller à l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), spécialiste des grandes économies émergentes.


Jacques Leroueil, analyste financier, spécialiste des marchés émergents, estime pour sa part que « le qualificatif "d’émergent" inclut des pays relativement avancés, disposant de marchés financiers sophistiqués, à l’instar du Chili, de l’Afrique du Sud ou du Brésil [ ... ] ».


D’où vient l’expression "pays émergent" ?


Kuala Lumpur, Malaisie

Il faut remonter à l’année 1981, du côté de la Société financière internationale [International Finance Corporation, une institution appartenant à la Banque Mondiale, basée à Washington , NDLR] pour saisir l'origine de cette expression. Non pas que les Américains aient créé cette locution sur leur territoire national ; mais plutôt que l’économiste néerlandais travaillant à la Société financière internationale, Antoine Van Agtmael, soucieux de pouvoir donner de la visibilité à certaines parties du globe — pays africains, asiatiques, océaniens ou du continent américain en insuffisance de développement économique — avait adhéré à la thèse d’un employé de la Banque JP Morgan, selon laquelle le mot "Tiers-Monde" avait un sens péjoratif et discriminatoire, ce qui pourrait susciter l’indifférence ou le désintérêt chez les investisseurs. À la suite d’un travail intensif de brainstorming individuel, le terme de "pays émergent " était né. Il y avait donc — et continue d’y avoir — dans ce qualificatif une connotation bien meilleure, associée aux critères de positivité et d’espoir.


Derrière l’expression "pays émergent", plusieurs évolutions


Fait étonnant pour une expression tant utilisée dans les institutions internationales et les médias depuis plus de quatre décennies : il n'existe pas à proprement parler d’une liste officielle. Au cours de l’histoire économique, il n’y a pas eu un seul groupe de pays émergents, mais plusieurs en fonction des évolutions technologiques, du degré d’inclusion financière ou des modes de consommation.


Sur l’initiative de Jim O'Neill, ancien économiste de la banque Goldman Sachs, l’une des premières utilisations de la tournure "pays émergent" s’est appliquée en 2005 à l’acronyme BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) qui s’est transformé, quatre années plus tard, en BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, South Africa), avec l’intégration de l’Afrique du Sud. Il est également l’auteur de l’expression "Next Eleven" (les 11 prochains) pour désigner le Bangladesh, la Corée du Sud, l’Égypte, l’Indonésie, l’Iran, le Mexique, le Nigeria, le Pakistan, les Philippines, la Turquie et le Vietnam ; ainsi que le sigle "MIKT" pour nommer un ensemble de pays composé du Mexique, de l’Indonésie, de la Corée du Sud et de la Turquie.


En 2009, Robert Ward formule le concept des CIVETS constitués de la Colombie, l’Indonésie, le Vietnam, l’Égypte, la Turquie et l’Afrique du Sud.


Plus récemment, le Fond Monétaire International a identifié 20 pays comme étant des marchés émergents : Il s’agit de l’Afrique du Sud, de l’Arabie saoudite, de l’Argentine, du Brésil, du Chili, de la Chine, de la Colombie, de l’Égypte, des Émirats arabes unis, de la Hongrie, de l’Inde, de l’Indonésie, de l’Iran, de la Malaisie, du Mexique, des Philippines, de la Pologne, de la Russie, de la Thaïlande et de la Turquie.



Les pays émergents prennent tout leur intérêt et leur envol médiatique avec l’apparition des indices boursiers qui leur sont consacrés. Créé par l'agence d'analyse financière MSCI (anciennement Morgan Stanley Capital International), le MSCI Emerging Markets Index, mesurant la performance des marchés boursiers des pays émergents, a intégré pour sa part 25 nations dans son panier : l’Afrique du Sud, l’Arabie Saoudite, l’Argentine, le Brésil, le Chili, la Chine, la Corée du Sud, la Colombie, l’Égypte, , les Émirats Arabes Unis, la Grèce, la Hongrie, l’Inde, l’Indonésie le Koweït, la Malaisie, le Mexique, le Pakistan, le Pérou, les Philippines, la Pologne, le Qatar, Taïwan, la Thaïlande, la République Tchèque et la Turquie.


