L’Afrique, une terre d’entrepreneurs
Rechercher
  • Harley McKenson-Kenguéléwa

L’Afrique, une terre d’entrepreneurs

Mis à jour : avr. 12

Qui a dit qu’entreprendre n’est pas dans l’ADN des Africains ? La création d’entreprises connait une embellie sur le continent : BTP, Finance, TIC, Education, Santé, Agrobusiness etc… : La liste des secteurs dans lesquels les porteurs de projet brillent est longue et les écosystèmes entrepreneuriaux pourraient être beaucoup performants, à condition que les Etats mettent en œuvre des politiques publiques incitatives. Alors oui, les start-up africaines ont plus que jamais une carte à jouer dans la partie. À Aix-en-Provence, le Sommet Emerging Valley leur fait la part belle en terme de visibilité.



Le Mercredi 4 Décembre 2019, l’African Tech faisait sa rentrée à Emerging Valley, le Sommet dédié à l’innovation africaine, qui s’est déroulé à Aix-en-Provence, au sein de " TheCamp " Avec entre autres plusieurs startups en invités d’honneur : "Lifiled" qui permet d’assurer une connexion Internet haut débit via la lumière ; le laboratoire d’analyse numérique " ClinicPlant ", le carnet de santé numérique "Pass Santé Mousso", la plateforme edtech "Sghartoon’ qui aide les enfants à surmonter leur dyslexie et améliorer leur parcours scolaire etc … toutes ces pépites, qui feront sans doute l’économie africaine de demain, témoignent de la vitalité des start-up qui se multiplient dans tous les secteurs d’activité.


« La créativité, l’Afrique n’en manque pas » s’enthousiasme Mariya Gabriel, commissaire européen à l’Economie et à la société numérique.


Depuis quelques années, de jeunes entrepreneurs prometteurs, innovateurs brillants et ingénieurs hyperqualifiés font sensation dans les salons, les expositions et, surtout, dans les concours à la création d’entreprise . En effet, de nombreux porteurs de projet – Nigérians, Égyptiens, Camerounais, Rwandais, Tunisiens, Ivoiriens, Kényans, Marocains ou Sénégalais, etc … – se bousculent au portillon de compétitions telles que ‘ Africa Netpreneur Prize’ , le Programme TEEP ( Tony Elumelu Entrepreneurship Program ou Anzisha Prize, afin de récolter des aides financières substantielles, mais aussi de se frotter en permanence aux concurrents et aux marchés. Ces concours peuvent servir de baromètres afin de mesurer l’intérêt des Africains pour la création d’entreprise, un engouement à mettre en grande partie à l’actif des opportunités d’investissement que recèle le continent : La FinTech au Kenya, le secteur du luxe au Nigeria, les infrastructures de BTP en Egypte, l’Agrobusiness en Côte d’Ivoire etc …



Ce qui a amené les incubateurs et accélérateurs à se positionner sur ce " marché de l’entrepreneuriat " , soit 643 hubs répertoriés en Afrique selon une étude menée par le think tank " Briter Bridges ". Ces structures d’accompagnement, garantissant un flux constant de projets qualifiés arrivés à maturité, ont elles-mêmes engendré un foisonnement de fonds d’investissement et l’émergence de business angels spécialisés sur l’Afrique. Même si le capital-risque y est moins développé que sur les autres continents, les choses sont train de changer profondément .


Lire aussi : Trouver de l’argent pour sa start-up : les investisseurs les plus actifs en Afrique



« [ … ] Notre ambition , c’est d’accompagner, toujours et encore mieux, les entrepreneurs qui sont en phase d’amorçage, parce que c’est la partie la plus difficile de la création d’une activité. Lorsque vous êtes en phase d’amorçage, vous avez besoin de clients. [ … ] Une fois que vous avez des clients, vous pouvez aller voir des investisseurs pour les convaincre et les emmener avec vous dans votre projet entrepreneurial . Pour mobiliser ces financements, vous avez besoin d’avoir des investisseurs qui soient spécialisés dans l’analyse d’un projet au tout début de sa conception et qui soient aussi capables de déceler chez un entrepreneur les qualités indispensables qui vont permettre de réussir son projet de création d’entreprise, explique le directeur général délégué de l’AFD (Agence Française de Développement) Bertrand Walckenaer. C’est pourquoi, à la demande du président de la République Emmanuel Macron, nous allons mobiliser spécifiquement 15 millions d’euros, dans le cadre d’un fonds d’amorçage dédié aux entreprises africaines innovantes qui sera déployé à compter de l’année 2020 et qui s’appuiera sur 6 partenaires possédant déjà cette expertise en matière d’entrepreneuriat en Afrique. Quatre sont spécialisés dans l’investissement ; les deux autres s’occupent de l’accompagnement technique, du renforcement de capacités et de la formation ».



