Les pays émergents face au grand bouleversement : pourquoi les chocs mondiaux pourraient accélérer leur ascension
Guerre au Moyen-Orient, flambée de l’énergie, dette publique, taux d’intérêt élevés, fragmentation des échanges et course à l’intelligence artificielle : l’économie mondiale entre dans une période de turbulences qui ne frappe pas tous les pays de la même manière. Pour les économies émergentes, le paradoxe est saisissant. Plus exposées aux chocs extérieurs que les grandes puissances industrielles, elles pourraient pourtant être parmi les grandes bénéficiaires de la recomposition en cours. Inde, Vietnam, Indonésie, Mexique, Brésil ou Nigeria disposent d’atouts démographiques, industriels, énergétiques ou numériques susceptibles de transformer les crises actuelles en accélérateurs de puissance. À une condition : convertir ces avantages en gains durables de productivité.

Hô Chi Minh-Ville, centre économique du Vietnam
Il y a encore quelques années, parler de "pays émergent" revenait presque mécaniquement à évoquer un même ensemble : croissance supérieure à celle des économies avancées, main-d’œuvre abondante, industrialisation rapide et vulnérabilité aux mouvements de capitaux internationaux. Cette grille de lecture est désormais trop simpliste. Le grand bouleversement de 2026 révèle au contraire une fracture au sein même du monde émergent. La hausse du pétrole pénalise les importateurs d’énergie mais avantage certains producteurs. La remontée des rendements obligataires renchérit le financement des États fragiles, mais peut moins affecter les économies disposant d’une épargne domestique importante. La fragmentation commerciale menace les pays trop dépendants d’un seul marché, tout en créant des opportunités pour ceux capables d’accueillir les chaînes de production déplacées. L’intelligence artificielle produit le même effet. Elle ne bénéficie pas uniformément aux pays en développement : elle favorise surtout ceux qui disposent d’électricité abondante, de réseaux numériques, de compétences techniques, de capacités industrielles et d’un accès aux chaînes mondiales de valeur technologique.
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