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Attractivité : La Côte d’Ivoire fait valoir ses meilleurs atouts auprès des investisseurs étrangers

Dernière mise à jour : 6 janv.


Plus que jamais "business-friendly", cet État d’Afrique de l’Ouest est devenu l’une des destinations les plus prisées par les investisseurs internationaux sur l’ensemble du continent, même si certains aspects du climat des affaires doivent être encore améliorés. C’est en tout cas ce qu’ont tenté de démontrer plusieurs décideurs publics de premier plan, chefs d'entreprise et cadres dirigeants, ainsi que des experts et spécialistes de tous horizons, lors du colloque économique international sur la Côte d'Ivoire qui s’est tenu le 12 Juillet dernier au Palais du Luxembourg, siège du Sénat français — dans la Salle Clemenceau — en partenariat avec l’agence Business France. Le webzine CEO Afrique, tout en relatant les grandes lignes des échanges réalisés lors de cette rencontre, met en lumière les points forts de la Côte d’Ivoire et nuance les faiblesses structurelles et autres points de vulnérabilités généralement pointés du doigt par les milieux d’affaires étrangers.


Abidjan, capitale économique de la Côte d'Ivoire


Les statistiques de la Côte d’Ivoire suscitent un enthousiasme certain, confirmant l’intérêt et l’engouement des milieux d’affaires pour cet État d’Afrique de l’Ouest et les retombées positives de ceux-ci sur la croissance économique. Pour se convaincre du bien-fondé de ce pays comme terre d’accueil des implantations étrangères, il suffit de scruter les données publiées par la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le Commerce et le Développement) en matière d’investissements directs étrangers (IDE). La Côte d'Ivoire a été classée sixième dans la liste des destinations favorites des groupes transnationaux dans la zone UEMOA, avec des IDE de 1,382 milliard de dollars américains réalisés en 2021, juste derrière le Sénégal (2,232 milliards USD). À noter, par ailleurs, qu’elle a quintuplé son stock d’investissements directs étrangers (IDE) en vingt-un ans, passant de 2,483 milliards USD en 2000 à 12,8 milliards USD en 2021, soit un montant représentant 30% du stock total d’IDE dans la zone UEMOA.


C’est la France qui constitue le premier pourvoyeur d’investissements directs étrangers. Présentes de longue date, les entreprises tricolores sont constituées en partie des fleurons de l’économie hexagonale, tels que Bouygues Travaux publics, l’opérateur télécoms Orange Vinci Energies, groupe hôtelier Accor, la banque Société générale ou l’enseigne de distribution Leader Price, pour ne citer que quelques exemples.


« [ ... ] Deuxième client et deuxième fournisseur de la France en Afrique subsaharienne, la Côte d'Ivoire est un pays central de notre stratégie économique internationale. Nos entreprises ne s'y sont d'ailleurs pas trompées. Plus de six cent d'entre, elles dont près de deux cent cinquante filiales, ont fait le choix de s'y implanter, d'y investir, d'y créer de la valeur et de l'emploi localement. Partout sur le terrain, j'ai senti une forte aspiration des acteurs économiques à renforcer encore les liens qui unissent nos deux pays [ ... ] » se réjouit Franck Riester, ancien ministre délégué auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, chargé du commerce extérieur et de l'attractivité, et actuel ministre chargé des Relations avec le Parlement.


 

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La Côte d’Ivoire a repris un rythme d'enfer de 7% % en 2021, contre 6,2% en 2019 (et 2% en 2020, contexte de crise liée à la pandémie de Covid-19). Le pays devrait ralentir légèrement le mouvement, en misant sur une croissance comprise 5,5% et 6,5%, respectivement en 2022 et 2023. En affichant un PIB de 69,76 milliards de dollars en 2021, la Côte d’Ivoire s’affiche comme la première économie de l’UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine qui regroupe également en son sein le Bénin, le Burkina Faso, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal, le Togo) et apparaît comme la dixième puissance continentale, toujours au prisme de l’économie.


