• Harley McKenson-Kenguéléwa

Relation France-Chine : Quelle stratégie de partenariat, profitant au développement de l’Afrique ?

Mis à jour : mai 3


Bien que l’on puisse être tenté de croire que la montée en puissance de la Chine et son désir — avéré ou non — de peser dans les affaires économiques de l’Afrique soient un présage de nouvelles tensions avec le partenaire historique qu’est la France, le fait que ces deux puissances envisagent de nouer une alliance tripartite, incluant le continent africain , constituerait indéniablement des opportunités d’échanges, de développement et de croissance au bénéfice de tous.

C’est dans cette perspective que s’est tenu un webinaire sous le thème " Un partenariat Chine/France pour l'Afrique ? ", modéré par Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre français et président de la Fondation Prospective et Innovation, auquel ont participé Lionel Zinsou (ancien Premier ministre du Bénin et fondateur de la société panafricaine de conseil financiers & d'investissements SouthBridge Group), Sun Jiwen (ancien ambassadeur de Chine au Gabon) et Étienne Giros (Président Délégué du Conseil français des investisseurs en Afrique).

Pour mieux comprendre cet axe Paris-Pékin, le webzine CEO Afrique, qui a visionné cette e-conférence, a analysé les forces qui pourraient favoriser leur rapprochement et a évalué les perspectives de développement des relations commerciales franco-chinoises sur le continent africain.



« Ce n’est l’intérêt de personnes d’abandonner l’Afrique, sans lui donner les moyens et les perspectives qu’elle peut attendre pour son propre développement [ ... ]. Que ce soit sur le plan économique et social ou celui de la sécurité et sur l’ensemble des grands sujets du moment, on voit bien qu’une grande partie des enjeux se jouent aujourd’hui sur le continent africain ».


C’est par ces mots que Jean-Pierre Raffarin, ancien premier ministre français et président de la Fondation Prospective et Innovation, a entamé son discours inaugural lors du webinaire intitulé " Un partenariat Chine/France pour l'Afrique ? " qui s’est déroulé le 13 janvier 2021. Malgré des agendas et des orientations stratégiques différents, voire divergents, la Chine, la France et l'Afrique partagent néanmoins un intérêt commun : la volonté de contribuer au développement économique du continent africain, une approche qui pourrait faire émerger une nouvelle dynamique dans leur coopération.

Alors que l’influence économique française en Afrique, et particulièrement dans les pays francophones, est en perte de vitesse, l’Empire du Milieu adopte quant à lui une toute autre stratégie, réussissant à s’établir rapidement dans la région en dépit de la faiblesse de ses liens historiques avec celle-ci. Toutefois, les deux pays ont tout à gagner à mettre à profit leur complémentarité.

À l'origine, chacun des acteurs agit selon ses objectifs nationaux, en fonction de leurs propres intérêts économiques. La volonté de rapprochement de la Chine et avec l’Afrique est perceptible dans les années 2000, notamment par l’augmentation significative des investissements dans les infrastructures de transport. En effet, diversifier ses sources d’approvisionnement était devenu est un impératif, étant donné que la demande d'énergie s'accroissait à mesure que la prospérité s'étendait progressivement dans le pays et que la consommation augmentait. De ce fait, ce géant asiatique a inséré l’Afrique, un continent riche en ressources naturelles, dans un titanesque programme d’intégration économique en mettant sur pied la " Nouvelle Route de la Soie ", un réseau d’infrastructures portuaires, ferroviaires et terrestres — construit à partir du bassin méditerranéen — qui la relie au reste du monde, en vue d’assurer une meilleure circulation des biens de consommation.


L’intérêt chinois pour l’Afrique n'est pas quelque chose de récent; ce qui attire depuis peu une attention considérable, c’est la portée des opportunités de croissance externe que la Chine offre à ses entreprises dans cette région du monde qu’elle considère comme vitale. Cette initiative a suscité une certaine inquiétude dans les milieux d’affaires français installés sur le continent, qui ne l’ont pas perçu comme un atout à exploiter, mais davantage comme une menace potentielle grave, pesant directement ou lourdement sur les intérêts hexagonales en Afrique. En effet, l’Élysée ne peut pas ignorer que, depuis plusieurs années, la Chine est devenue le partenaire privilégié d’un bon nombre de pays africains en écoulant sur leur marché des biens de consommation ou des produits industriels à des prix défiant toute concurrence et s’engageant dans d’ambitieux projets d’infrastructures. Grande pourvoyeuse de fonds, elle a participé, par exemple, aux projets de construction du siège de l'Union africaine (UA), à Addis-Abeba, de la route nationale 1 (RN1) reliant Brazzaville à Pointe-Noire au Congo, du "Barrage de la Renaissance" en Éthiopie, des lignes ferroviaires Abuja-Kaduna au Nigeria, Nairobi-Mombasa au Kenya, ou bien Addis-Abeba-Djibouti etc ...


« La Chine s’est beaucoup engagée, ces dernières années, dans le développement des infrastructures en Afrique. On y a construit des routes, des chemins de fer etc... Cela est très important pour le développement d’une économie » souligne Sun Jiwen, ancien ambassadeur chinois au Gabon.



Les investissements directs chinois sur le continent ont grimpé à 5,4 milliards de dollars en 2018, contre 145 millions en 2005. La croissance spectaculaire de ces flux s’es