« Des secteurs comme la GreenTech, l’EdTech ou l’E-Santé seront largement financés, pas seulement la FinTech » ajoute Olivier Furdelle, co-fondateur de Teranga Capital, un fonds d’impact basé au Sénégal.



L’enthousiasme des investisseurs pour les pépites africaines ne fait qu’attester la qualité des projets entrepreneuriaux financés par le capital-risque. Les levées de fonds se sont bien portées en Afrique subsaharienne, selon un rapport du fonds d’investissement Partech Africa publié le 22 Mars 2019 : 348 millions de dollars au Kenya, 306 millions au Nigeria, 250 millions en Afrique du Sud, 75 millions en Tanzanie, 67 millions en Egypte, 28 millions au Malawi, 22 millions au Sénégal etc …


Plus, il y a du capital mis à disposition et les entrepreneurs sont plus aptes à soutenir la croissance de leurs activités entrepreneuriales.



A la recherche d’une nouvelle dynamique


Tout est réuni pour que l’Afrique soit au rendez-vous de cette révolution entrepreneuriale. Mais encore faut-il aider les start-up du continent à devenir les champions de demain, aux côtés de multinationales à l'instar de de l'opérateur de télécommunications sud-africain MTN, le groupe nigérian Dangote Cement ou la banque marocaine Attijariwafa Bank. Et il y a du chemin à parcourir. La création d’entreprise s’apparente à un long parcours d’obstacles. Il faut soigner certaines étapes, comme réaliser une étude de marché, peaufiner son business plan , choisir le statut juridique de sa société ou identifier les bons collaborateurs. Or, la méconnaissance du fonctionnement d’une entreprise, le manque d’expérience des affaires notamment dans le domaine managérial, commercial et financier ou de compétences techniques sont souvent à l’origine de faillites d’un très grand nombre de sociétés en Afrique.



Lire aussi : Entrepreneuriat : les 5 erreurs qui peuvent mener votre start-up dans le mur


Des remèdes existent pourtant. Le renforcement de l’écosystème devrait passer premièrement par l’accompagnement des entreprises locales, potentiellement pérennes .

Partant de ce constat, les annonces de créations d’incubateurs et d’accélérateurs se succèdent en Afrique. Comme évoqué en début de texte, La plateforme " Briter Bridges " a ainsi répertorié 643 structures d’appui sur le continent, alors que l’on en recensait une dizaine il y a quelques années seulement. Les réseaux de business angels jouent aussi un rôle essentiel dans l’accompagnement des projets en phase d’amorçage, indépendamment de l’aspect purement pécuniaire. L’homme d’affaires nigérian Tomi Davies, co-fondateur de " Lagos Angels Network " (LAN) – le réseau d’anges financiers le plus actif sur le continent en terme de volume d’investissement avec, à son actif, près d’ 1 million actuellement investis dans 32 sociétés, selon un rapport de l’African


Business Angel Network (ABAN) – apporte son éclairage lors de son intervention au sommet Emerging Valley :


« La chose la plus précieuse qu’un business angel vous donnera est le temps qu’il vous consacrera : mentorer, guider, conseiller » résume t-il .


Le fait de se faire conseiller par des investisseurs possédant la formation, l’expérience et les connaissances pour gérer les changements souhaités dans une start-up peut s’avérer fructueux, car ces derniers aident les fondateurs à placer la réflexion au-delà du travail qui a été accompli et fait ressortir les points faibles du business model .