« [ ... ] L’économie ivoirienne est extrêmement dynamique, diversifiée et résiliente ; elle joue à la fois un rôle de locomotive et de hub régional en Afrique de l'ouest [ ... ] Sur cette dynamique, les chiffres ont été donnés, avec une très forte période de croissance depuis 2011. Cela est lié à la taille du marché ivoirien et à la diversification de l'économie ivoirienne. Nous assimilons souvent la Côte d'Ivoire à un grand pays agricole mais il s'agit aussi d'un pays industriel. L'industrie pèse plus lourd dans le PIB de la Côte d'Ivoire (23 %) que l'agriculture (22 %) » explique M. François Sporrer, ancien chef du service économique régional pour l'Afrique de l'Ouest à la direction générale du Trésor français.


Des atouts majeurs qui font la différence


Le fait que la Côte d’Ivoire soit membre de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), une communauté de quinze États représentant plus 350 millions de consommateurs potentiels constitue un avantage non négligeable. De plus, elle se trouve au cœur de la Zone de Libre-échange Continentale Africaine (ZLECAF), dotée d’un marché unifié de 1,3 milliard de consommateurs, ce qui va permettre une accélération de son intégration dans des mécanismes économiques mondiaux.



Mais la Côte d’Ivoire peut aussi compter sur son propre marché intérieur pour se développer, avec un accroissement des dépenses des ménages susceptible d’alimenter la croissance économique.


« Notre ambition est de propulser la Côte d'Ivoire dans le groupe des pays à revenus intermédiaires, avec une majorité d'Ivoiriens de classe moyenne, et d'assurer une croissance économique stable au cours des dix prochaines années » soutient Essis Esmel Emmanuel, ex-ministre auprès du Premier ministre chargé de la promotion de l'investissement privé de Côte d'Ivoire, actuel président du GUDE-CI (conseil de surveillance du Guichet Unique de Développement des Entreprises de Côte d’Ivoire).


 

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Outre sa classe moyenne grandissante, la Côte d’Ivoire peut s’appuyer sur des infrastructures de qualité, qui permettent aux entreprises d’identifier rapidement et de se mettre en relation dans son écosystème avec des réseaux de partenaires d’affaires, de clients et fournisseurs, dont elles ressentent grandement la nécessité.


« [ ... ] Le pays possède notamment un réseau d'infrastructures denses et de qualité, héritées de la période du miracle ivoirien que le plan national de développement 2021-2025 va assurément continuer de développer [ ... ] » observe Gérard Larcher président du sénat en France. François Sporrer abonde dans ce sens, estimant que « pour ce qui est de la plateforme régionale, Abidjan constitue en effet l'un des plus grands ports d'Afrique. Par ailleurs, l’Aéroport international Félix-Houphouët-Boigny et la compagnie aérienne Air Côte d'Ivoire ont des liaisons vers toutes les capitales d'Afrique de l'Ouest et centrale, et le pays exporte son électricité vers les pays frontaliers. En outre, le réseau ferroviaire constitue une artère névralgique pour le Burkina Faso voisin car il permet de transporter des matières premières. La Côte d'Ivoire est ainsi un hub logistique et de transport indéniable pour la région ».


Une autre explication de la bonne tenue des paramètres économiques fondamentaux de la Côte d’Ivoire, avancée par un bon nombre d’experts, tient à la stabilité du franc CFA, interprété dans le sens d'une stabilité des prix, contribuant également à faire diminuer les craintes du monde des affaires qui peut compter sur une monnaie peu sensible aux fluctuations de change.

« Le franc CFA, tel qu'il existe aujourd'hui a fait ses preuves, durant laquelle certains pays, protégés par cette monnaie, n'ont pas connu d'inflation, ou seulement de 1 % à 2 % [ ... ]. Un investisseur étranger qui investit cent millions de dollars dans une économie dans laquelle le taux de change est garanti de manière illimitée est plus rassuré que s'il investit dans un pays voisin dont la monnaie n'est pas comparable et où elle perd 15 % de valeur par an. Le franc CFA est un atout extrêmement fort pour la Côte d'Ivoire et les pays de l'UEMOA [ ... ] » argumente François Sporrer.


