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Coopération Afrique-Europe : Un avenir placé sous le signe de l'innovation technologique

Dernière mise à jour : 4 avr.


Pour permettre à l’Afrique de lutter à armes égales avec le reste du monde en matière de science, de technologie et d’innovation, une solution s’impose : miser sur la coopération et la collaboration avec l’Europe. C'est ce qui en est ressorti, au cours de la conférence finale du "Partenariat Afrique-Europe pour l’Innovation".




« Le programme pilote AEIP a montré que la coopération entre les acteurs de l'innovation en Afrique et en Europe a un grand potentiel et peut être mutuellement bénéfique pour les citoyens, les chercheurs et les entrepreneurs » . Ces mots d’introduction, prononcés par Mariya Gabriel, commissaire européenne à l'Innovation, la Recherche, la Culture, l’Éducation & la Jeunesse, s’inscrivent dans le droit fil conducteur de la conférence finale du "Partenariat Afrique-Europe pour l’Innovation" [ AEIP : Africa - Europe Innovation Partnership, NDLR ] qui s’est tenue en ligne les 29 et 30 juin derniers, modérée par le journaliste Chris Burns.


Nul ne conteste le fait qu’un bon nombre d’écosystèmes Tech d'Afrique soient en pleine ébullition. On décèle de belles innovations aux quatre coins du continent, avec des pôles d’excellence concentrés, pour la plupart d’entre eux, en Afrique du Sud, en Égypte, au Nigeria et au Kenya, voire au Ghana, eu égard aux levées de fonds qui y ont été effectuées.


« Les levées de fonds opérées par les entreprises technologiques africaines ont accéléré la dynamique des écosystèmes Tech du continent, passant de 185 millions de dollars à 701,46 millions de dollars sur la période 2015-2020 » observe Samir Abdelkrim, fondateur du sommet dédié à l’innovation "Emerging Valley" (et membre groupe consultatif sur la coopération Afrique-Europe en matière de recherche et d’innovation), s’appuyant sur les données issues de l"African Tech Startups Funding Report 2020" publiées par Dirupt Africa.


Cependant, force est de constater que l’Afrique est complètement absente dans la course technologique planétaire dans laquelle se livrent avec acharnement les États-Unis, la Chine, le Japon, la Corée du Sud et d’autres puissances économiques émergentes. En effet, aucune entreprise africaine ne fait partie intégrante du Top 100 des firmes technologiques au monde (si l’on en croit le classement établi par l’agence Thomson Reuters). Idem en ce qui concerne les pays qui investissent le plus dans la Recherche & Développement. Certes, l’Afrique du Sud semble tenir le haut du pavé sur le continent avec 0,73 % du PIB consacré à la R&D, selon la base de données de la Banque mondiale. Mais cette nation se situe très loin derrière d’autres États perçus comme des pays modèles en terme de DIRD, comme la Corée du Sud (4,29%), Israël (4,11%), le Japon (3,58%), l'Allemagne (2,9%), et les États-Unis (2,73%). Quant aux laboratoires de recherche académiques et les publications scientifiques, leur nombre demeure très insuffisant sur l'ensemble du continent africain.


« La recherche universitaire est à la base même de toute innovation [ ... ]. Il est important de prendre conscience du rôle majeur des universités dans le développement écosystèmes d'innovation en Afrique » avertit Dr Mahama Ouedraogo, directeur du département Ressources humaines, Science & Technologie de l'Union africaine (UA).


 

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On peut aisément deviner que l’Union européenne se soit saisi de cette problématique pour lancer "AEIP " [(Africa-Europe Innovation Partnership), un programme qui a pour vocation de renforcer la coopération intercontinentale entre incubateurs, accélérateurs, acteurs intervenant dans les transferts de technologie, organismes publiques de recherche et startups innovantes, avec en prime un accès plus ouvert aux connaissances et au savoir-faire en matière d’innovation et de sciences.


Matthias Ploeg, chef de projet AEIP et Managing Partner chez Technopolis : « La question de l’innovation doit être abordée en adoptant une approche transversale. Par conséquent, tout le monde doit se sentir impliqué. Aujourd'hui, nous réunissions toutes les parties prenantes impliquées issues du milieu universitaire et professionnel, venant d'Afrique et d'Europe [ ... ]. Nous devons essayer de chercher des nouvelles manières de travailler ensemble ».



