Investir au Sénégal, une "valeur sûre" en période de crise

Dernière mise à jour : 20 mai


Destination phare pour les investisseurs étrangers, le Sénégal veut s’imposer comme un haut lieu du séjour d’affaires en Afrique de l’Ouest. C’est ce qu’ont tenté d’expliquer plusieurs dirigeants d’entreprise, diplomates, décideurs politiques, experts et spécialistes, lors d’un atelier consacré à ce pays, organisé le 7 Avril dernier par Business France, l’agence chargée de l’internationalisation de l’économie française.

Le webzine CEO Afrique, qui a visionné cette e-conférence, explique en quoi le pays de la Teranga est attractif pour les investisseurs et dresse la liste des éléments, constituant les points faibles de l’économie nationale, qui entravent l’amélioration du climat des affaires, sur la base du témoignage des intervenants.



Quand on pense business en Afrique subsaharienne francophone, c’est naturellement la Côte d’Ivoire et, de plus en plus, le Sénégal qui viennent à l’esprit pour des entreprises désireuses d’avoir une implantation sur le continent.


« Le Sénégal est la deuxième économie de l’UEMOA et la quatrième de la CEDEAO [ ... ]. C’ est un pays très ouvert », tel est le message que fait passer Christophe Morchoine, chef du service économique de l'ambassade de France à Dakar.


Julien Marcilly, chef économiste à la Global Sovereign Advisory (ex-économiste de COFACE) prend le relais :


« Le Sénégal aura été l’une des rares économies à ne pas avoir subi de récession sur l'ensemble de l'année 2020. Un autre chiffre important : Neuf entreprises sur dix ont continué d’opérer à plein régime ; c'est beaucoup plus que la moyenne en Afrique subsaharienne ».


Avec un PIB progressant de 6% par an entre 2014 et 2018, cet État d’Afrique de l’Ouest justifie son rang de "marché frontière". Alors que l’économie sénégalaise n’a enregistré qu’un taux de 1,5% en 2020, le niveau de sa richesse économique devrait reprendre graduellement son mouvement à la hausse, si l’on en croit les prévisions de la Banque mondiale : 5,5% et 9,2% sont les chiffres probables de la croissance du PIB, respectivement pour les années 2022 et 2023, une performance remarquable dans un climat de fort ralentissement économique mondial lié à la pandémie de covid-19. D’autant plus que ces croissances futures seront indéniablement portées par de grands projets opérés dans le secteur pétrolier et gazier.


« [ ... ] Le Sénégal a des réserves de pétrole estimées aux alentours de 2,5 milliards de barils de pétrole et plus de 1000 milliards de mètres cubes de gaz. Nous comptons développer notamment les gisements de Yakaar-Teranga qui se trouvent au Nord de Dakar » atteste Mamadou Fall Kane, secrétaire permanent adjoint chez Cos-Pétrogaz, l’organe de coopération et de pilotage stratégique du secteur pétrolier et gazier.


Dans la même lignée de pensée, Amadou Hott, ministre de l'Économie, du Plan et de la Coopération du Sénégal affirme que « le secteur pétrogazier, fort des découvertes récentes de gisements, devrait servir à amplifier la dynamique de progrès et accélérer la marche vers l'émergence économique, en portant la croissance en 2023 à 13,7% et, au delà de 2023, sur une moyenne de 7% pendant plusieurs année ».



Côté monétaire, le Franc CFA, qui sera remplacé par l'Eco d'ici 2027 — conformément au calendrier fixé par les quinze États de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) — , semble pour le moment ne pas montrer de signe de faiblesse face à d’autres devises et constitue de fait un enjeu de stabilité, une thèse défendue par Julien Marcilly :


« Il est vrai que le Franc CFA, dont les discussions sont un peu similaires à celles que l’on a pu avoir au sujet de l'euro, s’avère être le coupable idéal pour beaucoup de problèmes. Mais le fait est que le Sénégal, au cours des vingt dernières années, a enregistré moins de 2% d’inflation par an. Lorsqu’une inflation est maîtrisée sur le long terme, cela procure un environnement stable et prédictible pour les entreprises sénégalaises ou étrangères, et surtout pour les ménages [ ... ] . On n’en souligne pas suffisamment les bienfaits et l’importance ne pas avoir à subir toutes les volatilités des taux de change que l’on observe actuellement ».


