Gara Store : les ambitions du nouveau "Google Play Store" africain

Dernière mise à jour : 18 nov.


Cette boutique en ligne d’applications conçue par Teddy Kossoko connaît un démarrage convaincant. Sa force : avoir su contourner l’épineuse problématique de l’inclusion financière sur le continent africain, prenant ainsi le contre-pied des tendances du secteur au niveau mondial. Le webzine CEO Afrique est allé à la rencontre de ce jeune geek.

Crédit photo : ©Gara Store



Il va sans dire que c’est une initiative encore très largement méconnue dans un bon nombre de pays d’Afrique, mais que les débuts prometteurs méritent dorénavant que l’on s’y intéresse de près à l'intérieur même de leurs propres frontières. Alors que les magasins d’applis alternatifs à l’App Store et à Google Play se multiplient tous azimuts à travers la planète, Gara Store, quant à lui, ressemble au premier abord à un ovni brusquement apparu dans un marché pesant déjà plusieurs milliards de dollars et très largement dominé par un duopole que forment Google et Apple.


Certes, Gara Store offre des services tout ce qu’il y a de plus classique : donner la possibilité aux utilisateurs de télécharger par exemple des jeux mobiles, des e-books, des antivirus, des utilitaires de bureautique, des logiciels de messagerie professionnelle ou des applications qui permettent de suivre l’actualité africaine et internationale. « Afin de rendre optimal notre stratégie de distribution à travers l’Afrique, nous avons fait le choix de mettre tout d’abord un focus sur les jeux mobiles et les livres numériques » concède son concepteur, Teddy Kossoko.


Mais à la différence des solutions actuelles résolument orientées vers des opérations de paiement sans espèces, Gara Store cherche au contraire à simplifier la vie des acheteurs basés en Afrique, qui peuvent se connecter à ce magasin d’applications et effectuer leur paiement en choisissant le cash. Pourtant, le pari pouvait sembler audacieux, voire très risqué. Les détracteurs ardents de cette solution auraient été tentés de pointer du doigt le culot monstre de vouloir partir à l’assaut des forteresses Google et Apple, en faisant front à "Google Play Store" ou App Store sur le marché africain. Toutefois, les ambitions du fondateur de la société éponyme "Gara", Teddy Kossoko — natif de Bangui en Centrafrique, dont le siège social est situé à Toulouse, en France — , ne sont pas hors de portée, ce dernier ne faisant que remplir un vide et répondre à la réalité d’aujourd'hui, celle d’un continent où l’argent liquide reste roi.


« Gara Store a été conçu pour s’ériger en une porte d'entrée vers l'Afrique, et surtout favoriser la monétisation des contenus dans les 54 pays existants. Il contient déjà un catalogue de 6000 applications, jeux et BDs. Le déploiement de cette marketplace va permettre aux développeurs, résidant ou non sur le continent africain, de générer enfin beaucoup d’argent [ ... ]. Cela nous a semblé primordial de proposer une solution permettant à quiconque, muni par exemple d’une pièce de 100 Francs CFA , d’acheter un jeu, de télécharger une application, à partir de notre plateforme » explique Teddy Kossoko



Les faits donnent visiblement raison à ce diplômé d’un master MIAGE (Méthodes Informatiques Appliquées à la Gestion des Entreprises) : Dans sa boutique d’applications, on peut aujourd’hui trouver à titre d’exemple le catalogue de bandes dessinées des éditions Paquet (Lincoln, les Dalton, Sans âme, Afrikakorps etc ...), le jeu ivoirien Ziguehi, la BD Aurion du studio camerounais Kiro'o Games ou le jeu Afro Warriors produit par Noohkema Game Studios.


 

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Teddy Kossoko, fondateur de Gara Store

Crédit photo : ©Studio Le Carré

Tout est parti d’un constat au moment où Teddy Kossoko prend pleinement conscience que l'une des principales difficultés du modèle économique des éditeurs et développeurs issus des industries créatives sur le continent africain a trait au fait que peu de "gamers "sur place utilisent un moyen de paiement par carte bancaire pour leur achat sur téléphone mobile. Pour cette raison, le nombre d’utilisateurs dans cette région du monde téléchargeant des applications payantes est assez restreint, ce qui ne donne aucunement l’occasion aux concepteurs de jeu vidéos de se rémunérer décemment. Ce constat vient nourrir la volonté du jeune patron centrafricain — déjà fondateur & CEO de Masseka Game Studio — de prendre de contact avec Google, à qui il soumet une proposition d’intégration dans Google Play Store d’un programme-pilote de services de paiement adapté aux demandes des utilisateurs en Afrique, en l’occurrence un moyen de paiements en espèces . En guise de réponse, la firme de Mountain View lui oppose un refus catégorique. Non abattu, Teddy Kossoko met à exécution au mois d'avril 2022 les plans de déploiement de son projet de "Google Play Store africain" qui lui trotte dans la tête depuis peu, qu’il dénomme "Gara" ou "Gara Store" [ "Gara" signifie "marché" en sango, l’une des langues officielles en République Centrafricaine NDLR ], à l’instar du géant chinois des télécoms Huawei qui avait également lancé sa boutique d’application "AppGallery", mais pour des motifs distincts. Une aubaine pour des centaines de millions d'internautes en Afrique qui pourraient augmenter de manière exponentielle leurs dépenses "in-app" [dépenses réalisées à l'intérieur des applications sur smartphones, NDLR]. De ce fait, les développeurs pourraient privilégier ce modèle d’affaires érigé par Gara Store, afin de monétiser leurs propres applications.


« Notre objectif est de bâtir un véritable écosystème de développeurs web à travers tout le continent africain, précise t-il. Pour le moment, nous prélevons 20% sur chaque transaction effectuée dans notre boutique d’applications et nous reversons les 80% restants aux créateurs. Toutefois, notre équipe est en train d’élaborer parallèlement un modèle économique axé sur la publicité ».


Énorme jackpot en vue pour Gara Store ?


Si l’aventure de Gara Store n’en est qu’à ses débuts, la société, nouveau venu sur la scène continentale africaine, est loin de vouloir faire de la figuration. Signe évident de sa montée en puissance : En plus des options de règlement en cash, l’entreprise s’attelle à pouvoir proposer plusieurs autres solutions de paiement intégrées, adaptées à tout type de profil d’internautes, et a d’ores et déjà noué des partenariats stratégiques avec plusieurs spécialistes du traitement des paiements comme la FinTech sénégalaise InTouch et, plus récemment, la FinTech nigériane Flutterwave qui figure — faut-il le mentionner — parmi les rares start-up licornes africaines valorisées à plus d’1 milliard de dollars, et ce, dans l’optique d'accélérer l’adoption de la boutique d’applications aussi bien par les consommateurs que par les développeurs web aux quatre coins du continent.



« La FinTech Flutterwave, c’est avant tout plus de 15 pays en termes de parts de marché, plus de 15 options de paiement, plus de 30 devises etc .. Notre ambition avec Gara Store, c’est de couvrir l'intégralité du continent africain, permettre à n'importe quel créateur de vendre partout dans cette partie du monde. C’est dans cette optique que nous avons signé un partenariat avec Flutterwave qui va nous permettre de nous déployer dans les pays d’Afrique anglophone » argumente Teddy Kossoko.


Le jeune dirigeant, dont l’aventure entrepreneuriale est indéniablement fondée sur l'audace et la passion de l'innovation, a de bonnes raisons d’exprimer un vif enthousiasme à cette collaboration. Le Nigeria, qui représente incontestablement le plus grand pays anglophone d’Afrique et la première puissance économique du continent, constitue à lui seul une porte d'entrée "numérique" attrayante pour l’accès à près de 150 millions d’utilisateurs du web, soit un nombre beaucoup plus élevé que ceux observés dans des pays européens tels que l’Allemagne (79 millions d’internautes), le Royaume-Uni (65 millions d’internautes) ou la France (60 millions d’internautes), si l’on en croit les données chiffrées publiées sur le portail Internet World Stats. Sans oublier des perspectives alléchantes d’un accès facilité au marché de distribution d’applis au Kenya, également anglophone, qui dispose du taux de pénétration Internet le plus élevé de tous les États d’Afrique (85.2 %) et en Afrique du Sud, un pays considéré comme un marché "mature" de consommateurs au pouvoir d’achat relativement plus important.


 

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« Gara Store a également conclu des partenariats avec plusieurs universités africaines, avec l'objectif de décliner notre boutique d'applications en plusieurs langues locales au cours de l'année prochaine » ajoute Teddy Kossoko.


Reste que la voie de monétisation la plus prometteuse pour une boutique en ligne d’applications cherchant à capter une masse critique d’internautes en Afrique demeure bien entendu l’argent liquide, une vraie "poule aux œufs d'or" que Gara Store n'est pas prêt d'abandonner pour rien au monde ...


 

Par Harley McKenson-Kenguéléwa

 

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