Autre facteur d’attractivité qui mérite d’une attention particulière : Dans une Afrique de l’Ouest marquée par quelques zones de conflit ou de tension potentiel, la Côte d’Ivoire émerge comme un pôle de stabilité politique et sécuritaire, où l'existence d'institutions démocratiques suscite un certain degré de confiance auprès des investisseurs étrangers. Une thèse à laquelle semble souscrire le président du Sénat en France, Gérard Larcher, pour qui : « la Côte d'Ivoire fait désormais partie intégrante de la grande famille du bicamérisme », c’est-à-dire un pays doté d’un parlement qui se compose d’une Assemblée nationale et d’un Sénat.


Une pléthore de secteurs porteurs de croissance


La Côte d’Ivoire revêt des opportunités indéniables. Dans son allocution d'ouverture, Gérard larcher a évoqué le fait que « la Côte d'Ivoire présente des atouts dans le secteur tertiaire, qui constitue un important gisement de croissance à moyen terme. C'est le cas dans le domaine bancaire, dans la distribution, mais aussi dans celui des technologies numériques » .


Le pays s'imagine aujourd'hui un futur rayonnant, et en tout cas multiforme. Comme un pôle agricole d’abord : Il produit déjà du cacao, du café, de la noix de cajou, du maïs, du manioc, du riz, de ananas, de l’hévéa, du coton, de la banane, du palmier à huile etc ... À titre d’exemple, le chocolatier français CÉMOI basé à Perpignan, fort de ses quatorze sites de production à travers l’Hexagone et ses huit cent millions d’euros de chiffre d'affaires, veut s’ériger en tête de pont pour toute la filière chocolat en Côte d’Ivoire : « Aujourd'hui, nous achetons 95 % de notre cacao en Côte d'Ivoire, qui est le premier producteur mondial. Nous mettons en avant la qualité du cacao ivoirien avec lequel nous travaillons déjà depuis le milieu des années 1990 pour la majorité de notre production de cacao. Nous travaillons déjà avec une multitude de petits planteurs qui sont groupés en coopératives et le but est d'avoir un accès direct à un cacao de qualité avec ces coopératives. Notre programme "transparence cacao" nous permet d'aller au plus près des planteurs » indique Patrick Poirrier, président du groupe CÉMOI. De même, la Compagnie Fruitière spécialisée dans la production, le transport et la distribution de fruits et légumes (banane, mangue, ananas etc ...), dont le siège social se situe à Marseille, réalise une partie de son chiffre d'affaires en Côte d'Ivoire. « La banane en Côte d'Ivoire représente environ quatre cent mille tonnes, soit près de la totalité de la consommation française, qui s'élève à six cent mille tonnes, et environ 8 % du marché européen (environ cinq à six millions de tonnes). Il s'agit d'un opérateur important pour le marché européen - plus de la moitié des bananes ivoiriennes sont envoyées sur le marché européen, tandis qu'une partie est envoyée sur le marché régional, qui représente un vrai marché de croissance pour les productions agricoles » affirme Jérôme Fabre, président de la Compagnie fruitière.



De son côté, Philippe Bernard, président du groupe Bouchard — fournisseur de matériels de manutention agricole — déclare que sa société « travaille à la fois avec de grosses entreprises et avec des agriculteurs ivoiriens qui peuvent commencer avec de petites fermes. Elle opère en Côte d'Ivoire depuis six ans et est de droit ivoirien. À part le directeur qui est français, elle n’a que des employés ivoiriens, multiethniques et multi-religions ». Toujours en matière d’opportunités d’investissement, les besoins les plus pressants ont trait à la mécanisation agricole. « Tout notre défi réside dans la disponibilité de semences de qualité. La plupart des exploitants agricoles sont obligés de recourir aux semences importées. Or, avec les problèmes de transport et de conservation loin des zones de production, il arrive souvent que ces semences subissent des aléas, ce qui a des incidences sur leur taux de germination lorsqu’elles arrivent au niveau des producteurs [ ... ]. Il existe aussi le problème d'irrigation, mais le défi principal reste celui de la conservation et de la transformation in situ de nos productions. La transformation locale est en effet très faible, ce qui implique que la plus grande partie de la valeur ajoutée de la production agricole est engloutie dans les exportations [ ... ]. Nous avons une politique qui permet à tous ceux qui s'installent en Côte d'Ivoire pour faire de la transformation de bénéficier de certains avantages. Nous souhaitons que des investisseurs privés viennent en Côte d'Ivoire du fait des faveurs qui leur sont proposées. Nous sommes disposés à accepter toute demande d'implantation d'usines françaises en Côte d'Ivoire, en vue de moderniser les exploitations agricoles et des programmes de transformation agricole sur place » exhorte Kobenan Kouassi Adjoumani, ministre ivoirien de l'Agriculture et du Développement rural.