Quoi qu’il en soit, l’économie sénégalaise, certes d’une taille encore relativement très modeste (le PIB ne dépasse pas 25 milliards USD, soit 105 fois moins que le PIB tricolore), est cependant pleine de promesses. Le pays de la Teranga multiplie les atouts pour l’accueil du tourisme d’affaires ou des investissements et les sociétés étrangères candidates à l’export s’y intéressent davantage.


Un environnement des affaires favorable aux investissements étrangers


Pourquoi investir au Sénégal ? Malgré les remous créés par la crise liée à la pandémie de COVID-19, le niveau des investissements directs étrangers (IDE) ne fléchit pas. En 2020, Le Sénégal détenait la cinquième place en termes d’IDE en Afrique, avec un afflux de 1,5 milliard de dollars (soit une augmentation de 39 % par rapport à l’année précédente), derrière l’Égypte (5,5 milliards USD d’IDE), le Nigeria (2,6 milliards USD d’IDE), l’Afrique du Sud (2,5 milliards USD d’IDE) et l’Ethiopie (2,1 millions USD d’IDE).


Dakar, à la tête du Sénégal, compte une concentration importante de bureaux appartenant aux plus grandes entreprises étrangères, dont de nombreuses enseignes françaises, notamment dans la grande distribution, le secteur de la construction, la gestion de l’eau, les télécoms, la transformation digitale ou les banques : Auchan, Super U, Décathlon, Eiffage, Suez, Orange, Atos, BICIS ( filiale du Groupe BNP Paribas), SGBS ( filiale du Groupe Société Générale) etc ... Fort de ces perspectives, le pays de la Teranga est devenu un Eldorado, dont les autorités locales et hexagonales ont d’ailleurs ouvert grand les portes : Le Sénégal et la France ont signé, le 26 Juillet 2007, le traité bilatéral d'investissement ((TBI), visant à promouvoir et à protéger les investissements des nationaux et les sociétés issues des deux nations qui vont opérer entre elles .


« [ ... ] Les entreprises françaises implantées au Sénégal, dont le nombre est évalué à 250, emploient plus de 30 000 personnes et contribuent largement à la collecte fiscale sur place, représentant une part importante de l'économie du pays » soutient Christophe Morchoine, chef du service économique de l'ambassade de France à Dakar.


L’ambassadeur de France au Sénégal, S.E.M Philippe Lalliot, abonde en ce sens, rappelant au passage « les deux milliards d'euros d'engagements signés par l’Agence française de développement (AFD) depuis 2007/ 2008, ce qui place le Sénégal en tête des pays d'intervention de la l’agence, avec des secteurs prioritaires tels que l'eau & l'assainissement (200 millions d'euros), le développement rural & l'agriculture (173 millions d’euros) ou le secteur de l'énergie (aux alentours d'une cinquantaine de millions d'euros) [ ... ] ».


De son côté, Amadou Hott, ministre de l'Économie, du Plan et de la Coopération du Sénégal exhorte le secteur privé français à « investir davantage dans les projets privés, dans le cadre de partenariats publics-privés conclus avec des entreprises locales. Beaucoup de jeunes sénégalais, qui sont formés en France, ont envie de rentrer au pays. Cela crée des opportunités de carrière pour ces jeunes talents déjà bien formés ».


Dakar est donc le cœur économique tangible d’un Sénégal qui cherche à grimper rapidement vers le statut de pays émergent. Les investisseurs extérieurs peuvent y voir comme une porte d'entrée en Afrique de l’Ouest vers le marché de l’UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest Africaine) doté de plus de 120 millions de consommateurs, mais aussi vers d’autres pays d’Afrique de l’Ouest comme le Nigeria, dans le cadre de la CEDEAO (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest), sans oublier la ZLECA (Zone de libre-échange continentale africaine) qui promet d’offrir à terme une libre circulation des marchandises, des services et des investissements, et de cibler par la même occasion 1,3 milliard de consommateurs .