Au cours de cette conférence finale, Bosun Tijani, co-fondateur et directeur général de Co-creation Hub Nigeria (CcHUB), semble souscrire à cette thèse selon laquelle les modèles d’innovation "en vase clos" sont forcément voués à l’échec, et seule une décentralisation des capacités d’innovation, c’est-à-dire une répartition de ces capacités d’innovation entre des partenaires issus de différents pays, s’avère être une stratégie payante :


« Les pays d’Afrique ne peuvent aucunement s’accorder le luxe de bâtir leur propre système national d'innovation. L’avenir du continent, c’est ce que j’appelle "un système d'innovation distribué" : Au lieu que ces États développent chacun dans leur coin les composantes de leur écosystème, l’idée est de voir comment il serait possible de s’associer avec d’autres nations, communautés ou réseaux [ ... ]. La volonté de partenariat qui anime l’Union européenne et l’Afrique doit être guidée par une stratégie de "prospérité partagée" ».


Lors cet événement digital, d’autres panélistes ont évoqué les nombreuses possibilités et avantages que présente une collaboration entre l’Europe et l’Afrique en matière d’innovation.


« L’économie numérique n’a pas de frontières et permet de bâtir des relations de coopération entre pays, voire entre continents. Elle offre l’opportunité aux acteurs des écosystèmes d’Afrique et d’Europe de collaborer ensemble » se réjouit Rebecca Enonchong, présidente du conseil d'administration du réseau de hubs africains AfriLabs



De son côté, Rebecca Allinson, managing partner au sein du groupe Technopolis a affirmé que « l’AEIP favorise activement les échanges entre tech hubs et les accompagne dans leurs parcours d’apprentissage. Il donne l’occasion aux décideurs politiques de mieux comprendre les pratiques collaboratives et de les mettre en relation avec les acteurs des écosystèmes d’innovation [ ... ]. La prochaine étape consistera à approfondir les connections déjà existantes entre les tech hubs et les bureaux de transfert de technologie, et d’assurer un meilleur retour d’information vers la sphère politique » .


Dans la même lignée de pensée, Robert Sanders, consultant au sein d’EBN (European Business and Innovation Centre Network) soutient que la phase suivante du programme sera axée notamment sur le renforcement des interconnexions entre les écosystèmes au centre duquel se trouvent les hubs technologiques, les universités, les investisseurs et les entreprises.


Même son de cloche de la part de Ben White, fondateur & CEO de VC4Africa — une communauté en ligne d'investisseurs et d'entrepreneurs — qui s’est réjoui de la mise en place de ce programme, estimant que « les échanges entre hubs, qui mettent en commun leurs expériences et les enseignements qui en sont tirés concernant la manière dont doit se gérer un tech hub, s’avèrent très utile ».


Pour sa part, Anna Ekeledo, directrice exécutive du réseau panafricain AfriLabs, a mis l’accent sur l’importance des réunions en présentiel organisé par l’AEIP, où les représentants de hubs technologiques des deux continents — Afrique et Europe — ont eu la possibilité de faire part de leur retour d’expériences, d’exposer leurs problématiques respectives, et de partager mutuellement leurs idées. Toutefois, elle reconnaît volontiers les avantages découlant des interactions virtuelles par écran interposé, à condition de consacrer beaucoup d'efforts quant à l'état de préparation de ces sessions d'échanges et aligner les intérêts de tous les participants à ce programme.


Des actions de coopération intercontinentale qui ont fait leur preuve


L’exemple de WAZIUP , Kumasi Hive (Ghana) et Hive Colab (Ouganda) est la preuve de la capacité de l’Europe et l’Afrique à travailler ensemble et coopérer dans un esprit de partenariat et en bonne intelligence. "Waziup", initiative européenne, a mis à contribution son expertise dans le cadre d’un programme d’accélération et de soutien à l’innovation dans l’Internet des Objets et le Big Data, ayant débuté dès le mois de Mai 2018 dans ces deux pays.




Dans une autre démarche d’innovation collaborative entre les continents, Descartes Développement & Innovation, le pôle d'excellence Ville durable de la Cité Descartes, situé à Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne), a mis en pratique le concept de "Start-up moléculaire".


« Une start-up moléculaire peut être perçue comme l'intégration de deux ou plusieurs entreprises, développant des produits ou services similaires et adressent un marché identique, en une seule société [ ... ]. Nous avons associé à notre projet l’opérateur télécom Orange qui est à l’origine de ce concept et qui nous aident à identifier des startups innovantes » précise son directeur général, Jean-Christophe de Tauzia.


C’est dans cet esprit qu’est né le concours de startups moléculaires "The Aggregator", soutenu par l’Union européenne, en partenariat avec Innovus ( division de l’Université de Stellenbosch en Afrique du Sud), le réseau de hubs africains AfriLabs, IIM Calcutta Innovation Park (Calcutta, Inde), SR Innovation Exchange (Hasanparthy, Inde), Atal Incubation Centre-Aartech, (Mandideep, Inde) et Technoport (Luxembourg). Trois startups sont ressorties vainqueurs, à l'issue de la dernière édition de cette compétition : Anepen, un outil numérique de partage de contenu éducatif dédié aux formateurs indépendants et établissements d’enseignements (Tanzanie) ; IOGA, une communauté de sachants et d’apprenants qui permet, au sein d’une même entreprise, de partager facilement leurs connaissances et leurs expériences via une solution vidéo (France) ; Talento, une plateforme e-learning, de recrutement et d’évaluation des compétences via l’intelligence artificielle (Inde). L’objectif est clair : rapprocher les produits ou services des trois entités, éviter la concurrence, co-innover entre partenaires, gagner en notoriété et en visibilité et accéder à de nouveaux marchés de part et d'autre .


