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Ressources Humaines : Comment valoriser au mieux le potentiel des jeunes talents en Afrique ?

Dernière mise à jour : nov. 12


En misant davantage sur ses atouts plutôt que sur les diplômes, chacun a la possibilité de s'insérer plus facilement sur le marché du travail en Afrique. "Quelle stratégie pour le développement des talents africains ?" : Tel a été le thème de la table ronde organisée le 6 Octobre dernier par Business France — dans le cadre de l’événement Ambition Africa 2021 — , un sujet décrypté à travers les témoignages d’un panel composé de chefs d’entreprises, de cadres dirigeants et d’experts.



« [ ... ] La plupart des fondateurs des plus grosses sociétés mondiales, à l’instar de Facebook, Google ou Microsoft, ont eu à quitter de façon anticipée les bancs de l’université pour se lancer dans l’entrepreneuriat et ont réussi à se forger le destin dont ils rêvaient ».


Ces mots, prononcés par Roslane Bencharif, vice-président, GAAN (Groupement Algérien des Acteurs du Numérique), s'inscrivent dans le droit fil conducteur de la table ronde consacré à la gestion des talents en Afrique, animée par Léocadie Ebakissé, fondatrice & CEO de Talents Awake.


En effet, si un bon nombre de dirigeants, managers et employés aux parcours atypiques, aux États-Unis, en Europe ou en Asie, ont réussi à acquérir au fil du temps une légitimité plus qu’attendue et une respectabilité certaine dans leur milieu professionnel, nul ne peut s’empêcher de penser que toute personne vivant sur le continent africain — surdiplômés ou autodidactes — peuvent espérer suivre le même cheminement de carrière, en misant sur leurs qualités et leurs aptitudes, tout en sachant pallier leurs points faibles.


« [ ... ] Ce que l’on retrouve chez nos jeunes en Afrique, c’est l’art du système D, cette façon intuitive et instinctive d’aller chercher des solutions, là ou des personnes, agissant d’habitude dans le sens d’une approche très procédurière, ne vont pas forcément posséder ce niveau d’inventivité » poursuit Roslane Bencharif.


Néné Maïga, directrice générale de la filiale botswanaise de l’opérateur télécoms Orange, prend le relais, en s’appuyant sur l’exemple de son pays d’origine :


« Les applications, qui sont développées au Mali par des ingénieurs locaux, n'ont rien à envier à ce qui se fait partout ailleurs dans le monde. C’est une vraie réussite et nous sommes fiers de posséder un écosystème qui permet de concevoir ce type de produits. Mais cela ne suffit pas et nous devons faire davantage ».


Même son de cloche du côté de Mossadeck Bally, fondateur de la chaîne hôtelière Azalaï pour qui « les talents africains existent vraiment. Cela est d'autant plus vrai qu’aujourd’hui, les meilleurs d’entre eux se retrouvent par exemple dans les équipes de direction d’Orange, Total ou Bolloré [ ... ]. Beaucoup de ces grandes entreprises leur font confiance, parce qu’elles ont compris que le diplôme n’est pas un pré-requis et qu’il faille aussi détenir des "soft skills" et une connaissance approfondie des marchés, notamment celle de notre continent [ ... ] ».


Force est de constater qu’un trop grand nombre de demandeurs d’emplois ont des difficultés à intégrer le marché du travail, en total décalage avec la croissance économique enregistrée au cours des dernières années par un bon nombre de pays d’Afrique. À ce titre, on a assisté à deux phénomènes importants et presque simultanés : D’une part, ces nouveaux marchés se sont avérés être potentiellement très porteurs pour une liste de plusieurs métiers et professions représentant les meilleurs choix de carrière sur le continent. D’autre part, le discours narratif , omniprésent dans les échanges de récits personnels, fait de cette région du monde le prochain eldorado du XXIe siècle.