Les échanges commerciaux ne sont pas en reste, La communauté d’affaires est logiquement dominée par les partenaires économiques du pays. En tête : l’Hexagone.


« La France demeure de loin le premier fournisseur du Sénégal, avec plus d'un milliard d'euros d'exportations en 2019. Nos exportations détiennent 17,5% de parts de marché, devant la Chine (10 %), le Nigeria (6,3%) et les Pays-Bas (5%) [ ... ]. Le Sénégal représente notre premier excédent commercial en Afrique de l'Ouest, avec 992 millions d’euros enregistrés en 2019 et 726 millions d’euros en 2020. Le niveau des excédents a un peu baissé en 2020, mais reste encore considérable » poursuit Christophe Morchoine.


Une déclaration qui fait écho aux propos tenus par Franck Riester, le ministre délégué auprès du ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères, chargé du Commerce extérieur et de l'Attractivité.


« Le Sénégal a développé une ambitieuse stratégie de développement et d'émergence [ ... ]. Mon objectif, en tant que, ministre français chargé du commerce extérieur, est que la France, ses entreprises et leur savoir-faire accompagnent le Sénégal dans la réalisation de cette ambition et s'affirme comme partenaire économique et commercial de tout premier plan . Pour cela, les PME françaises doivent davantage se mobiliser pour proposer leurs compétences aux entreprises et aux autorités sénégalaises. L’agilité de nos PME est un atout formidable pour créer de nouveaux partenariats avec la communauté d'affaires sénégalaise, au service de la croissance dans nos deux pays ».


La direction générale du Trésor français note que « le Sénégal est conforté comme le 2ème débouché de la France dans la zone UEMOA, derrière la Côte d’Ivoire », et précise que le pays occupe « le 3ème rang en Afrique subsaharienne, juste derrière la Côte d’Ivoire et l’Afrique du Sud » .


Par ailleurs, le Sénégal, en lien avec l'Agence pour la Promotion des Investissements et Grands Travaux (APIX) a mis en place des zone économique spéciales, destinées aux entreprises industrielles et, en particulier, aux sociétés étrangères, avec en prime l’octroi d’exonérations fiscales et douanières. Trois projets se sont développés avec des secteurs d’attribution bien définis : les industries, l’agrobusiness, les technologies de l'information & la communication, le tourisme, les activités portuaires et les services médicaux pour la Zone Économique Spéciale Intégrée de Diass (située à 45 km de Dakar) ; le montage, les emballages, l’agroalimentaire, la confection, les matériaux de construction, les technologies de l'information & la communication, l’électricité, l’électronique et la logistique pour le Parc industriel intégré de Diamniadio (situé à 30 km de Dakar) ; les industries, l’agrobusiness, l’aquaculture, les technologies de l'information & la communication, la tannerie, l’aviculture, l’énergie et la logistique pour la Zone Industrielle de Sandiara (située à 110 km de Dakar)


Un marché riche en opportunités


Les idées de projet rentable ne manquent pas pour investir au Sénégal. Tout comme la quasi-totalité des pays d’Afrique, le pays de la Teranga offre aux investisseurs une gamme très large de secteurs porteurs, une diversité qui ne peut être trouvé ailleurs sur d’autres continents.

 

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En premier lieu, le pays présente des opportunités réelles et significatives dans le domaine de l’énergie. Les prévisions à la hausse de la demande locale en électricité ont amené les autorités à accorder une place prépondérante à l'énergie solaire, dans le cadre de la diversification du mix énergétique. De plus, l’entreprise publique de fourniture d’électricité SENELEC mise sur des projets pilotes, visant à transformer le gaz en électricité, et envisage de remplacer tous les compteurs traditionnels par des "compteurs intelligents".


« [ ... ] Nous espérons augmenter les capacités de production existantes d’ici l’horizon 2035 » confirme Papa Toby Gaye, directeur principal Équipements chez SENELEC.


