Avec le Kigali International Financial Center, le Rwanda se voit en nouveau hub financier africain

Dernière mise à jour : 31 oct.


Le Pays des Mille Collines ambitionne de se positionner comme une place financière de premier plan au carrefour de l’Afrique. "Kigali International Financial Center, nouveau hub pour les investissements en Afrique" : tel a été l’intitulé de l’atelier organisé le 7 Octobre dernier par le CIAN, un événement en ligne auquel le webzine CEO Afrique a assisté.


Crédit photo : ©KIFC


5ème place financière d’Afrique : C’est le rang qu’occupe la capitale du Rwanda, Kigali, dans le dernier classement du Global Financial Centres Index (GFCI), un indice réalisé deux fois par an conjointement par le think tank Z/Yen Group à Londres et le China Development Institute à Shenzhen, se classant ainsi derrière Casablanca, Cape Town, Johannesburg et l’Île Maurice, et devançant ses principaux challengers comme les villes de Nairobi et Lagos. Une vraie prouesse pour le Kigali International Financial Center — plus connu sous l’acronyme "KIFC " — qui n'a environ que quatre années d'existence, ce qui permet au nouveau hub d’asseoir déjà sa réputation dans les milieux d’affaires internationaux. Approuvée au mois de décembre 2017 à l’issue d’un conseil des ministres présidé par le chef de l’État rwandais Paul Kagame et lancée par l’agence Rwanda Finance Limited (RFL), la "marque" KIFC souhaite faire du pays la plaque tournante des services financiers, favoriser la mise en place d’un environnement juridique et fiscal propice aux affaires et drainer les flux d'investissements directs étrangers.


« [ ... ] C'est un concept qui a été créé de façon à faciliter son entrée dans l’écosystème financier du Rwanda. Le pays ne dispose pas de zones économiques spéciales ; il met juste à disposition ses infrastructures, ses lois, ses règlements et ses ressources humaines et ses incitations pour servir le continent africain » explique Ntoudi Mouyelo, directeur des investissements et des partenaires stratégiques auprès de l’agence Rwanda Finance Limited.


Le Rwanda peut d'enorgueillir d’avoir accès à un large éventail d'investisseurs institutionnels et privés, à travers l’African Private Equity & Venture Capital Association (AVCA) au niveau du continent africain, et de l’East Africa Venture Capital Association (EAVCA) à l’échelle de la sous-région de l'Afrique de l'Est. Il abrite aussi un bon nombre d’établissements bancaires et collabore avec plusieurs autres institutions financières : « Nous avons, à titre d’exemple, "Virunga Africa Fund 1", un véhicule d’investissement géré par le fonds Admaius Capital Partners doté de 250 millions de dollars (dont 200 millions émanant du Qatar et 50 millions provenant du fonds de pension rwandais) qui investit dans des projets d'infrastructure et des projets importants, non seulement au Rwanda mais aussi en Afrique en général. On peut également citer Dakar Network Angels, qui investit principalement en Afrique de l'Ouest, mais dont le véhicule d'investissement est basé à Kigali, une ville à partir de laquelle il est plus simple pour ce réseau de business angels d’investir à Lomé, à Ouagadougou ou à Abidjan, que le faire depuis Dakar. Nous avons FEDA (Fund for Export Development in Africa), une plateforme d’investissement située au Rwanda, appartenant Afreximbank. Bien entendu, plusieurs banques de renom ont installé sur notre territoire des filiales ou des succursales telles que le réseau bancaire panafricain Ecobank, le groupe nigérian Access Bank ou les banques kényanes "Kenya Commercial Bank " et Equity Bank, qui, a décidé de réaliser un investissement de plus de 120 millions de dollars pour y construire son plus grand bâtiment [ ...]. Ce sont donc ces types d'initiative qui nous permettent aujourd'hui d’accompagner les membres de notre communauté installés à Kigali » détaille Ntoudi Mouyelo. À noter l’existence de partenariats stratégiques multiples, conclus entre le KIFC et des institutions publiques internationales telles que Bpifrance, British International Investment, Casablanca Finance City, Belgian Finance Center, Qatar Financial Centre et Jersey Finance.



Il y a lieu d'établir un distinguo entre le fonctionnement du Kigali International Financial Center et celui du Rwanda Development Board qui, faut-il le rappeler, travaillent ensemble en étroite collaboration. Le premier a pour mission de développer, renforcer et consolider tout l’écosystème financier rwandais — acteurs du private equity et du venture capital, réseaux de business angels, établissements bancaires, FinTechs, BNR (National Bank of Rwanda), marché boursier etc .... — , dans l’optique d’acquérir une meilleure visibilité à l'international. Il veille aussi à une plus grande cohérence et harmonie de cet ensemble et s'attelle à améliorer l'environnement fiscal et réglementaire du capital-investissement. Le second a pour vocation de contribuer à faire drainer les investissements étrangers vers le territoire rwandais en promouvant l’ensemble des secteurs d’activité. Quoi qu'il en soit, la finalité de ces deux entités reste la même : construire positivement l’image du Rwanda afin de rendre le pays attractif auprès des investisseurs internationaux.


