• Harley McKenson-Kenguéléwa

L' État De L'Afrique En 2070 : Quand La Finance Devient Un Enjeu Géopolitique

Mis à jour : mars 16




Nous sommes en 2070 : l’Afrique maintient une croissance économique insolente et largement plus forte que celle constatée dans n’importe quelle autre région du monde et est arrivée au stade de la société de consommation. 80 % de ses échanges commerciaux sont effectués avec la Chine, l’Inde et le Brésil, les trois premières puissances économiques du monde. Tous les pays africains semblent avoir suivi le chemin du Botswana, du Ghana et de l’Île Maurice qui figurent aux rangs de nations précurseurs sur le continent en matière de démocratie. La Centrafrique a définitivement tourné la page de son conflit intracommunautaire et inter-religieux et tout le monde se bouscule pour investir dans ce pays.

Mais derrière ces nouveaux pôles de stabilité politique et de prospérité, se cache une autre réalité bien surprenante : Les Etats sont tous cotés en Bourse comme n’importe quelle société ! Les citoyens sont actionnaires de leur propre pays.


Et ce qui devait arriver arriva…


McKenson Invest en 2070 .... :


Au 120ème étage de l’une des huit tours en verre poli au sein du Continental Trade Center, le nouveau centre d’affaires à Bangui, la capitale de la Centrafrique, la fin de semaine s’annonce sans histoire pour Kenneth, le Chairman de McKenson Invest société de courtage en ligne qui permet aux investisseurs un accès direct à toutes les Bourses des Valeurs situées dans le reste du continent . Encore deux clients de Chine à traiter et Kenneth pourra embarquer sur le WaveRider III, un avion hypersonique de dernière génération pouvant atteindre Mach 9,6, soit près de cinq fois la vitesse du Concorde, pour rejoindre son domicile situé à Cape Town, le centre législatif de l’Afrique du Sud, en 30 minutes:


Kenneth à son interlocuteur invisible :


« Oui, je vous conseille d’acheter une centaine d’Actions IdreamGroup, une start-up camerounaise cotée à la Bourse des valeurs mobilières de l'Afrique centrale qui commercialise le PWCS (Polyvalent Wireless Communication System), une technologie utilisant les hyperfréquences et se présentant comme " une fibre optique à travers les airs ". Je suis convaincu que cette valeur réalisera une meilleure performance que celle de l’indice de référence sur le marché. Mais je vous conseillerais plutôt… »


Kenneth n’a pas le temps de débiter ses arguments commerciaux l'un après l'autre sur un ton monocorde que son fidèle Smartphone, lui permettant de payer sans sortir son portefeuille ou démarrer sa voiture à distance, émet un bruit extrêmement sonore, avant d’être secoué de tremblements comme une vieille dame parkinsonienne. Aussitôt, il se met à tripoter nerveusement des objets dans la poche intérieure de son pantalon et en ressort l’appareil hurlant et vibrionnant, provoquant la colère de ses collègues associés.


« Merde, merde » lâche t-il nerveusement, sans se rappeler que l’un des Chinois est toujours au bout du fil. Parvenant enfin à appuyer sur la touche salvatrice, il voit le visage familier de Neo, un présentateur virtuel et personnage sorti tout droit de la trilogie Matrix, se dessiner en trois dimensions :


« La cotation de l’Action « Centrafrique » est suspendue sur le Treasure Stock Market, le marché officiel des Actions d’ Etats ». Kenneth n’en croit pas ses oreilles. Suspendre l’Action " Centrafrique ", l’une des valeurs les plus liquides du monde !


« Ce n’est pas vrai, c’est une blague » pense t-il à haute voix. « Un coup à me faire rater mon train pour Accra ».


Mais la suite du message lève toute ambiguïté: