Innovation technologique : enjeux et défis pour les start-up africaine
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  • Harley McKenson-Kenguéléwa

Innovation technologique : enjeux et défis pour les start-up africaines

Mis à jour : juil. 26


" L'Afrique, nouvelle frontière de la révolution numérique " : Tel a été l’un des thèmes du forum " Emerging Valley " organisé à Marseille à l'initiative du spécialiste de l’innovation africaine, Samir Abdelkrim. Des experts de tout horizon ( FinTech, conseil en entrepreneuriat, capital-investissement etc... ) ont développé leurs points de vue sur cette question. Les nouvelles technologies, telles qu’elles ont été décrites par les intervenants, devront s’adapter à la demande sociétale sur le continent.

« Ce sont les entrepreneurs, les start-up qui, aujourd’hui, transforment le continent grâce à l’innovation et au numérique ». Ce sont en ces mots que Samir Abdelkrim, auteur du livre " Startup Lions : Au Coeur de l'African Tech " et fondateur de StartupBRICS, a introduit son discours devant le panel inaugural de l'évènement " Emerging Valley " qui s’est tenu le 20 Novembre 2018 dans le Palais du Pharo à Marseille, sous le thème : " L'Afrique, nouvelle frontière de la révolution

numérique ".

Dans un contexte technologique qui avance à très grande vitesse, l'enrichissement de l'offre numérique est spectaculaire en Afrique. Certes, le taux de pénétration d’Internet (36.1 % de la population) y est toujours plus faible que sur d’autres continents. Toutefois, nulle part ailleurs la progression n’a été aussi fulgurante, avec un taux de croissance de 10 199 % sur la période 2000-2018 ( 570 % en Europe et 219 % en Amérique du Nord à titre de comparaison), selon l'Institut " Internet World Stats " ! Ce développement résulte principalement de l’essor des technologies sans fil et de la FinTech en particulier.

« L’Afrique est une terre de contraste. Il y existe un taux de bancarisation extrêmement faible qui tourne à peu près autour de 16 à 20 %. Paradoxalement, le Mobile Money s’y développe de manière fulgurante. On parle aujourd’hui de près de 700 millions de compte en terme de mobile, de 250 millions de comptes en terme de mobile money [... ] et de plus de 500 millions de dollars de transactions par jour [ ... ] » rapporte Omar Cissé, fondateur & CEO d’InTouch, un agrégateur panafricain de paiements mobiles.

Cedric Atangana, dirigeant de la plateforme " WeCashUp " qui facilite entre autres des transactions en cryptomonnaie, abonde dans ce sens, faisant remarquer que « si l’on veut faire du business aujourd’hui en Afrique, il faut absolument intégrer le paiement par mobile ».

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D’une manière générale, les jeunes pousses innovantes africaines n’éprouvent plus de complexe d'infériorité face à la puissance des pépites occidentales ou asiatiques, au point que le célèbre magazine Forbes, véritable institution outre-atlantique, consacre régulièrement ses pages Internet ou " print " aux jeunes pousses qui feront l’économie africaine de demain : MeQasa (Ghana), LIfeQ (Afrique du sud), VConnect ( Nigeria), Flutterwave (Ghana, Afrique du Sud , Kenya,, Nigeria) etc...

Les start-up africaines, acteurs du développement qui révolutionnent le quotidien sur le continent

Si l’on considère l’ensemble des créateurs d’entreprise à travers le monde, leurs motivations sont multiples mais ne varient pas, qu’il s’agisse de profiter d’un segment de marché inexploité, de transformer une passion en un véritable métier, de gagner plus, de sortir du chômage ou de vouloir devenir indépendant en étant libéré de tout lien hiérarchique. Toutefois, c’est au cours de cette première journée du Forum " Emerging Valley ", sous la thématique de la révolution numérique, que les panellistes ont mis l’accent sur le socle de règles et usages répondant à des spécificités propres au modèle africain de développement, notamment dans la sphère entrepreneuriale. Sur le continent, un porteur de projet innove avant tout par conviction, de telle sorte à résoudre un problème réel.

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« En Afrique, on est d’abord motivé par le fait d’améliorer les conditions de vie de nos populations [ ... ] on a cet enjeu de réaliser une performance économique , mais tout en délivrant aussi un impact social. Au Kenya par exemple, La start-up

M-Kopa a permis à 200.000 foyers de se connecter à un réseau d’électricité. Sans le téléphone mobile, nombreuses personnes auraient été exclues de ce besoin fondamental qui est l’accès à l’énergie » déclare Fatoumata Ba, fondatrice de Jaango, une " start-up studio ", ayant pour vocation particulière de faire grandir d’autres jeunes pousses, une sorte de structure hybride entre un incubateur et un accélérateur.

Une position partagée par Bosun Tijani, co-fondateur & CEO de Co-Creation Hub (CcHub), estimant qu’un porteur de projet se doit de proposer une véritable valeur ajoutée pour la société.