Même son de cloche chez Amadou Hott, ministre sénégalais de l'Économie, du Plan et de la Coopération, pour qui « le mix énergétique est déjà composé à plus de 25% d'énergies renouvelables. Le Sénégal s’est engagé dans un vaste projet d’hydroélectricité qui implique également des entreprises françaises. Il s’agit de la construction du barrage hydraulique de Sambangalou (128 mégawatts) qui va non seulement produire de l’électricité, mais servira aussi à l'irrigation agricole. Ce projet, qui impactera également la Gambie, la Guinée-Bissau et la Guinée-Conakry, permettra au Sénégal d'atteindre ses objectifs d'accès universel à une énergie propre de qualité et à moindres coûts, d’ici en 2025 [ ... ] ».


À noter que la gestion du projet gazier de la Grande Tortue Ahmeyim crée des opportunités supplémentaires dans la chaîne de valeur liée à ce secteur.


« Le gisement gazier de Tortue, que nous partageons avec la Mauritanie, a un potentiel de 15 trillion de trillion cubic feet. Il existe des appels d'offres public relatifs à ce projet, sur lesquels Eiffage s’est positionné et remporté un contrat » rapporte Mamadou Fall Kane.


La santé, figure aussi en tête des secteurs les plus prometteurs. La demande est considérable, avec une attractivité sur l'industrie pharmaceutique, ainsi que sur la Medtech, la HealthTech et la BioTech. Dr Mouhamadou Sow, directeur général de Teranga Pharma fait le constat suivant :


« [ ... ] Il s'avère qu'il existe des déserts pharmaceutiques dans des pays tels que le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Cameroun ou le Bénin. Nous pensons aujourd'hui qu’il faille créer un grand groupe pharmaceutique sur le continent. Nous avons profité du départ du laboratoire Pfizer, du Sénégal, pour reprendre usine désaffectée (grâce à un appel d’offres émis par l'APIX , l’Agence pour la promotion des investissements et grands travaux) pour créer Teranga Pharma en 2017. La société ambitionne de se positionner sur la chaîne de valeurs pharmaceutique, depuis la fabrication jusqu’à la la distribution de médicaments génériques, afin de pouvoir s'adapter au pouvoir d’achat des Sénégalais. Notre demande d'autorisation pour la fabrication de médicaments a été accordée en 2019. Nos activités, qui ont déjà démarré, sont axées pour le moment sur le conditionnement secondaire, un processus qui consiste à emballer les produits pharmaceutiques, qui se trouvent eux-mêmes déjà enveloppés de leur emballage primaire., et nous sommes actuellement en train de développer un projet, d’un montant de 7 millions, qui nous permettra d’élargir nos activités au conditionnement primaire et à la fabrication de médicaments ».


Contexte de crise sanitaire mondiale oblige, la santé est devenue un enjeu de plus en plus central dans les politiques publiques du Sénégal. Les investisseurs sont invités à saisir les occasions d’investissement qui se présentent , concernant la construction de cliniques, la fourniture d’équipement médicaux (matériel de diagnostic médical, appareils de radiographie etc ...), la télémédecine et la livraison par drone de de fournitures médicales.


Jean-Pierre Boffy, président directeur général de Steam France, a fait le choix d’apporter son expertise en fournissant des appareils de stérilisation et de désinfection aux hôpitaux et aux laboratoires :


« À force de patience et de persévérance, nous avons su développer un réseau relationnel qui nous a permis de nous positionner sur un appel d'offres important,c oncernant la construction de nouveaux hôpitaux, notamment dans les villes de Kaffrine, Touba et Kédougou etc.... Nous mettons à disposition une gamme de services clés en main, en collaboration avec notre partenaire local ACD (Afrique Conception Distribution), dans le cadre duquel nous nous focalisons non seulement sur le choix des équipements et l’apport de notre expertise, mais aussi sur le transfert de connaissances et l’accompagnement ».



Soucieux d’anticiper les défis de demain, les autorités sénégalaises veulent moderniser l’économie nationale sous l’angle de l’industrie du numérique et des nouvelles technologiques qui constitue un secteur transversal, touchant ainsi plusieurs autres domaines. Une aubaine pour la start-up française Bizao qui a déployé sa solution FinTech à Dakar.