Au sein de l'indice S&P Emerging BMI (créé par S&P Dow Jones Indices), figurent le Brésil, le Chili, la Chine, la Colombie, la République Tchèque, l’Égypte, la Grèce, la Hongrie, l’Inde, l’Indonésie, le Koweït, la Malaisie, le Mexique, le Pakistan, le Pérou, les Philippines, la Pologne, le Qatar, la Russie, l’Arabie Saoudite, l’Afrique du Sud, Taiwan, la Thaïlande, la Turquie et les Émirats Arabes Unis.


Le poids des pays émergents dans l’économie mondiale


À la lecture du rapport "Business Insights on Emerging Markets 2021", publié par le Centre de développement de l'OCDE, les pays émergents s'imposent comme le nouveau centre de gravité de l’économie mondiale, indéniablement sous l’impulsion de la Chine en tant que deuxième puissance économique de la planète.


 

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Leur part, en pourcentage du volume du commerce internationale, est passée de de 32 % aux alentours des 2000 à 46 % en 2019. De plus, la proportion des investissements directs étrangers (IDE) dédiés aux pays émergents s’est élevée à 46% en cette même année 2019, contre 15% en 2000. Ajouté à cela, le fait que cette zone représente à l’heure actuelle une très grosse partie de la croissance annuelle du PIB mondiale. Il convient enfin de noter que quatre des cinq membres des BRICS figurent parmi les dix premières plus importantes économies de la planète (Brésil 7ème, Russie 8ème, Inde 10ème et Chine 2ème) .


La montée en puissance des grandes entreprises qui s’y trouvent, se manifeste de plus en plus avec vigueur. Ces dernières ne se cantonnent plus à la seule sphère de la production de biens et services ; elles sont désormais une phase accélérée d’internationalisation et de diversification de leurs investissements dans d’autres régions du monde. Sur les 500 entreprises mondiales les plus importantes par rapport à leur chiffre d'affaires, 1/3 vient des pays émergents, si l’on en croit Anne Miroux et Lourdes Casanova, co-auteures de l'Emerging Market Multinationals Report 2021 : Building the Future on ESG. Ces deux expertes et universitaires ont également établi en 2021 le palmarès des EMNC 500R, c’est-à-dire les 500 plus grosses multinationales provenant des pays émergents, en termes de chiffres d’affaires [ EMNC : Emerging Multinationals, NDLR ] . À noter la nette domination de la Chine dans ce classement, avec 1676 sociétés multinationales à son actif, dont le chiffre d’affaires est supérieur à 1 milliard de dollars américains.




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Concernant l’Afrique du Sud, le meilleur exemple est certainement l’extraordinaire ascension du groupe Naspers, passé en deux décennies d’opérateur média national en un géant de l’internet et du e-commerce .



L'une des success stories les plus emblématiques, à l’échelle du monde, est celle de Huawei, étroitement associée à sa suprématie en matière de technologie 5G et plus globalement, à l’innovation technologique chinoise. Cet équipementier télécoms, qui tient la dragée haute aux leaders du secteur — l’ Américain Apple et le Coréen Samsung — est parvenu à réaliser un bénéfice record de 16,18 milliards d'euros en 2021, contre 9,19 milliards d’euros l’année précédente, et ce, en dépit des sanctions américaines à son encontre.


Les grosses sociétés, issues des autres pays émergents, ne sont pas en reste.


« Concernant l’Afrique du Sud, je fais le distinguo entre les grandes compagnies historiquement associées au complexe minier-industriel du pays, comme De Beers, Anglo American ou Sasol, de nouveaux acteurs qui se sont imposés au cours des dernières décennies dans des secteurs en croissance tels que les télécoms (MTN) et les services financiers (Discovery, Standard Bank). Le meilleur exemple est certainement l’extraordinaire ascension du groupe Naspers, passé en deux décennies d’opérateur média national en un géant de l’internet et du e-commerce, grâce à des participations stratégiques habilement obtenues dans le capital du géant chinois de l’Internet Tencent, du groupe russe Mail.ru, de l’agence indienne de voyages en ligne MakeMyTrip Limited. Dans l’histoire contemporaine du capitalisme mondial, aucune autre société, à ma connaissance, n’a fait aussi bien en termes de retour sur investissements et il s’agit d’une société africaine ! En dépit de ces faiblesses et limites, c’est aussi cela la force du modèle sud-africain, une très grande diversité de succès économiques — parfois d’envergure mondiale — rencontrés sur un large spectre d’activités » observe Jacques Leroueil.