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« Cette narration a amené à une guerre des talents que les entreprises veulent s’arracher, dont le nombre est insuffisant dans certains secteurs, tels que les télécoms et la finance. Il a été dit que l’Afrique doit effectuer un rattrapage en termes d'infrastructures. On s’est rendu compte que des secteurs entiers avaient été laissés à l’abandon. Du coup, les industries, l’agrobusiness, les projets de construction de ports, de routes, d’aéroports et de centrales énergétiques se sont vus allouer des milliards de dollars [ ... ]. Une étude élaborée par AfricSearch, en collaboration avec le Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN), portant sur les compétences recherchées par les entreprises dans une douzaine de pays, révélait que les dirigeants de ces sociétés disaient n’avoir aucune difficulté à trouver un responsable des ressources humaines ou un directeur financier etc... Mais dès qu’il s’agissait de rechercher des techniciens qualifiés tous secteurs confondus, dotés d’une formation allant d’un niveau baccalauréat technique jusqu’à Bac +2 -, ils se sont retrouvés face à une pénurie de candidats. Le véritable enjeu à l’heure actuelle dépendra essentiellement du rattrapage à faire, en matière d’identification des talents dans les filières techniques » explique Didier Acouetey, président du groupe AfricSearch.


Quelles méthodes pour mettre à profit la richesse et la variété des talents ?


Il va sans dire que les directions des ressources humaines au sein des entreprises implantées en Afrique doivent repenser leurs critères de recherche et aller débusquer les profils dont ils ont besoin, parmi les candidats atypiques. L’une des démarches les plus efficientes consiste à adopter la technique du compagnonnage qui donne l’occasion à chaque individu l’accomplissement de ses possibilités, grâce à l’exercice de son métier. Sans nommer explicitement cette méthode, Didier Acouetey semble vouloir s’inspirer de cette forme d'apprentissage délivrée directement sur le terrain par les pairs, en l’occurrence par des artisans déjà très aguerris, eu égard à leurs expériences cumulées des meilleures pratiques :


« Il faut tenir compte de la réalité des environnements dans la plupart des pays africains, où 90 % du secteur privé est constitué de TPE et PME, avec une dominante d’activités issues de l’économie informelle. À titre d’exemple, lorsque vous vous rendez dans un garage de maintenance automobile, vous allez rapidement vous rendre compte que le gérant n’a jamais fréquenté une école de mécanique, mais au contraire, a appris sur le tas et se charge de transmettre sur place son savoir-faire aux jeunes appentis. L’idée générale est donc de révolutionner la manière d’acquérir ses compétences en créant des incubateurs mis au service des TPE et PME, dont la mission sera de former des talents au plus près de la réalité pratique, sous l’encadrement et la responsabilité des professionnels du secteur ».


Dans un schéma plus classique, Mossadeck Bally préconise vivement de rapprocher le milieu universitaire et le monde des affaires :


« L’université du Mali n'est jamais venu me voir, en ma qualité de chef d’entreprise, pour connaître véritablement mes besoins et mes attentes en matière de main d’œuvre. Le groupe Azalaï, que je représente, a été obligé de créer ses propres écoles de formation aux métiers de l'hôtellerie, notamment à Bamako et à Ouagadougou (au Burkina Faso). Il y a une vraie inadéquation, surtout dans les pays francophones, entre les besoins des entreprises et l'employabilité des jeunes [ ... ]. Au cours de mes études universitaires aux États-Unis, j’avais constaté à l’époque que l’offre de formation des jeunes y est conçue en fonction de l'évolution des besoins exprimés par les entreprises, dans la réalisation de leurs projets de développement. C’est particulièrement le cas dans les États d’Afrique anglophone. À mon humble avis, c’est ce qui devrait être transposé dans les programmes de l’Éducation nationale au sein de les pays de la sphère francophone [ ... ] ».


Pour sa part, Néné Maïga a fait entendre une voix discordante, mettant l’accent sur le fait que le monde, en constante évolution, de plus en plus complexe et compétitif, amène indéniablement les métiers, professions et fonctions à se réinventer en permanence :


« [ ... ] Les métiers de demain ne sont pas forcément ceux d’aujourd'hui. Il existe une sorte de création permanente et il est fondamental de rester dans cette dynamique, où l’on donne à chacun les moyens d'apprendre. C’est cela, le monde de demain, où l’on peut acquérir de nouvelles compétences, apprendre en continue, se réorienter, changer de métier etc ... » .



Par Harley McKenson-Kenguéléwa

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