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Dollar, yuan, euro, cryptodevises ... Faut-il craindre une guerre des monnaies ?

Dernière mise à jour : 21 févr.


Plans de relance économique tous azimuts, dépréciation des monnaies, augmentation de la masse monétaire mise en circulation ... Tous les ingrédients sont réunis pour que se crée une guerre des changes. Alors que le yuan chinois cherche à briser l’hégémonie du dollar, il convient de s’interroger également sur la place de l’euro dans ce système monétaire international en plein ébullition, d’autant plus que l’on assiste à l’émergence de devises digitales des banques centrales.

" Rivalité Euro/Yuan/Dollar : la nouvelle guerre des monnaies " : Tel a été le thème du webinaire organisé le 7 Avril dernier par la Fondation "Prospective et Innovation", auquel ont participé Christian Noyer (gouverneur honoraire de la banque de France), l’investisseur David Baverez, Michael Block, (directeur général d’Adit Ventures) et l’économiste Jean-Paul Betbeze ; modéré par l’ancien premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, et le directeur général de la Fondation Prospective et Innovation, Serge Degallaix.

Le webzine CEO Afrique, qui a visionné cette e-conférence, s’est penché sur les risques éventuels de ces tensions monétaires, sur la base des interventions de panélistes.



« Cette guerre — peut-être une guerre froide — a commencé par des droits de douane et s’est ensuite développée sur le terrain technologique et monétaire, ce qui nous montre bien que les États-Unis s’inquiètent beaucoup de l’émergence de la Chine et que la nation N°2 se verrait bien à la place de la nation N°1 [ ... ] ». C’est par ce chapitre introductif que l’ancien premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, a ouvert la conférence organisée par la Fondation Prospective et Innovation, dont il est le président.


Durant une grande partie du XXème siècle, la rivalité politique entre les États-Unis et la Chine fut l’un des vecteurs principaux de la Guerre de Corée, la Guerre du Viêtnam ou la première crise du détroit de Taïwan. Aujourd’hui, cet affrontement s’est déplacé sur le terrain technologique, économique financier et monétaire.


Aux États-Unis, le premier volet du méga-plan de relance doté 1.900 milliards de dollars — baptisé "American Jobs Plan" — prévoit de financer la modernisation des infrastructures de transport (routes, ponts, ports, aéroports, trains), en vue de créer des emplois locaux. Un deuxième volet — dénommé "American Families Plan"— qui contiendrait une enveloppe de plus de 1.000 milliards de dollars, aura pour objectif, s’il est adopté, de soutenir un programme axé sur la garde d’enfants, les congés payés et la gratuité de certaines universités. Ces sommes astronomiques — du jamais vu depuis la période du "New Deal" mis en place par le président de l’époque, Franklin Delano Roosevelt — expose clairement les prérogatives de la Federal Reserve System [ ou FED : Réserve fédérale des États-Unis, NDLR). Nul ne doute que la banque centrale du pays fait marcher à plein régime la planche à billets, au risque d’injecter un excès de masse monétaire par rapport à la quantité de biens existant dans le circuit économique. De par cette surabondance artificielle de capitaux, le dollar pourrait se déprécier plutôt que s'apprécier dans un avenir proche, soutenant par la même occasion les exportations et la croissance des États-Unis. À ce titre, le président Joe Biden caresse aussi l’idée de mieux lutter face la concurrence chinoise.


Justement, du côté de l’Empire du Milieu, l'activité économique bat son plein quasiment sur tous les fronts, avec quelques chiffres à donner le vertige, si l’on en croit les dernières données économiques émises par les autorités locales : un PIB en hausse de 18% au 1er trimestre, en comparaison avec le début de l’année 2020, lorsque l’économie était paralysée par la pandémie de Covid-19 , et un excédent commercial qui a grimpé de 690% !


David Baverez, investisseur français installé à Hong Kong, apporte son éclairage et ses enseignements, quant à l’interprétation des plans de relance de part et d'autre :


« Alors que les Etats-Unis cherchent à construire des routes et des autoroutes, la Chine veut éviter les investissements non productifs et a décidé d’allouer environ 25% de son budget aux infrastructures liées à la révolution digitale et environnementale, par exemple l’accélération de la 5G, l’Internet des objets et le mix énergétique où les énergies renouvelables vont remplacer le charbon [ ... ]. Ces deux approches font non seulement ressortir une opposition quantitative, mais aussi une opposition de philosophie. En Occident, on relance l’économie par la relance de la consommation. En Chine, c’est l’inverse : c’est la relance de l’économie qui va tirer la relance de la consommation [ ... ] ».