Toujours dans le cadre du programme de l'AEIP, cette stratégie d’innovation collaborative adoptée par Burkina Business Incubator (dirigé par Soulamane Konkobo) et l’incubateur technologique luxembourgeois Technoport a donné lieu à une coopération "win-win". La forte synergie qui existe entre leurs activités de ces structures a permis de les faire bénéficier d’une aide financière, émanant de l’ONG "Terre des Hommes", en vue d’accompagner une quarantaine de projets à vocation culturelle. De plus, les financements octroyés par la Direction luxembourgeois de la Coopération au Développement a facilité la mise en œuvre du transfert de technologies entre plusieurs entreprises issues des deux pays, opérant dans les secteurs des TIC, de la santé et de l’environnement.


Clare Turner, responsable des partenariats internationaux auprès de l’Imperial College London (officiellement "Imperial College of Science, Technology and Medicine"), a souligné, quant à elle, l’importance de l’implication de cette université prestigieuse dans le renforcement des capacités de recherche et de transfert de savoir des universités africaines. On peut citer à titre d’exemple l’accord de partenariat signé avec l’Institut africain des sciences mathématiques (African Institute for Mathematical Sciences), situé à Muizenberg en Afrique du Sud. Mais, Clare Turner a surtout mis en exergue le fait que l’AEIP constitue le cadre idéal pour valoriser des projets destinés à lutter contre la pollution de l'air ou le paludisme.


« [ ... ] L’'un des plus grands défis pour former un partenariat réussi, c’est d’écourter les délais. Il est évident qu’il faille du temps pour apprendre à connaître l'autre partie, évaluer ses atouts et ses faiblesses, avant d’envisager la possibilité de travailler ensemble » prévient Clare Turner.



Plus globalement, l’événement final du "Partenariat Afrique-Europe pour l’Innovation" a permis de dégager une large convergence de vues tant sur l'idée directrice et les objectifs du projet pilote AEIP.


« Bien que le projet AEIP ait été conçu à l’origine pour l'Afrique subsaharienne, il s’est très vite élargi à l’ensemble du continent, de façon à inclure les pays d’Afrique du Nord » se félicite Mariya Gabriel.


Un sentiment du devoir accompli partagé par Maria Cristina Russo, directrice de la coopération internationale à la Direction générale de la recherche et l’innovation de la Commission européenne, dressant également un bilan positif :


« L'AEIP a permis de connecter 89 tech hubs africains à 38 tech hubs européens [ ... ]. 45 protocoles d’accords ont été signés entre des incubateurs européens et leurs homologues africains » .


Fort de ce succès, le projet pilote AEIP pourrait faire des émules. Richard Labelle, coordinateur du lab d'innovation et d'entrepreneuriat au sein de la Banque Africaine de Développement (BAD) rapporte que cette institution financière — la BAD — suit de très près les avancées du programme, puisqu'elle s’inspira de cet esprit de partenariat Afrique-Europe, dans le cadre de l’initiative Boost Africa menée conjointement avec la Banque européenne d’investissement (BEI) pour soutenir des projets entrepreneuriaux africains.


En théorie, le programme pilote AEIP est supposé toucher à sa fin. En réalité il continuera à se déployer sous d’autres formes. Trois autres programmes "ENRICH Africa", "Digital for Development Hub" (D4D Hub) et "Africa Connect" opéreront en s'appuyant sur les acquis de l’initiative AEIP pour poursuivre la coopération intercontinentale Afrique-Europe.




« La Commission européenne a l'intention de capitaliser sur les enseignements tirés de l'AEIP, d’étudier les synergies entre les activités des structures existantes ayant participé à ce programme et poursuivre l'élaboration de nouvelles initiatives sur le terrain, en vue de préserver l’esprit de ce projet AEIP » atteste Nienke Buisman, cheffe d'unité à la Direction générale de la recherche et de l’innovation, au sein de la Commission européenne


Mariya Gabriel abonde dans ce sens, ajoutant que le programme EURAXESS, ayant pour vocation particulière d’aider les chercheurs européens à développer leur carrière, sera étendu aux scientifiques africains à partir de 2022.



 

Par Harley McKenson-Kenguéléwa






 


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