« Au Nigeria, le problème - pour nous - n’est pas d’imiter ce qui se fait déjà à la Silicon valley, mais d’offrir une occasion unique de telle sorte que la technologie puisse réellement améliorer la société [...], par exemple former beaucoup de jeunes, car nous n’avons pas assez d’enseignants, pas assez d’écoles [...] » nuance l’homme d’affaires nigérian.

Au centre : Bosun Tijani, co-fondateur de CcHub, lors du forum " Emerging Valley " le 20 Novembre 2018 à Marseille. Crédits : ©Emerging Valley

Il est donc possible, selon le patron de CcHub, de marier un projet innovant à fort potentiel et la dimension sociale, à condition que le processus d’accompagnement de ce changement intègre la conjonction de savoirs-faire managériaux et techniques qui pousseront l’entreprise vers la croissance.

Le Big Data, un enjeu de souveraineté des États africains

Pour favoriser les conditions du développement de l’économie numérique, il est du ressort des pouvoirs publics de s'assurer de l'émergence d’écosystèmes numériques nationaux puissants, qui permettraient d’assurer eux-même la collecte, le transport, stockage, l’analyse ou l’exploitation de leur propre data, face aux mastodontes mondiaux, les GAFA américains (Google, Apple, Facebook et Amazon) ou les BATX chinois (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi), des géants du web caractérisés par leur gigantesque capacité de stockage de volume de données.

« Le rôle des politiques publiques dans ce contexte là, c’est de mettre en place des piliers qui vont permettre de fournir aux entrepreneurs du volume et des économies d’échelle . [ ... ]. En Afrique, on produit à peu près 250 Pegabytes de data. C’est 2 fois plus que l’Amérique latine et l’Inde réunies. Mais cette data est fragmentaire et non structurée [ ... ] Il y a matière à faire quelque chose. L’intelligence artificielle et le Big Data vont permettre de structurer tout cela et de donner une vraie longueur d’avance aux entrepreneurs africains » soutient Othman El Ferdaous, Secrétaire d’État marocain, chargé de l’Investissement auprès du ministre de l’Industrie, de l’Investissement, du Commerce et de l’Économie numérique.

Force est de constater que la Chine a réussi à faire émerger un géant mondial du numérique comme Baidu en imposant des règles draconiennes à son concurrent direct, Google, au point que ce dernier n’ait jamais réussi à s’implanter durablement sur ce marché asiatique. En décodant les messages véhiculées lors des échanges autour de cette thématique du forum Emerging Valley, il est évident que l’idée générale est donc de faire des opérateurs locaux des champions africains du numérique, à condition d’instaurer un corpus juridique solide et exhaustif qui va protéger les industries du web du continent, vis-à-vis des GAFA et des BATX.

Le rôle catalyseur des incubateurs au sein des écosystèmes numériques africains


Les incubateurs, les accélérateurs, les espaces de co-working et autres hubs d'innovation sont devenus les centres névralgiques des politiques publiques en faveur de l'économie numérique pourtant impulsée en très grande partie par le secteur privé. Cette dynamique est physiquement concentrée dans les grandes métropoles africaines : Mest Accra (Ghana), iHub à Nairobi (Kenya), Co-Creation Hub à Lagos (Nigeria) — qui avait fait l'objet d'une visite par le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, en Août 2016 lors de son périple africain — , CTIC Dakar (Sénégal), Incub’Ivoir à Abidjan ( Côte d’Ivoire) , KLab à Kigali (Rwanda), Llab à Kinshasa ( RD Congo), Yekolab à Brazzaville (Congo) pour ne citer que ceux là.

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« En 2013 , il n'y avait même pas 10 incubateurs en Afrique. En 2018, on s’approche des 500 Tech-Hubs & espaces de coworking » constate Samir Abdelkrim

« Le plus grand incubateur technologique d'Afrique, Mest Africa, investit 700 millions de dollars dans

7 start-up »

Rien qu'en Côte d'ivoire, l'arrivée prochaine d'incubateurs internationaux dotés de moyens financiers beaucoup plus conséquents, tels que MEST, Impact Hub, Adei Institute of Technology ou Orange Corners, va indédiablement changer de façon radicale le paysage entrepreneurial et technologique local.

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Un nouveau-venu, Hosted By Africa implanté dans la ville de Meknès au Maroc, est l'une de ces plates-formes d'innovation africaines visant à fédérer les réseaux institutionnels, les investisseurs et les start-up qui créent des technologies à fort impact économique, social et écologique. Son fondateur d’origine burkinabè, Zakaria Dabone, veut amener les start-up à concevoir des produits ou services qui répondent à un besoin à l’échelon africaine, et non limité à un seul pays.

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« Il est important de tester et vendre son produit dans plusieurs pays. Vous pouvez avoir un très bon produit et vous positionner sur un mauvais marché, préconise le PDG de Host by Africa. [ ... ] Les investisseurs vous demanderont toujours combien vous allez réaliser du chiffre d’affaires, combien vous avez de clients . Si vous êtes dans un pays de moins d’1 million d'habitants, vous ne pouvez pas faire grande chose ».

Par Harley McKenson-Kenguéléwa

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