Article connexe: Devenir Business Angel : Comment investir dans une start-up ou une PME


Cette pléthore d’offres d’accompagnement et de structures spécialisées dans des secteurs métiers bien défini témoigne d’un écosystème startup dynamique. Toutefois, cette myriade de structures d’appui ne peuvent légitimer leur existence dans le paysage entrepreneurial que si, devant, des projets à haute valeur ajoutée suivent. Cette profusion d’offres peut donc engager les entrepreneurs à faire preuve d’esprit critique et de précaution en ce qui concerne les modes d’accompagnement proposés : domaine d’expertise de l’incubateur ou accélérateur, qualité des outils pédagogiques mis à disposition, adéquation des besoins et des attentes avec le programme d’accompagnement, modalités d’entrée et de sortie, tarifs, feedback des patrons de startups déjà incubés etc…

Pour Rebecca Enonchong, présidente du Conseil d’Administration d’AfriLabs, un réseau panafricain de 158 centres d’innovation technologique, un écosystème entrepreneurial ne pourrait être solide ou qualitatif que lorsque le focus est mis également sur l’accompagnement des incubateurs, accélérateurs, espace de coworking, pépinières et autres centres facilitant le développement d’environnements propices à la promotion de l’entrepreneuriat et l’innovation :


« Améliorer les hubs, c'est améliorer l'encadrement des startups et améliorer les résultats même des startups ».


Une assertion qui a recueilli un large consensus parmi les panelistes, dont Ninon Duval. Cette consultante en entrepreneuriat & innovation, directrice de l’incubateur Bond’innov depuis son lancement en 2011 et également initiatrice du programme Afric’innov qui réunit aujourd’hui une soixantaine d’incubateurs africains, abonde dans ce sens, estimant que l’activité d’accompagnement est une pratique qui améliore la qualité des écosystèmes :

« Investir dans ses outils d'accompagnement, c'est investir sur la durée. Un incubateur représente en moyenne une dizaine de startups , soit environ 500 startups accompagnées avec le réseau Africinnov » .


En dehors des sentiers battus et en marge des plénières, débats ou tables rondes qui se sont déroulés à " Emerging Valley ", d’autres postulats méritent d’être soulevés. Une autre stratégie pour améliorer l’écosystème entrepreneurial serait de d’inculquer aux porteurs de projet la notion " d’entrepreneuriat d’opportunités " au détriment de " l’entrepreneuriat de nécessité ", dont le motif est beaucoup plus conjoncturel, qui semble être à l’heure actuelle le trait dominant d’un bon nombre d’écosystèmes entrepreneuriaux sur le continent. Dans des économies africaines caractérisées par un chômage de masse, devenir son propre patron apparaît comme une solution vers laquelle de plus en de demandeurs d’emploi s’orientent.

« Nous allons mettre en place un incubateur, ce qui va permettre aux jeunes de créer ou développer leur activité et sortir du chômage » entend-on souvent des pouvoirs publics d’un bon nombre de pays sur le continent africain.


Le fait de vouloir lancer son activité, parce toutes les possibilités de trouver un emploi rémunéré ont été épuisées fournit une vision tronquée de l’état d’esprit entrepreneurial et ne permet aucunement aux dirigeants de sociétés de fixer un cap, porter une vision à moyen et long terme sur laquelle s’appuieront également tous les membres leur équipe managériale et autres collaborateurs-clés afin de faire croître leur business, générer des bénéfices substantiels et rendre pérenne leur activité . Pour le moment, Il y a très peu d’entreprises africaines suffisamment mûres pour se lancer sur le marché mondial. Il convient donc de faire évoluer les mentalités et valoriser davantage l' image de l'entrepreneur d’opportunités – qui monte sa boite, par ce qu’il a su dénicher un segment de marché inexploité, et faire un grand bon en avant ( expansion internationale, recrutement des meilleurs talents, investissements dans la R & D etc… ) afin de rivaliser avec les PME asiatiques, européennes ou nord-américaines – pour des écosystèmes entrepreneuriaux réellement efficients .



