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Climat des affaires en Afrique : quelle est la perception des chefs d’entreprise pour 2022 ?

Dernière mise à jour : 4 avr.


Dévoilée lors du Forum intitulé "Afrique - France : un partenariat à réinventer", la dernière enquête du CIAN, portant sur l'environnement des affaires en Afrique, révèle des niveaux d’optimisme très disparates selon les sous-régions, voire les pays. Le webzine CEO Afrique, qui a visionné cette e-conférence, a décrypté ce rapport sur la base des interventions de la directrice du CIAN, Sandrine Sorieul.




Comme à l'accoutumée, le CIAN (Conseil français des Investisseurs en Afrique) a dévoilé le baromètre de l’environnement des affaires sur le continent, dans le cadre du Forum intitulé "Afrique - France : un partenariat à réinventer", du point de vue des dirigeants d’entreprise qui y exercent une activité, une publication réalisée en collaboration avec d’autres associations et organisations patronales européennes qui se sont fédérées autour de l’EBCAM [ European Business Council for Africa and Mediterranean : Conseil européen des Affaires pour l'Afrique et la Méditerranée, NDLR ].


« Nous menons cette enquête depuis plus de 30 ans, auprès des dirigeants d’entreprises internationales en Afrique. Nous ne nous limitons pas seulement aux adhérents du CIAN ; nous avons aussi sollicité tous les réseaux français établis à travers le continent africain — la Team France Export, les conseillers du Commerce extérieur de la France (CCE) etc ... — ainsi que l’EBCAM qui réunit les équivalents européens du CIAN, à l’instar de " l’Afrika-Verein der deutschen Wirtschaft " en Allemagne. Le fait d’avoir mis à contribution des entreprises européennes qui sont, pour certaines d’entre elles, beaucoup plus ancrées par exemple dans les pays d’Afrique australe ou de l’Est, nous a permis de compléter les données concernant notre panel [ ... ] . Nous avons été en mesure de récolter environ 800 réponses émanant de dirigeants d'entreprise » précise Sandrine Sorieul, directrice générale du CIAN .


Il convient de rappeler que le baromètre de l’environnement des affaires en Afrique est réalisé chaque année par le CIAN pour offrir une meilleure visibilité aux investisseurs et chefs d’entreprise, quant aux prévisions de croissance et à l’évaluation des sources de risque sur le continent , en vue de peaufiner leur stratégie d’implantation et de croissance.



Plus globalement à l’échelle africaine, les perspectives affichées pour l’année 2022 éclaircissent le tableau, et ce, malgré la persistance de la pandémie de Coronavirus.


« Au cours de l’année 2020, l’activité économique était déjà très impactée, eu égard aux mesures de confinement. En 2021, un bon nombre de pays avaient également imposé de restrictions de voyages. De plus, très peu d’entreprises avaient pu bénéficier d'aides publiques [ ... ]. Toutefois, force est de constater que plus de la moitié des sociétés, affectées par la pandémie de Covid-19, ont eu à procéder à la digitalisation de leurs services ; elles se sont bien adaptées aux circonstances et se montrent par conséquent plus optimistes pour l’année 2022 » explique Sandrine Sorieul.


Des trajectoires différentes selon les pays


En premier lieu, les disparités restent toujours aussi importantes entre, par exemple, l’Afrique centrale où la confiance est au plus bas et le groupe de pays appartenant à l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique australe et l’Océan indien où elle est forte. Concrètement, les résultats de l’étude révèlent que le Ghana, l’Île Maurice et le Sénégal s’érigent en tant que trio de tête des marchés cibles pour générer à la fois de la croissance et des bénéfices. À noter qu’ils font partie des rares pays, dans cette partie du monde, s’attaquer à la crise en déployant un solide plan de soutien à l’économie, à travers le "Government Wage Assistance Scheme" et le "Self-Employed Assistance Scheme" (Île Maurice), le programme Ghana CARES "Obaatampa" (COVID-19 Alleviation and Revitalization of Enterprises Support) et le "Programme de Résilience économique et sociale" (Sénégal). C’est ce qui pourrait expliquer en partie l’optimisme des dirigeants d’entreprise interrogés, à propos de la perspective d’un retour aux bénéfices ou d’un rebond de la croissance. Ajouté à cela, l’euphorie des découvertes de gisement au Sénégal, avec le développement des projets pétrolier (Sangomar) et gaziers (Grande Tortue Ahmeyim ; Yakaar-Teranga ), dont les retombées économiques positives sont susceptibles de renforcer la confiance des investisseurs.


 

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On constate, parmi les dirigeants interrogés, que les doubles perspectives de croissance du chiffre d’affaires et de rentabilité des sociétés sont tout aussi fortes, notamment, au Maroc, en Égypte, en Côte d’Ivoire, en Ouganda et au Bénin. L’optimisme est également de mise chez les patrons en Afrique du Sud, au Burkina Faso, au Kenya, au Nigeria ou en Mauritanie.




Ces attentes font écho au léger regain de confiance généré par la publication des perspectives économiques mondiales (Global Economic Prospects), émanant de la Banque Mondiale pour l’année 2022. En effet, les experts projettent un taux de croissance du PIB de l’ordre de 6,5% en Côte d’Ivoire et au Bénin, 5,6% au Togo, 5,5% en Égypte, 4,7% au Kenya, 3,2% au Maroc etc...


Toutefois, tous ces bons indicateurs dépendront de l’évolution du contexte géopolitique lié au conflit Russie/Ukraine. Anne-laure Kiechel, présidente et fondatrice du cabinet de conseil Global Sovereign Advisory, a apporté son éclairage sur la question, lors de son intervention au début de la webconférence "Afrique - France : un partenariat à réinventer" :


« Il faut garder à l’esprit qu’il existait une inflation extrêmement forte en Afrique, bien avant l’apparition de la crise russo-ukrainienne. Cela constituait déjà un sujet d'inquiétude majeur pour les gouvernements qui avaient été amenés à prendre des mesures appropriées, visant à accumuler et gérer des stocks. À cela, s’est ajoutée la crise énergétique qui a fait ressortir des inégalités économiques entre les pays producteurs de pétrole et les autres, et ce, dans un contexte post-covid-19 où les États ont dû prioriser leurs dépenses d’éducation et de santé [ ... ]. À l’échelle planétaire, les économies les plus menacées sont surtout celles des pays frontaliers de la Russie, tels que le Kirghizstan ou le Tadjikistan, dont les revenus proviennent en grande partie de leur grand voisin, à hauteur de 30 ou 40 %. Au niveau de l’Afrique, c’est beaucoup plus difficile d’identifier les pays susceptibles d'être directement impactés ; les situations sont très diverses selon les États. Par exemple, le Maroc, malgré la solidité de ses finances publiques qui permettrait de pallier certaines difficultés, devra vraisemblablement se montrer vigilant en ce qui concerne son agriculture soumise à des sécheresses récurrentes. Quant au reste du continent, le blé, dont la Russie est une exportatrice majeure, ne représente pas forcément l’une des denrées les plus consommées. L’Afrique est plutôt dépendante des importations de produits tels que les huiles, dont l’huile de tournesol importée majoritairement d’Ukraine. Cependant les marchés intérieurs peuvent être alimentés par des produits de substitution. En réalité, le vrai sujet de préoccupation réside dans le fait que les pays africains les plus fragiles sont ceux qui importent massivement de l’énergie [ ... ] » .


L’Afrique centrale inquiète toujours


Dans un scénario pessimiste, les chefs d’entreprise issus de pays comme la République Démocratique du Congo anticipent, à contrario, une baisse de leur chiffre d’affaires . Mais l’inquiétude la plus immédiate demeure la perception du climat des affaires dans d’autres États de la sous-région d’Afrique centrale. Au Congo-Brazzaville, quelques dirigeants et représentants du secteur privé avaient déjà tiré la sonnette d'alarme et exposé avec clarté la dégradation du climat des affaires local, ayant conduit à l’augmentation du nombre de défaillances d'entreprises ou celle du départ de nombreux investisseurs étrangers. De plus, la colossale dette congolaise, notamment envers la Chine, plombe l’économie nationale, déclenchant ainsi une tendance du pays — sans doute de manière "machinale" — à s’abstenir de toute initiative visant à offrir aux investisseurs une vision de l'avenir dans une perspective plus lointaine.