« L’Afrique de l’Ouest est l’une des régions du monde qui connaît la plus forte croissance du mobile money, une solution qui permet de déposer de l'argent sur un compte électronique et le retirer à tout moment. C’est une alternative extrêmement puissante aux comptes bancaires. On sait que les économies, dans cette sous-région, sont dominées par l’utilisation du cash [ ... ]. La start-up Bizao s'est placée comme un interlocuteur intermédiaire B2B et vise essentiellement à accompagner les entreprises et les institutions, à émettre et recevoir des paiements digitaux. Sa vocation est surtout de permettre aux entreprises d'accepter les paiements mobile money, que ce soit en boutique ou en ligne. L’opportunité est gigantesque et concerne tous les secteurs d'activité, que ce soit dans l'énergie, le transport, l'éducation ou la santé [ ... ]. Même si notre société est française, le gros de l’effectif, soit 80%, se trouve toutefois en Afrique, avec notre équipe technique qui est basée à Dakar » détaille Aurélien Duval-Delort, fondateur & CEO de Bizao.

 

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Plus globalement, le marché du mobile money est en plein essor, la part de la population disposant de comptes d'argent mobile au Sénégal est passé de 6% en 2014 à 31,8% en 2017 (Source : Banque mondiale). D’autant plus que près de 9,8 millions de Sénégalais ont accès au web, soit un taux de pénétration Internet évalué à 56,7% (dépassant la moyenne continentale, 43.2 %) selon les données de Internet World Stats.


Outre ces secteurs susmentionnés, le fait d'investir dans l’agrobusiness au Sénégal — et plus globalement dans l’agriculture offre également des perspectives intéressantes, son développement étant une priorité. Le niveau de la demande des consommateurs pour certaines catégories de denrées alimentaires, tels que la viande de bœuf, le riz, le maïs, le blé, le lait et les produits laitiers, l'huile de palme, le sucre, les pommes de terre et les oignons, est en forte augmentation. Le pays offre également des opportunités dans le domaine des intrants et la création des centre d’ateliers de découpe et de transformation de viande.


Jean-Pierre Chomienne, conseiller pour les affaires agricoles et alimentaires en Afrique de l'Ouest, à la direction générale du Trésor, apporte un éclairage précis sur la question :


« [ .... ] On assiste à l’émergence d’une classe urbaine, ouverte à l’adoption de nouveaux produits. Cependant, le marché demeure dominé par des habitudes de consommation" traditionnelles" ; cette classe moyenne est restée très attachée à ses racines culinaires [ ... ]. Par ailleurs, les entreprises françaises peuvent se montrer plus compétitives dans le domaine des intrants agricoles. De plus, la volonté politique du gouvernement de développer l’agroécologie donnera sans doute lieu à des opportunités de projets très vastes, puisque, nous avons la chance d'avoir, en France, une industrie du biocontrôle et des fertilisants organiques suffisamment à la pointe, de telle sorte que les sociétés hexagonales soient en mesure de monter des partenariats avec des entreprises sénégalaises ».


À côté de tous ces secteurs phares, l’aménagement du territoire et les villes durables représentent un enjeu fondamental pour le Sénégal. En effet, Dakar s'est érigé en centre décisionnel politique et économique du pays, faisant de cette métropole une ville en perpétuel développement.


« À l’heure actuelle, Dakar compte 3,8 millions d'habitants. Cette même population était évaluée à 400 000 habitants en 1970, donc avec une multiplication quasiment par dix en l’espace de 50 ans. Et nous allons sans doute franchir la barre des 7 millions d'habitants en 2040. Dakar accueille quasiment le quart de la population nationale, soit 50 % de la population urbaine de l’ensemble du pays sur seulement 0,3% du territoire ! Le Sénégal devra faire face à plusieurs défis majeurs, parmi lesquels la démographie, l'urbanisation, la congestion, l’accès à l’eau, ou l'accès à l'électricité, et dans un espace très réduit » analyse Dr. Thierno Birahim Aw , directeur général du CETUD (Conseil Exécutif des Transports Urbains de Dakar).