Les autorités chinoises tablent désormais sur une croissance de 6% cette année, mais devront tenir compte des facteurs géopolitiques de tension internationale (surtaxation par l’ancienne administration Trump des produits importés depuis la Chine, maintien des droits de douane par l’administration Biden, interdiction d’importation aux États-Unis d’un certain nombre de produits fabriqués au Xinjiang etc.... ).

Il faut aussi garder à l’esprit que la Banque centrale chinoise a adopté pendant très longtemps une stratégie délibérée de dévaluation compétitive, faisant tomber le yuan à un niveau très bas, afin de booster les exportations du pays.


Pour sa part, la Banque centrale européenne (BCE) a récemment maintenu ses trois taux directeurs à leur plus bas historique. Autrement dit la plupart des banques commerciales situées dans les pays membres de la zone euro seront amenées à pratiquer des taux d’intérêt faibles sur les prêts octroyés aux clients.


Hypothétiquement, cette quête de la compétitivité entre grandes puissances pourrait conduire la FED à entretenir un flux permanent d’achats massifs de yuans afin de maintenir le dollar à un niveau bas. Inversement, la banque centrale de Chine serait tentée de se procurer en excès des billets verts qui deviendraient de facto plus chers que le renminbi (nom officiel du yuan), ce qui aboutirait à une instabilité économique mondiale et à une trop forte inflation, voire une hyperinflation.


« Le président de la banque centrale de Chine a récemment alerté sur le risque énorme de bulle financière en Occident [ ... ]. Une chose est certaine, Il y a de l’inflation dans les plans de sauvetage aux États-Unis. La Chine, quant à elle, est beaucoup plus consciente de ce risque inflationniste » rapporte David Baverez.


De son côté, Michael Block, directeur général d’Adit Ventures, met l'accent sur « l’accord historique entre la Chine et l’Europe portant sur les investissements », permettant entre autres une plus grande ouverture du marché chinois aux entreprises européennes, mais craint que cet engagement jette davantage de l’huile sur le feu, quant à la guerre commerciale qui sévit entre l’Empire du Milieu et le pays de l’Oncle Sam, ce qui attiserait parallèlement les risques de guerre monétaire. D’autant plus que « les États-Unis perçoivent la Chine comme étant une nation qui veut s’imposer à tout prix et q’il n’existe pas véritablement de climat de confiance ».


Le cours euro/dollar ne va pratiquement pas bouger. La Chine, quant à elle, a arrêté de dévaluer sa monnaie et s’apprête à la réévaluer




Mais force est de constater que les États-Unis aient déjà prôné "une détente", bien avant l’entrée en fonction de l’administration Biden, en retirant la Chine de la liste noire américaine des nations soupçonnées de manipuler le cours de leur monnaie et le nouveau locataire de la Maison blanche semble poursuivre dans ce sens.


Par ailleurs, il apparaît que les acteurs concernés aient consenti de manière tacite à des compromis, avec la volonté générale de ne pas "manipuler" le cours de leur monnaie.


« On voit bien que le taux de change de l’euro aujourd’hui est identique à celui constaté il y a 20 ans ; on a un cours euro/dollar qui ne va pratiquement pas bouger sur toute cette période. La Chine, quant à elle, a arrêté de dévaluer sa monnaie et s’apprête à la réévaluer » fait remarquer Jean-Paul Betbeze.


Pour sa part, David Baverez indique que « la raison pour laquelle les Chinois ont peur de l’inflation des biens et services réside dans le fait que l’inflation des actifs en l’occurrence l’immobilier a été la source de troubles sociaux. C’est cela que Pékin veut absolument éviter. La Banque Centrale de Chine a déclaré que la masse monétaire, cette année, ne doit pas augmenter de plus de 10 à 15% [ ... ] » .


Il convient de mentionner que les vingt-sept États membres n’ont pas encore mis en œuvre le plan de relance et de soutien de l'économie européenne, doté d’une enveloppe de 750 milliards d'euros. Une nuée de milliards qui, si à contrario étaient versée à l’infini dans ces économies, feraient déprécier progressivement l’euro.


La montée en puissance du yuan chinois


Le yuan tire sa force de ses relations économiques qu’il entretient avec ses principaux partenaires et est devenu une monnaie incontournable sur les marchés internationaux. En termes strictement quantitatifs, le nombre du Renminbi désormais libellé en RMB — détenu par des banques centrales étrangères s'est accru, passant de près d’1% en 2016 à environ 2% de réserves de change mondiales, selon les données du rapport publié par le Fonds monétaire international.

Alors que le yuan a grimpé n’occupait en 2012 que le treisième rang des devises les plus utilisées pour les paiements internationaux, il est devenue la huitième monnaie la plus échangée au monde.


L’Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), regroupant dix pays d'Asie du Sud-Est — l’Indonésie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande, le Brunei, le Vietnam, le Laos, la Birmanie et le Cambodge — est une aubaine pour son plus grand partenaire commercial que représente la Chine, au motif que l’utilisation du yuan dans les échanges économiques transfrontaliers serait appelée à s’intensifier . Mieux encore : Le gigantesque projet de "Nouvelle Route de la Soie de la Chine", qui liera l’Asie, l’Europe et l’Afrique via la construction de réseaux routiers, ferroviaires et maritimes, donnerait un coup d'accélérateur décisif au déploiement du renminbi et légitimerait les opérations commerciales libellées dans cette monnaie chinoise à l’échelle mondiale.


Autre signe de l’internationalisation du yuan : le MSCI Emerging Markets, un indice phare dédié aux marchés émergents, créé par la société américaine de services financiers MSCI (anciennement Morgan Stanley Capital International) qui met à l’honneur les actions chinoises dites de "classe A", cotées sur les bourses de Shanghai et de Shenzhen, dont les valeurs libellées en renminbi.



Une intégration d’autant plus appréciée des investisseurs internationaux que les obligations d'État chinoises sont déjà inclues dans les indices internationaux "Bloomberg Barclays Global Aggregate" et "JP Morgan Government Bond-Emerging Markets". De plus, elles intégreront bientôt l'indice "World Government Bond Index" (WGBI), l'un des indices obligataires les plus suivis en ce qui concerne la dette souveraine.


Par ailleurs, plusieurs pays africains utilisent déjà le yuan comme monnaie de règlement et de réserve, au côté de leur monnaie nationale, à l’instar de l’Angola, Zimbabwe ou le Nigeria.


Le poids économique de la Chine constituerait surtout l’un des facteurs clés de succès du renminbi.


« Tout dépendra de l’égalité des PIB, croissance comparée, entre les États-Unis et la Chine. Hier, on pensait que le PIB de l'un serait rattrapé par le PIB de l'autre en 2040. Mais tout ceci a été remis en cause par la crise de la Covid-19 qui a affecté davantage l’économie américaine. Par conséquent, l’égalité de ces deux PIB serait atteint dans trois, cinq ou dix ans, à condition qu’il y ait rattrapage de la croissance chinoise évaluée autour de 5%, par rapport à la croissance américaine estimée à 2% » observe Jean-Paul Betbeze


Le dollar, une suprématie de plus en plus contestée, mais toujours indétrônable


Déjà en Août 1971, la fin du système monétaire international, défini lors de la conférence de Bretton Woods en 1944, se traduisit par l'inconvertibilité du dollar en or. Fin août 2018, le ministre fédéral allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, suggérait la création d’un nouveau système interbancaire de paiements internationaux qui serait géré par les Européens, en remplacement de l’actuel réseau SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication), considéré comme une arme géopolitique au service des Etats-Unis, une initiative qui permettrait de s’affranchir de la tutelle du dollar, selon le haut diplomate. En Août 2019, l’ancien gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mark Joseph Carney, avait vivement recommandé que les banques centrales se coordonnent en vue de mettre en place leur propre monnaie de réserve de remplacement.

À noter l’accord conclu entre la Banque centrale de la Fédération de Russie et celle de la Chine, en vertu duquel ces institutions sont tenues de réduire drastiquement leur dépendance vis-à-vis du dollar. Alors que près de 90% du commerce bilatérale était encore réglée en dollars jusqu’en 2015, le billet vert n’a été utilisé que dans environ 45% des transactions au profit du yuan ou du rouble au cours des cinq dernières années, si l’on en croit les données statistiques de la Banque de Russie. Parallèlement, l’Empire du Milieu déploie à l’heure actuelle une diplomatie dynamique, anticipative et proactive à l’égard des pays du Golfe, comme en témoignent les récentes négociations en vue de conclure un accord de libre-échange avec cette région du Moyen-Orient, ce qui devrait accroître un peu plus l'influence du renminbi dans le monde, tout en cherchant faire valoir le petroyuan et, de ce fait, ébranler la domination du dollar.


 

Lire aussi : Chine - États-Unis : un air de guerre froide


 

Toutefois, une sortie immédiate du dollar du panier des monnaies de réserve mondiales est quasiment nulle. Les États-Unis demeurent la première puissance économique mondiale, un pays que les investisseurs considèrent digne de confiance.


« [ ... ] Il faut prendre en considération le poids économique, politique, diplomatique, militaire et juridique, avec l’extraterritorialité du droit américain, du fait de l'utilisation du dollar américain dans des transactions internationales » précise Jean-Paul Betbeze.