 

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Par ailleurs, le fait que la République Centrafricaine constitue un terrain de jeu des rivalités diplomatiques et qu’elle soit soumise aux aléas de son environnement sécuritaire a peut être influencé les opinions des dirigeants d’entreprise Ainsi l’intérêt de ces derniers pour cet État de la sous-région, en tant que pays propice à la croissance ou à la rentabilité, est quasi-inexistant.


En somme, les entreprises pourraient attendre longtemps avant de s’assurer de l’amélioration du climat des affaires dans ces deux pays et relancer des projets d’envergure avec des partenaires commerciaux ou industriels .


L Île Maurice et le Maroc, pays les plus attractifs pour les opérateurs économiques


Dans le questionnaire d’enquête que le CIAN a établi auprès des dirigeants d’entreprise, ces derniers ont évalué la situation actuelle du climat des affaires dans les pays d’Afrique où ils exercent une activité, sur la base de 39 indicateurs qualitatifs et quantitatifs, la note exprimée allant de "mauvais" (1), "moyen "(3) jusqu’à "satisfaisant ", à travers plusieurs domaines que sont les infrastructures, l’administration, l’économie & la finance, l’aspect social, les critères socioculturels les facteurs de coût de production et le développement durable.



Les chiffres parlent donc d’un contexte idéal pour mener sans risques majeurs des projets d’investissement à l’Île Maurice et au Maroc (note globale : 3,7). Les dirigeants d’entreprise interrogés considèrent aussi le Togo (note globale : 3,4), l’Afrique du Sud et le Bénin (note globale : 3,1), la Tunisie et le Sénégal (note globale : 3,0) comme des pays présentant une attractivité importante pour les sociétés en quête de nouvelles opportunités d’affaires pour cette année.


« L’Île Maurice et le Maroc, qui occupent ensemble la première place du podium, disposent d’infrastructures développées et ont mis en place un environnement fiscal incitatif, adapté à la bonne marche des affaires [ ... ]. Au Togo, une nouvelle équipe gouvernementale rajeunie se trouve aux manettes pour la transformation économique du pays » observe Sandrine Sorieul.


 

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À l'opposé, il est à craindre que des pays comme le Tchad (note globale : 1,7) ou la Centrafrique (note globale : 1,5) ne soient pas réellement perçus comme de véritables pôles de l’investissement, ne serait-ce qu’en Afrique centrale, avant plusieurs années.




Le baromètre de l’environnement des affaires en Afrique a mis en relief l’importance pour les pays d’offrir aux entreprises des infrastructures de transport de bonne qualité, d’autant plus que l’internationalisation des échanges requiert de créer, rénover ou moderniser les routes, les aéroports, les installations portuaire ou les réseaux ferroviaires. Lorsqu'on examine de plus près la façon dont les dirigeants perçoivent le niveau de qualité du réseau routier, on s’aperçoit que l’Afrique du Sud, l’Île Maurice, l’ Égypte, le Maroc, l’Algérie et le Sénégal font partie des États les mieux évalués.


« Le Sénégal est plutôt bien équipé en matière de réseau routier, ce qui n'était pas forcément le cas auparavant » souligne Sandrine Sorieul.


Concernant l’offre de distribution d’électricité, on observe des différences significatives entre les pays d’Afrique du Nord et le reste du continent. En effet, l’Égypte, l’Algérie, la Tunisie et le Maroc ont été largement plébiscités par les sondés.


D'autre part, le baromètre CIAN de l’environnement des affaires en Afrique met en exergue les défaillances constatées dans le fonctionnement des systèmes de santé. Seuls, l’Afrique du Sud, l’Île Maurice, le Sénégal et, dans une moindre mesure, l’Algérie, le Maroc, l’Ouganda, le Bénin et le Ghana semblent tirer leur épingle du jeu.


« Les interviewés indiquent un manque de confiance dans les systèmes de santé [ ... ]. Il existe très peu d'équipements dans les centres hospitaliers et la pénurie de médecins pose un problème majeur., notamment dans les pays d’Afrique centrale et de l’Ouest » déplore Sandrine Sorieul .


 

Par Harley McKenson-Kenguéléwa

 

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