 

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De nombreux atouts


Crédit photo : ©RDB

Dans cet écosystème financier, la présence de banques et de fonds d’investissement n’est pas la seule explication au fait que de nombreuses sociétés choisissent de s’implanter au Rwanda. Le pays possède d’autres solides arguments à faire valoir, par exemple en tant que porte d'accès privilégié aux marchés du COMESA [Common Market for Eastern and Southern Africa : marché commun de l'Afrique orientale et australe, NDLR ] fort de plus de 610 millions de consommateurs, de l’EAC [ East African Community : Communauté d'Afrique de l'Est, NDLR ] et de la CEEAC (Communauté économique des États de l’Afrique centrale).


Ensuite, le Rwanda a su recouvrer son unité nationale, la stabilité et la paix civile, des conditions sine qua non pour instaurer et préserver un bon climat des affaires. « Le Rwanda s’est classé plusieurs fois au second rang en Afrique pour ce qui est de facilité de faire des affaires » rappelle Gwladys Watrin, responsable des relations investisseurs Europe chez Rwanda Finance Limited, s’appuyant sur les derniers rapports "Doing Business" de la Banque mondiale [ qui ne publie plus ces rapports depuis l’année 2021, NDLR ].


 

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De son côté, Ntoudi Mouyelo met en exergue la primauté de l’État de droit, en tant qu’outil de gouvernance, où les réglementations et lois commerciales sont scrupuleusement appliquées, sans corruption, népotisme et autres faiblesses de l’administration : « Le Rwanda occupe la première place en Afrique subsaharienne, en ce qui concerne le respect de la loi » rapporte t-il, faisant sans doute allusion au World Justice Project (WJP), un indice qui évalue plusieurs facteurs concourant à l'efficacité d’un ordre judiciaire garantissant l'État de droit, parmi lesquels l’absence de corruption et l’application des règlements. Les investisseurs et entrepreneurs, qui envisagent de négocier et conclure des contrats avec des entreprises africaines, sont fortement invités à le faire à partir d'une société de droit rwandais ». En effet, il est dans l’intérêt du pays d’être en mesure de faire appliquer les termes d'un accord, quel qu'il soit, et de faire respecter les règles de droit, ce qui est susceptible d’encourager davantage encore les investisseurs à s’implanter localement.


Toujours dans le registre juridique, Gwladys Watrin fait remarquer que « 24 textes de lois (dont 18 qui ont été amendés) ont été introduits au Rwanda pour offrir un large éventail de services et autres instruments financiers, garantissant de hauts standards réglementaires de qualité comparable à ce que l’on pourrait retrouver dans un hub financier de la stature du Luxembourg ».


Dans le domaine fiscal, le Kigali International Financial Center mise sur les accords bilatéraux de non-double imposition signés avec plusieurs États, dont le Qatar, la Chine, le Luxembourg, la République Démocratique du Congo, le Congo-Brazzaville, l’Angola et le Nigeria.



Le KIFC a également adopté un régime fiscal particulièrement avantageux pour doper l'attractivité du pays auprès des investisseurs privés et, plus globalement, à l’égard des professionnels étrangers de la finance. À ce titre, Étienne Giros, président du CIAN (Conseil français des investisseurs en Afrique) se réjouit du fait que « le Rwanda veille scrupuleusement à ce que ses taux d’imposition applicables ne se situent pas en dessous d’un seuil critique qui lui conférerait automatiquement le statut de "paradis fiscal", évitant ainsi de figurer les listes noire ou grise — établies par l’Union européenne — qui recensent les pays et territoires ne se conformant pas à toutes les normes fiscales ».


De surcroît, Ntoudi Mouyelo fait valoir le fait que « les sociétés ont la possibilité de rapatrier librement leurs capitaux et bénéfices depuis le Rwanda vers l’étranger, et ce, dans une monnaie librement convertible, sans aucune restriction de change et sans avoir le besoin de demander préalablement une autorisation émanant de la Banque centrale rwandaise ».


Sans oublier le multilinguisme, conjugué à une parfaite maîtrise locale de l'anglais, langue des affaires par excellence, qui est un atout indéniable pour l’attractivité du Rwanda: « Nos textes de loi présentent l’avantage d’être rédigés dans trois de nos langues officielles : le français, l’anglais et le kinyarwanda » argue Ntoudi Mouyelo.