 

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Ensuite comme hub logistique, au niveau portuaire, ferroviaire, routier et aéroportuaire. « Le positionnement géographique de la Côte d'Ivoire nous permet de jouer un rôle logistique pour l'ensemble de la sous-région » rappelle le ministre ivoirien des Transports, Amadou Koné. D'importants projets sont en cours, à l’instar de l’extension du Port Autonome d'Abidjan, la rénovation du Port autonome de San-Pédro, la réhabilitation du chemin de fer Abidjan-Ouagadougou, le projet de métro d’Abidjan. « Nous avons connu depuis dix ans des chiffres à l'import qui augmentent de 10 %. En 2020, nous avons eu une croissance supérieure à celle du PIB car il existe une relation étroite entre la croissance du PIB et la croissance des volumes à l'import. Tout cela est poussé par les grands projets de la Côte d'Ivoire et la consommation interne. En termes de volumes, nous sommes aujourd'hui à trois cent mille boîtes, grâce à la croissance interne notamment [ ... ]. La particularité d'Abidjan, ce sont des volumes forts à l'export de produits tels que le cacao, la banane, la noix de cajou ou la mangue qui passent par le port d'Abidjan. Il s'agit de gros volumes à l'échelle de l'Afrique. Le terminal à containers est petit, d’où le projet de créer un deuxième terminal beaucoup plus grand, avec la notion de hub car il serait dédié au transbordement [ ... ]. Abidjan n'a qu'une seule voie d'entrée et qu'une seule voie de sortie. Toutes les initiatives que nous prenons consistent à fluidifier les flux à l'import et à l'export par le biais de la digitalisation. Il s'agit de mieux gérer les flux des camions, pour pouvoir gérer le flux des camions sur les routes et mieux appréhender le temps de transit des marchandises [ ... ] » détaille Mme Asta-Rossa Cissé, directrice générale d'Abidjan Terminal, filiale Bolloré Ports. Pour sa part, Alain Kété, associé "transaction" au cabinet d’audit & conseil EY Côte d'Ivoire, ajoute que « certains projets sont identifiés et chiffrés, d'autres sont même en phase de finalisation comme les bus rapides transit et l'autoroute Y4 ».


D’autres secteurs sont particulièrement dynamiques : l'immobilier et la construction. Bruno Nabagné Koné, ministre de la Construction, du logement et de l’urbanisme, s’est engagé pleinement s'est pleinement engagé à soutenir des projets de renouvellement urbain, et particulièrement dans la ville d’Abidjan : « Nous convions les sociétés françaises à s’impliquer davantage dans toute la chaîne de valeur de valeur de ce secteur. Certains pays y sont déjà bien représentés, mais nous avons toujours déploré l'insuffisance de l’offre française. C’est pour nous une occasion de tendre la perche à ces professionnels qualifiés. Abidjan est une ville en transition ; elle a aujourd'hui soixante-dix à quatre-vingt ans et présente donc de grands besoins de rénovation urbaine, avec plus d’une centaine de quartiers précaires. Le parc immobilier de l'État a besoin d'être réhabilité et surtout d'être étoffé. Nous devons par ailleurs mettre en valeur plusieurs parcelles foncières [ ... ]. Aujourd'hui, il y a un déficit d'environ six cent mille logements dans la ville d'Abidjan. Imaginez ce que cela représente en construction, en boiserie, en sanitaires, etc. Les besoins sont colossaux et nous invitons les entreprises françaises à venir prendre des parts de marché ».


Des créneaux existent aussi dans l'eau et de l'assainissement, où plusieurs dossiers, impliquant les partenaires locaux, sont déjà en cours d’exécution avec des entreprises françaises. Isabelle Maunoury, directrice des opérations SUEZ Afrique, Moyen Orient et Asie Centrale, témoigne : « SUEZ est présent historiquement depuis plus de soixante-dix ans sur le périmètre africain, avec un historique de déploiement d'eau potable dans plus de 80 % de capitales africaines, et particulièrement en Côte d'Ivoire, où l’entreprise est arrivée à la fin des années 1950. La ville s'est construite avec ces équipements de production d'eau potable et le pays était plutôt en avance sur ce sujet. Il s'agit maintenant de distribuer l'eau partout de manière durable et écologique. Une capitale comme Abidjan a gonflé avec le temps parce que les habitants des villes secondaires ou des villages s'y sont installés. Il est important d'outiller ces villes secondaires et ces villages pour que la population puisse trouver les conditions de vie convenables sans se sentir obligée de venir à Abidjan. La distribution d'eau potable requiert aujourd'hui de la digitalisation et de la technologie transversale pour comprendre comment interconnecter la ville. Quant à l’assainissement, cela nécessite des infrastructures très lourdes [ ... ]. Le groupe SUEZ essaie de se positionner le plus en amont possible, au niveau des master plans, pour que la réponse soit globale et anticipée. Il est en train de monter des projets de financement notamment sur la partie Ouest d'Abidjan avec les nouveaux quartiers. Il existe des besoins tant pour l'industrie que pour les habitants, et SUEZ se positionne sur ces sujets » .


Dans ce cercle vertueux, la place du numérique est importante de par son impact sur tous les secteurs d’activité. En fait, la Côte d’Ivoire ambitionne de devenir un hub d’innovation, portée par le développement de l’entrepreneuriat et l’éclosion de start-up technologiques : mobile money, big data, intelligence artificielle etc . « L'économie numérique représente aujourd'hui 11 % du PIB ivoirien et environ quatre mille emplois en direct, dont 80 % par le biais des opérateurs en téléphonie (mobile, fixe et internet), et plus de quatre cent mille emplois indirects. En termes de taux d'équipement, nous avons vingt-trois millions de personnes connectées sur une population totale de vingt-six millions d'habitants [ ... ]. L'internet mobile s’est beaucoup développé, et nous devons aujourd'hui développer l'internet fixe. Ce secteur dynamique se tasse un peu car nous sommes passés d'une économie de luxe à une économie courante [ ... ] » rapporte l’ancien ministre de l’Économie numérique, des télécommunications et de l’innovation, Roger Félix Adom. Le pays est donc en train de devenir un marché important, ce qui justifie l’émergence de jeunes pousses locales et l’implantation de plusieurs entreprises étrangères.


 