Les pouvoirs publics peuvent également agir en donnant aux start-up un peu d’air frais d’un point de vue réglementaire et veiller à ce que chaque étape de leur développement se déroule dans les meilleures conditions. Il n’est sûrement pas inutile de regarder ce qui se passe du côté de la Tunisie, un pays classé parmi les économies les plus innovantes en Afrique, selon le Bloomberg Innovation, qui a su apporter une véritable oxygénation à ses jeunes pousse via le ‘ Startup Act’ votée le 2 Avril 2019. Le Sénégal s’en est déjà inspiré .


Le Sen Startup Act vise à répondre aux grands enjeux entrepreneuriaux au pays de la Teranga. L’une des dispositions du texte va permettre aux startups locales de bénéficier d’un prestigieux label qui amplifiera leur visibilité et accroîtra leur crédibilité auprès de potentiels investisseurs.


Lire aussi : Dakar, une terre d’entrepreneurs



Enfin, les autorités publiques ont un rôle à jouer, en facilitant, les démarches administratives. Parmi les cinquante premiers Etats classés par la Banque mondiale en fonction de l’indice de facilité de faire des affaires, ne figurent que deux pays d’Afrique, l’Île Maurice et le Rwanda. Plus spécifiquement en matière de création d’entreprise, seuls huit nations africaines tirent leur épingle du jeu dans ce Top 50 : Togo, Tunisie, Île Maurice, Côte d’Ivoire, Rwanda, Maroc, Burundi et Mauritanie. Abaisser le nombre de procédures administratives préalables à la création d’entreprise, réduire le nombre de jours d’attente avant l’immatriculation de la structure, diminuer leurs coûts, limiter le capital requis pour monter son affaire : autant de solutions qui facilitent la tache des porteurs de projet et qui permettraient d’augmenter de manière considérable le taux d’enregistrement des nouvelles sociétés.





Par Harley McKenson-Kenguéléwa









Tags :


start-up afrique ; financement projet Afrique , lever des fonds en Afrique , économie afrique , Afrique technologie ; convaincre business angel ; entrepreneur africain ; numérique Afrique ;

créer entreprise Afrique du Sud, créer entreprise Algérie; créer entreprise Bénin; créer entreprise Burkina Faso; créer entreprise Burundi; créer entreprise Cameroun; créer entreprise Centrafrique; créer entreprise Comores; créer entreprise Congo; créer entreprise Côte d’Ivoire; créer entreprise Djibouti; créer entreprise Gabon; créer entreprise Guinée; créer entreprise Madagascar; créer entreprise Mali; créer entreprise Maroc; créer entreprise Maurice; créer entreprise Mauritanie; créer entreprise Niger; créer entreprise RD Congo; créer entreprise Rwanda; créer entreprise Sénégal; créer entreprise Seychelles;créer entreprise Togo; créer entreprise Tchad; créer entreprise Tunisie; créer entreprise Afrique du sud; création entreprise Algérie; création entreprise Bénin; création entreprise Burkina Faso; création entreprise Burundi; création entreprise; création entreprise Centrafrique; création entreprise Comores; création entreprise Congo; création entreprise Côte d’Ivoire; création entreprise Djibouti; création entreprise Gabon; création entreprise Guinée; création entreprise Madagascar; création entreprise Mali; création entreprise Maroc; création entreprise Île Maurice; création entreprise Mauritanie; création entreprise Niger; création entreprise RD Congo; création entreprise Rwanda; création entreprise Sénégal; création entreprise Seychelles; création entreprise Togo; création entreprise Tchad; création entreprise Tunisie; création entreprise Sénégal; création entreprise Seychelles; création entreprise Togo ;

© CEO Afrique 2020 - Tous droits réservés. Toute reproduction partielle ou intégrale des textes et/ou des documents, par quelque procédé que ce soit, est strictement interdite, sauf autorisation écrite préalable de l’éditeur ou de l’auteur.

Maghreb / Afrique du Nord

Algérie

Afrique de l'Ouest

Gambie

Guinée Bissau

Libéria

Afrique centrale

Afrique de l'Est

Afrique australe / Océan Indien

Burundi

Sierra Léone

Nous contacter 

Restés connectés

  • CEO Afrique Facebook page
  • CEO Afrique Twitter page
  • CEO Afrique LinkedIn page
  • CEO Afrique Google + page
  • CEO Afrique Pinterest page
  • Profil Viadeo
  • YouTube page