Les BRICS, acteurs prépondérants de l'échiquier international


La puissance économique des pays émergents membres des BRICS (Brazil, Russia, India, China, South Africa) confère à cet ensemble à la fois un aspect institutionnel et une dimension géopolitique. Ainsi ces derniers coordonnent régulièrement leurs actions au sein d’organisations internationales auxquelles ils ont adhéré, en s’attelant à dégager des positions communes sur la plupart des sujets. Toutefois, sur l’initiative entre autres de l’Inde et du Brésil au milieu des années 2000, la tentative de réforme visant élargir la composition du Conseil de sécurité, en y intégrant six nouveaux sièges de membres permanents — dont deux destinés aux pays d’Afrique — a été effectuée sans succès. Afin de garantir une meilleure représentativité, le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine se sont vu octroyer dans leur ensemble, à partir de l’année 2014, 13,5 % des droits de vote au sein du Fonds Monétaire International (FMI), alors que ce taux ne dépassait pas la barre des 9 % en 2010. Les actions des BRICS ont été souvent interprétées par le monde occidental comme une insensibilité aux valeurs universalistes et pacifistes, comme en témoignent, par exemple, le soutien indéfectible de l’ancien président du Zimbabwe Robert Mugabe apporté par l’Afrique du Sud et la Chine sur la période de 2007-2009 ; l’hésitation du Brésil, de l’Inde, de la Russie et de la Chine à sanctionner la mise en œuvre du programme nucléaire iranien ; ainsi que l'absence de toute condamnation sans ambiguïté du Brésil, de l’Inde, de la Chine et l’Afrique du Sud concernant l’invasion de l'Ukraine par la Russie en Février 2022.



Par ailleurs, le Brésil, l’Inde, la Russie et la Chine avaient manifesté leur mécontentement à l'égard de l’OTAN, quant à l’intervention militaire en Libye, en Mars 2011. À contrario, les actions de promotion de la paix, à travers le déploiement de casques bleus dans les zones de tensions et de conflits ont permis à des pays comme le Brésil (Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti), l’Inde (Soudan, Sahara occidental) et l’Afrique du Sud (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en République Démocratique du Congo ; mission de maintien de la paix au Darfour), de se profiler au cœur de la géopolitique mondiale, aux côtés des grandes puissances, à défaut d’avoir leur place parmi les membres permanents du Conseil de sécurité. Contexte de crise sanitaire mondiale oblige, les cinq pays du BRICS ont mis sur pied, au courant du mois de Mars 2022, un centre de recherche et de développement de vaccins, dont les travaux permettront de permet de lutter efficacement contre la pandémie de la COVID-19.


"Marchés frontières" : quand les pays émergents ne suffisent plus ...


Gaborone, Botswana

Au fil du temps, un autre catégorie complémentaire est apparue, sous l’appellation de "Marché frontière". Nul ne pourra s’empêcher de penser à l’expression "Nouvelle Frontière" ("New Frontier" en anglais) prononcée par l’ancien président américain John Fitzgerald Kennedy, évoquant des domaines inexplorés, ou, dans un passé beaucoup plus lointain, à celle de la "Conquête de l’Ouest" des États-Unis, au XIXème siècle, avec l’idée véhiculée d’une "terre promise" où l’on pouvait saisir d’innombrables opportunités, mais non sans risque. Par analogie, les marchés frontières, également connus sous les noms de "marchés naissants" et "marchés pré-émergents — termes empruntés au champ lexical de la finance — , désignent des pays à forte croissance, classifiés à un échelon supérieur à celui des pays les moins avancés (qui, pour ces derniers, présentent une marginalisation persistante dans l'économie mondiale) se trouvant encore aux tous premiers stades de développement économique, sans pour autant atteindre ceux des pays émergents susmentionnés plus haut.


« Dans le contexte financier, les marchés frontières sont caractérisés par leur instabilité » juge Jean-Joseph Boillot.