C’est ce qui explique que les priorités du gouvernement soient tournées vers ces domaines et se sont résolus à investir dans le transport. Parmi les grands chantiers en cours, celui du du projet de Bus Rapid Transit (BRT) , en vue d’améliorer la mobilité urbaine dans les zones les plus peuplées de la région de Dakar.


En raison de ces problèmes de congestion urbaine, le Plan Sénégal Émergent (PSE) prévoit la construction de nouvelles infrastructures, portées par les projets d’agglomérations nouvelles, à l’instar de Diamniadio, située à une trentaine de kilomètres la capitale, une ville elle-même desservie par le Train Express Régional (TER), un mode de transport innovant qui la relie à Dakar.


« [ ... ] Diamniadio est un mauvais exemple, déplore Mouhamadou Abass A. Sall, fondateur de Lamtoro Group, un cabinet d'architecture spécialisé dans le développement de projets en conception-construction. Il existera des impératifs de décongestionnement et il restera toujours 99,7 % du territoire qui ne demande qu’à être développé. Le Sénégal est doté d'un grand potentiel de développement urbanistique. Diamniadio n’est qu'un point de départ de la reconquête du territoire national sénégalais qui devrait s’étendre jusqu'aux confins de Kédougou [ ... ]. Le marché du résidentiel sont la clé d'un développement très prometteur et demande à être modernisé. C’est sur ce chemin là que nous devons poursuivre nos différents projets de développement ». Le contexte favorise les projets d’investissement dans l’immobilier.


Toujours en matière d’opportunités dans ce secteur , Numtech peut avoir le sourire. Cette société, spécialisée dans la lutte contre la pollution de l'air, a remporté un contrat majeur au Dakar pour un montant un montant de 1,2 million d'euros. Son fondateur & PDG, Pierre Beal, fait une mise au point sur la vocation de l’entreprise, avec la volonté manifeste de contribuer au développement d’un Sénégal plus "vert" :


« Numtech est spécialisé dans le déploiement de systèmes logiciels de surveillance et de prévision de la qualité de l'air, que ce soit pour des problématiques d’ordre urbain ou industriel. Nous surveillons de près les sites pétrochimiques et les gros sites industriels qui impactent l'environnement. Nos outils, nous les avons imaginées pour faire le lien entre la population et la collectivité locale ou l'industriel [ ... ]. Elles vont permettre aux citoyens de s’informer sur la qualité de l'air, à l’instant et l'endroit où ces derniers se trouvent. Notre application mobile va être de fournir également des cartographies de bruit relativement précises à l'échelle de la ville de Dakar [ ... ]. Désormais, nous avons pour ambition de déployer nos technologies urbaines sur d'autres villes sénégalaises ».


Des fragilités structurelles de l’économie sénégalaise


Aussi ambitieux soit-il, le Sénégal doit faire face aux difficultés typiques des "marchés frontières", à savoir une insuffisance d’infrastructures de transport. C’est ce qui explique l’établissement de grandes priorités à travers le Plan Sénégal Émergent (PSE), un cadre de référence de politiques publiques visant à conduire le pays sur la voie de l’émergence à l’horizon 2035.


« Plusieurs réformes phares vont être mises en œuvre ; le gouvernement a posé un acte décisif dans son objectif de rénovation du cadre juridique et institutionnel des partenariats publics-privés [ ... ]. Ces réformes s'inscrivent dans la volonté de l' État de se doter d'instruments innovants afin de poursuivre la politique de résorption de ce gap infrastructurel » assure Amadou Hott, ministre de l'Économie, du Plan et de la Coopération du Sénégal.