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L’analyse de données présente l’un des piliers essentiels pour la progression de ce secteur. « L’entreprise SAH Analytics a pour vocation d’accompagner la Côte d'Ivoire dans son processus de digitalisation et dans la formation des élites autour de l'intelligence artificielle. Parmi mes clients, figurent l’opérateur Orange, la Société Ivoirienne de Raffinage, l’État ivoirien, l’Autorité de Régulation des Télécommunications/TIC de Côte d'Ivoire et le Ministère ivoirien de la Santé, de l'Hygiène Publique et de la Couverture Maladie Universelle » expose Yaya Sylla, CEO de SAH Analytics. Les solutions Tech de prévisions météorologiques semblent également promises à un très bel avenir : « La société HD-Rain bénéficie d’une véritable traction, liée au fait que la digitalisation comprend beaucoup d'actions sur le marché ivoirien, avec la présence d'un écosystème Tech qui est en train de se construire [ ... ]. Nous avons lancé un projet à Abidjan en partenariat avec Météo France International pour le bénéfice de la SODEXAM (l’équivalent ivoirien de Météo France et de la Direction Générale de l’Aviation civile réunis). En notre collaboration avec la start-up Lifi-Led, nous avons cent quarante capteurs météo qui renforcent la prévision pour le risque d'inondation en ville, pour les plantations sur l'Ouest du pays » assure Ruben Hallali, co-fondateur et CEO de HD Rain. Les terminaux de paiement mobile ont, quant à eux, un rôle crucial à jouer dans la montée en puissance du secteur du numérique et les nouvelles technologies dans le pays. L’entreprise FAMOCO qui a réalisé plusieurs dizaines de millions d'euros de chiffre d'affaires, dont 60 % en dans quelques pays d’Afrique — au premier rang desquels la Côte d'Ivoire — s'est notamment positionnée avec succès sur ce marché : « FAMOCO fabrique des terminaux mobiles permettant la sécurisation de la transaction et de la donnée [ ... ]. Nos clients, que ce soit des États, les Nations-Unis, l’opérateur télécoms Orange, des banques ou des corps de police, choisissent de se connecter à notre infrastructure mobile pour respectivement construire des solutions de digitalisation, concevoir des coupons alimentaires, faire du digital banking, et effectuer des contrôles d’identité. Les applications métiers sont toujours développées localement [ ... ] » commente Lionel Baraban, co-fondateur et président de FAMOCO.



La French Tech n’est pas en reste, la scène des startups tech françaises participant activement au processus de maturation de l’écosystème d’innovation ivoirien. « En Côte d'Ivoire, nous avons la chance d'avoir une French Tech qui travaille déjà avec de grandes sociétés établies de la place comme Orange et FAMOCO, qui participent à divers types de projets : des projets intégrés financés par BPI, des projets dans le domaine de la santé avec des entreprises ivoiriennes, etc. L'un d'entre eux consiste en trois mille points relais de la Poste dont la gestion sera assurée par des femmes souhaitant se lancer dans l'entrepreneuriat et par des personnes handicapées » se réjouit Jeoffrey Woods, co-fondateur d'Altea, fondateur d'Intersat et représentant de la French Tech Abidjan.


Quelques fragilités


Plusieurs évolutions sont prometteuses. Il reste néanmoins énormément de réformes à adopter pour dynamiser l'économie ivoirienne et drainer encore davantage d’investisseurs étrangers.


Certes, la Côte d’Ivoire se trouve parmi les pays à revenu intermédiaire à tranche inférieure, avec un PIB par habitant qui dépasse à peine 2 600 dollars américains, d’après les données de la Banque mondiale. Mais si l’on en croit le classement IDH (Indice de développement humain) du PNUD, le pays a occupé le 162ème rang sur 189 en 2020. De surcroît, 39,4% des Ivoiriens ont vécu sous le seuil national de pauvreté en 2019. Seule une croissance économique forte serait susceptible de générer une élévation du niveau de vie de la population. « Notre objectif de doubler le PIB par habitant d'ici 2025 et de le tripler d'ici 2030 nous amène à accélérer le processus [ ... ] » projette Emmanuel Esmel Essis. Une thèse qui fait écho aux propos de François Sporrer : « Tous les indicateurs sont bons. Seul un indicateur est orange, celui de la pression fiscale. La Côte d'Ivoire en est consciente et nous en parlons notamment avec le FMI. Si elle veut se donner les moyens de ses grandes ambitions en termes de développement d'infrastructures, elle doit accroître cette pression fiscale, non pas par une augmentation des taux mais par un élargissement de l'assiette. La digitalisation est l'un des outils très puissants pour parvenir à cet objectif ». Plus nuancé, Éric N'Guessan, directeur associé au cabinet d’audit & conseil EY et fiscaliste, estime que « le taux de pression en lui-même ne pose pas nécessairement problème, mais que près de 40 % à 60 % de revenus potentiels sont perdus à cause du secteur informel ».


 

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