Jacques Leroueil va encore plus loin dans cette réflexion : « la notion de "marchés frontières" renvoie à la même idée de "frontière" des colons américains du 19e siècle, parlant de la Conquête de l’Ouest et du Far West. En somme, un monde, un espace où tout reste à faire, avec la part d’opportunités nombreuses et de risques importants associées à cette configuration très particulière » .



C’est toujours du côté de l’IFC (Société Financière internationale, filiale du Groupe de la Banque mondiale) qu’il faut chercher l’origine de cette expression. En 1992, l’économiste indienne Farida Khambata, qui supervisait la publication des données relatives aux marchés émergents, l’EMDB (Emerging Markets Data Base), s’était rendue compte que certains marchés financiers disposaient d’une capitalisation boursière et d’une liquidité trop faibles. C'est à partir de ce constat que l’expression "marché frontière" ait vu le jour. Ce besoin d'information, très spécifique, était d'autant plus important que l’agence de notation Standard & Poor's s’était empressée de racheter l’indice EMDB à l’IFC en 1999. À titre de comparaison avec les pays émergents, ces "marchés naissants" présentent un risque extrêmement élevé, mais sont susceptibles de générer de très haut rendements.


Il ne fait nul doute que les listes des marchés frontières, tout comme celles des pays émergents, soient très disparates. L’indice MSCI Frontier Markets a intégré en son sein le Bahreïn, le Bangladesh, la Croatie, l’Estonie, l’Islande, la Jordanie, le Kenya, la Lituanie, l’Île Maurice, le Kazakhstan, le Maroc, le Nigeria, l’Oman, la Roumanie, la Serbie, la Slovénie, le Sri Lanka, la Tunisie, les pays de la zone UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest Africaine) et le Vietnam.


 

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De son côté, le département des indices boursiers du Dow Jones de Standard & Poor’s considère comme marchés naissants les pays suivants : l’Argentine, le Bahreïn, le Bangladesh, le Botswana, la Bulgarie, la Cote d'Ivoire, la Croatie, Chypre, l’Estonie, le Ghana, la Jamaïque,, la Jordanie, le Kazakhstan, le Kenya, la Lettonie, le Liban, la Lituanie, l’Île Maurice, le Maroc, la Namibie, le Nigeria, l’Oman, le Panama, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie, le Sri Lanka, Trinidad & Tobago, la Tunisie, le Vietnam et la Zambie.


Les indices FTSE Global Equity, quant à eux, ont jeté leur dévolu sur le Bahreïn, le Bangladesh, le Botswana, la Bulgarie, la Côte d’Ivoire, la Croatie, Chypre, l’Estonie, le Ghana, l’Islande, la Jordanie, le Kazakhstan, le Kenya, la Lettonie, la Lituanie, Malte, l’Île Maurice, le Maroc, le Nigeria, Oman, la Palestine, le Pérou, la Macédoine, la Serbie, la Slovaquie, la Slovénie, le Sri Lanka, la Tanzanie, la Tunisie et le Vietnam.


Pays émergents, marchés frontières, BRICS etc ... Comment s'y retrouver ?


Ce qui interpelle en premier lieu, c’est la très grande disparité des États, constitués de démocraties solides — fondées sur le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales — et de régimes fortement imprégnés d'idéologie dictatoriale, regroupés au sein de listes de pays émergents ou de marchés frontières, dont les caractéristiques économiques, sociales, démographiques et culturelles sont diamétralement opposées. Il convient pour cette raison d’être attentif au moment d’investir. À titre de rappel, les expressions "pays émergents" et "marchés frontières" ont été inventées pour décrire les pays en développement de manière moins péjorative, auprès des investisseurs. La différence réside surtout dans le fait que les marchés frontières vont souvent de paire avec des prises de risque beaucoup plus élevées.


« Il y a deux différences fondamentales, d’une part, le niveau de développement et de sophistication des pays concernés — relativement correct pour les "émergents" et faible pour les " frontières"  — et, d’autre part, le couple risque/rendement associé qui est sensiblement divergent. Pour donner une image, le fait de parier sur les marchés émergents serait l’équivalent d’acheter des parts dans une grosse start-up en croissance, qui a déjà un minimum de visibilité et d’historique de performance, tandis que parier sur un marché frontière reviendrait à acheter un ticket de loto. Dans bien des cas, on peut tout perdre. Mais quand ça marche, on fait la culbute ! » argumente Jacques Leroueil. Toutefois, il existe un point où tous ces pays se rejoignent : ils recèlent un fort potentiel de croissance économique, des solutions sur mesure pour les investisseurs audacieux. « Comparativement aux marchés matures, ces deux catégories demeurent globalement la chasse gardée d’investisseurs avertis, en mesure de chiffrer le risque associé et surtout de l’accepter en connaissance de cause avant de se positionner » poursuit Jacques Leroueil.