De gros retards à combler


Confiant, le Rwanda fait l’effort de positionner le Kigali International Financial Center sur le devant de la scène continentale et semble, au premier abord, avoir pris une longueur d'avance sur plusieurs autres places financières qui tendent à se laisser aller à une certaine léthargie. « [ ... ] À l’heure actuelle, l’Afrique est moins bien desservie que les autres continents. Il n’existe que trois places financières africaines se démarquant significativement sur le plan international : la Casablanca Finance City, la place financière de Johannesburg et celle de l’Île Maurice [ ... ] » commente Gwladys Watrin.


Crédit photo : ©RDB

Si le Rwanda a sans nul doute les moyens financiers de ses ambitions, tous les obstacles ne sont pas levés pour autant. Aussi, le Kigali International Financial Center ne pourra accéder au statut de premier pôle financier continental et servir de point d’ancrage à l’ensemble des marchés de capitaux africains que lorsque la bourse des valeurs locale sera réellement performante, se caractérisant notamment par un nombre important de valeurs cotées et la vitalité des attentes de bénéfices et de chiffre d'affaires. Or, faut-il mentionner que seules 10 sociétés ont choisi d’émettre une partie de leur capital au Rwanda Stock Exchange ( Bank of Kigali, RH Bophelo Ltd, Cimerwa Cement Ltd, I&M Bank Rwanda, Equity Bank Group Ltd, Kenya Commercial Bank, National Media Group, Uchumi Super Market Ltd, Uchumi Super Market Ltd, Bralirwa et MTN Rwandacell ) avec une capitalisation totale d'environ 3,7 milliards de dollars. Ajouté à cela, la faiblesse de l’épargne locale et l’insuffisance du capital flottant, c’est à-dire la partie des actions effectivement susceptible d’être échangée sur le marché boursier rwandais. Même la perspective de la mise en place d’un système de règlement électronique unifié pour les bourses de valeurs — que sont la Dar es Salaam Stock Exchange, l’Uganda Securities Exchange et la Rwanda Stock Exchange — ne suffirait pas à atteindre rapidement une taille critique afin de rivaliser avec la Johannesburg Stock Exchange en Afrique du Sud, première bourse des valeurs du continent africain, un marché fort de 330 sociétés cotées pour une capitalisation totale de plus de 1 100 milliards de dollars.



Par ailleurs, il est intéressant de relever que la capacité des entreprises locales à lever des fonds pour des montants dépassant le million de dollars peut constituer un élément d’attractivité financière d’un pays. Si l'on analyse les chiffres du dernier rapport publié par le fonds Partech Africa, les investisseurs attirés par le capital-risque ont misé davantage sur les start-up technologiques nigérianes (1,8 milliard de dollars de fonds levées en 2021), sud-africaines (832 millions de dollars), égyptiennes (652 millions de dollars) et kényanes (571 millions de dollars), les jeunes pousses rwandaises n’arrivant qu’en treizième position avec 17 millions de dollars de fonds levées (ex æquo avec la Côte d’Ivoire). Il est évident que le différentiel de performance entre le "Big 4 " (représenté par le Nigeria, l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Kenya) et le Rwanda demeure grand en matière de capital-investissement.

 

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In fine, un petit nombre d’autres hubs sont également sur les rangs dans la sous-région d'Afrique de l'Est pour rivaliser avec le KIFC, à l’instar du Nairobi International Financial Centre (NIFC, Kenya), ainsi que les places financières de Kampala (Ouganda) et Dar es Salaam (Tanzanie) .


Reste que pour le moment, le pays des Mille Collines mobilise toutes ses forces pour séduire les investisseurs étrangers et rien ne semble vraiment entraver sa proactivité dans le domaine de la finance, caressant l’idée se tailler bientôt une place dans des marchés émergents. Ce qui n'a pas manqué de susciter l’enthousiasme d’Étienne Giros, président du Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN) : « Le Rwanda exerce une certaine fascination auprès des milieux d’affaires français [ ... ]. Je peux témoigner du fait que le deal flow y a fortement augmenté [ ... ]. Ce pays, pourtant petit de par sa superficie par rapport à beaucoup d’autres États africains, est en train de réussir son processus de développement économique. Il y existe une stabilité gouvernementale ; le droit des affaires est respecté ; la lutte contre la corruption est permanente. En somme, l’atmosphère est très "business-friendly" [ ... ]. Je pense que les entreprises françaises devraient s’engager davantage dans des projets d’implantation au Rwanda ».


 

Par Harley McKenson-Kenguéléwa




 

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