À cet égard, les choses semblent évoluer dans le bon sens, Comme en témoigne cet exemple cité par Julien Marcilly :


« À l’époque lors de mon séjour, j’avais eu l’occasion de parcourir, tant bien que mal, le trajet qui relie la ville de Dakar et celle de Thiès. Une dizaine d'années plus tard, je suis retourné dans ce pays et j'ai emprunté le même itinéraire : Cette fois, le trajet m’a paru beaucoup moins long. La nouvelle autoroute est aussi moderne que celles se trouvant en Europe ou aux États-Unis. Cet exemple, aussi simpliste soit-il, illustre assez bien le processus de développement qui s’est opéré depuis une vingtaine d'années au Sénégal ».


D’autres embûches font obstacle à la réussite du pays, au premier rang desquelles un chômage endémique et une grande précarité sociale, particulièrement chez les jeunes.


« Plusieurs raisons expliquent la question de la grogne sociale. Tout d’abord, il y a cette crise liée à la pandémie, suivie d’effets immédiats sur les populations vulnérables — Évidement, ce n'est pas spécifique au Sénégal — . Ensuite, il y a des raisons économiques un peu plus profondes qui sont liées au processus de développement. Ce processus, qui avance rapidement, génère parallèlement des frustrations, chez un certain nombre de personnes qui n’en ressentent pas les bienfaits. L’ un des exemples les plus significatifs est le mouvement de mécontentement qui s’est produit il y a deux ou trois ans, concernant les impayés de salaires, notamment ceux des professeurs d’universités, ce qui avait amené à déclencher des grèves, avec pour conséquence l'arrêt complet des cours dispensés aux étudiants qui sont restés oisifs [ ... ] » argumente Julien Marcilly.


En réponse à ces enjeux, le ministre de l'Économie, du Plan et de la Coopération du Sénégal, Amadou Hott, a annoncé « une réforme de l'enseignement et de la formation professionnelle, de l'insertion professionnelle avec plusieurs décrets et arrêtés déjà pris [ ... ] » .


Une dernière lacune reste à combler, la problématique de la transparence financière et des obligations comptables chez un bon nombre d’entreprises locales qui pourraient éprouver des difficultés à réaliser des joint-ventures ou ouvrir leur capital social à d’autres sociétés ou investisseurs étrangers.


« [ ... ] Il existe une culture sénégalaise reposant sur le principe de non-ingérence dans les activités d’autrui. Malheureusement, tout le monde s’accorde à dire que l’écosystème entrepreneurial local est composé en grande partie de sociétés de type familial. La plupart du temps, ces entreprises expriment des réticences à l’idée de s'ouvrir aux investisseurs externes. Lorsque vous scrutez par exemple la BRVM (Bourse Régionale des Valeurs Mobilières), vous constaterez que la quasi totalité des sociétés cotées sont majoritairement des entreprises ivoiriennes ; leurs homologues sénégalais sont sous-représentés » observe Moustapha Sow, fondateur & PDG de la banque d’affaires SF Capital.

 

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En conclusion, malgré les vicissitudes, tout est fait au Sénégal pour répondre aux besoins des voyageurs d’affaires. La métropole de Dakar abrite en son sein une myriade d’hôtels de standing international — Pullman Dakar Teranga, Radisson Blu Hotel, Terrou-Bi Resort, King Fahd Palace, Hôtel Novotel Dakar — parfaitement adaptés aux investisseurs qui doivent assister à des conférences, séminaires et réunions. Plusieurs incubateurs, accélérateurs, fablabs et espaces de coworking œuvrent aussi pour créer des bases solides en direction des aspirants entrepreneurs et des porteurs de projet.



Au diapason de ce cadre très actuel, propice aux événements business, les investisseurs y trouveront de réels avantages de facilitation concernant le processus de création d’entreprises.


« [ ... ] Il y a un cadrage juridique qui a été opéré par l' État du Sénégal pour favoriser et encourager les investissements [ ... ]. Le cadre légal et réglementaire de l’OHADA, permet à une société constituée au Sénégal d'avoir accès, à un marché qui regroupe 17 États africains, mentionne pour sa part Khaled Houda, directeur général du cabinet d’avocat d’affaires Houda Law Firm, en rappelant qu’une entreprise implantée au Sénégal peut toucher d’autres pays signataires du traité OHADA (Organisation pour l'harmonisation en Afrique du dr