Les dernières projections de croissance des perspectives économiques mondiales en 2022, publiées par la Banque Mondiale, parlent d’elles-mêmes : 7,1% de taux de croissance au Rwanda, 5,8% en Malaisie, 5,2 % en Indonésie, 6,6% à l’Île Maurice, 6,5% en Côte d’Ivoire, 5,1% en Chine, 4,1% en Colombie etc ...


Qu’en est il du cas spécifique de l’Afrique ?


Cape Town, Afrique du Sud

Au premier abord, l’Afrique du Sud, pleinement intégrée à la mondialisation, semble représenter le seul véritable pays émergent sur le continent africain, possédant les potentialités pour rivaliser avec des nations tels que les États-Unis, le Japon, l’Allemagne, le Royaume Uni ou la France, eu égard à la diversité et la compétitivité de son économie, la densité de son tissu industriel, son dynamisme entrepreneurial ou la performance de son écosystème d’innovation technologique, sans oublier sa visibilité géopolitique à travers les BRICS (Brazil, Russia, India, China, South Africa).


« L’Afrique du Sud, pays émergent, est dotée d’une solidité institutionnelle qui lui permet d’affronter les crises [ ... ] » ajoute Jean-Joseph Boillot.


 

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Sur le reste du continent, il existe une pléthore de "Plans Émergence" échafaudés par les pouvoirs publics, avec des horizons plus ou moins lointains. Mais toujours est-il que la plupart des pays continuent de souffrir d'un bon nombre de maux du sous-développement : insuffisance en matière d’infrastructures de transport, difficultés d'accès des populations locales aux services de santé, problèmes d'approvisionnement en électricité, chômage galopant, faible intégration au commerce mondial etc ....


« Autant, la nécessité d’anticiper et de planifier sur le long terme est cruciale pour réussir la transition vers le développement ; autant, nombre d’initiatives prises par les pouvoirs publics africains, sous forme de "plans d’émergence" me semblent parfois relever d’une logique "d’effet de manche" plus que de substance véritable. On "pond" un plan, parce que tout le monde le fait, mais sans forcément toujours se donner les moyens de ces nobles ambitions » déplore Jacques Leroueil.


Qu’à cela ne tienne, plusieurs pays semblent être déterminés et se fixent l’objectif d’atteindre à tout prix les standards internationaux des marchés émergents d'ici une dizaine ou vingtaine d'années, voire une trentaine d’années : "Plan stratégique Gabon émergent" , "Uganda Vision 2040", "Tanzania Vision 2025", "Zambia Vision 2030", "Namibia Vision 2030", "Vision Côte d’Ivoire 2030"; Plan Sénégal Émergent (PSE), "Cameroun "Vision 2035", "Vision Djibouti 2035 " etc ... Jacques Leroueil se livre au jeu des pronostics :


« En termes d’émergence, des pays tels que le Maroc, la Tunisie, le Botswana et l’Île Maurice sont déjà à ce niveau, mais n’ont pas le réservoir démographique nécessaire pour "vraiment peser"  et faire la différence à l’échelle du continent. À l’inverse et à l’exception notable de l’Égypte, des géants démographiques tels que le Nigeria (220 millions d’habitants), l’Éthiopie (115 millions d’habitants.) ou même la République Démocratique du Congo (90 millions d’habitants) restent à bien des égards encore trop en deçà de leur potentiel pour espérer rejoindre rapidement le statut de pays émergents. En somme, on a déjà une poignée d’États sur la voie de l’émergence, mais qui ne "pèsent" pas suffisamment, notamment sur le plan démographique (exceptions faites de l’Afrique du Sud et de l’Égypte), et une ribambelle d’importants aspirants, mais qui sont encore loin derrière et qui doivent surtout prouver qu’ils empruntent le bon chemin » .


 

Par Harley McKenson-Kenguéléwa


 

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