Le billet vert est encore très majoritairement utilisé dans les transactions commerciales effectuées à travers toute la planète. Ajouté à cela , le fait que la pléthore de titres obligataires émises via le Trésor américain sont à l’origine de l’omniprésence du dollar dans les coffres des institutions monétaires, chez les pays détenteurs — Chine , Japon, Royaume-Uni, Irlande, Luxembourg, Brésil, Suisse, Belgique etc.... — , s’élevant au total à environ 30% des 25 trilliards de dette US. L'appétit des investisseurs pour les bons du Trésor américains demeure un facteur de soutien pour le dollar.


Au premier abord l’euro semble être le seul concurrent potentiel du dollar.


« [ ... ] Une zone monétaire doit être dotée d’ infrastructures, de capacités technologiques, avoir un poids dans le commerce mondial, dans l’investissement international etc... les États-Unis répondent déjà à ces critères , mais la zone Euro les possède tout autant.. Aucun autre pays ne présente les caractéristiques qui lui permettraient aujourd’hui de s’aligner au stade de cette compétition monétaire. Le Japon et la Suisse sont un peu trop petits ; le Royaume Uni est hors course [ ... ] » observe Christian Noyer.


Toutefois, afin que l’euro puisse un jour détrôner le dollar, il faut considérer une augmentation substantielle du poids économique de la zone euro qui n’est pour le moment "que" la troisième puissance économique mondiale, derrière les États-Unis et la Chine, soit respectivement « des PIB de 13 trillions, 21 trillions et 14 trillions de dollars » selon les données communiquées par Jean-Paul Betbeze au début de la webconférence. De plus, l'économie de l'Union européenne doit reposer sur des pays membres aux perspectives beaucoup plus intégrées et uniformes.


Devises numériques : les banques centrales entrent dans la danse


L’apparition des cryptomonnaies, à l’instar du bitcoin ou du projet Diem (ex-libra) initié par Facebook, suscite beaucoup d'interrogations quant à leur pertinence et leur bénéfice. Nombreux sont les experts et spécialistes qui convergent vers l'idée selon laquelle ces cyberdevises ne sont pas près de bousculer l’ordre monétaire mondial.


« Les cryptomonnaies constituent des actifs sans fondement, sans base solide, avec un volume de transactions qui demeure peu élevé, et ce , basé pour l'essentiel sur de la spéculation pure [ ...]. Par exemple, le bitcoin ne repose ni sur l'existence d'obligations étatiques , ni sur la crédibilité d’une banque centrale qui dispose d’ un véritable statut ; c’est quelque chose purement fabriqué. Il s’agit simplement d’un actif et non d’une monnaie ou une vraie réserve de valeur ; le bitcoin peut s’effondrer tout d’un coup. Je ne suis pas convaincu qu'un avenir resplendissant s'ouvre aux cryptomonnaies » affirme sans ambages Christian Noyer.


Michael Block fait plutôt entendre une voix discordante, estimant que « le Bitcoin a déjà été adopté par plusieurs institutions financières aux États-Unis, à l’instar du gestionnaire d’actifs BlackRock. La cryptomonnaie ne va pas disparaître de sitôt. Je pense qu’il faille l’accepter et l’intégrer dans les usages ; il faudrait juste la réguler ».


 

Article connexe : Cryptomonnaie en Afrique : effet de mode ou véritable révolution financière

 

Ironie du sort : ce sont désormais les banques centrales qui se lancent les projets de devises virtuelles : crypto-dollar (USA), e-rouble (Russie), Britcoin (Royaume Uni), LBCOIN (Lituanie), e-couronne (Suède) Sand Dollar (Bahamas), e-peso (Uruguay), e-franc (Suisse),

e-hryvnia (Ukraine) etc... À la différence des cryptomonnaies qui fonctionnent dans un système décentralisé, où seule la spéculation est le maître mot, les monnaies digitales des banques centrales, en tant que véritable outil de souveraineté, favoriseraient la stabilité financière. Un pays comme la Chine, qui a déjà mis en oeuvre son crypto-yuan à titre expérimental dans les villes de Shenzhen, Chengdu, Suzhou et Xiong’an, y verrait bien un moyen de contourner le réseau interbancaire SWIFT , un instrument de coercition dont se servent souvent les États-Unis pour appliquer des sanctions financières à l’égard d’un pays lambda.


« Les États-Unis ont tendance à étendre leur juridiction au delà de leurs propres frontières, eu égard au fait que la plupart des transactions sont réglées en dollars, et ce en dehors du territoire nord-américain. Il y a une volonté de la part de certains pays d’ échapper à cette hégémonie du dollar et, surtout, aux sanctions américaines » analyse Christian Noyer.


 

par Harley McKenson-Kenguéléwa

 


Tags :


guerre monétaire ; guerre des monnaies ; guerre des changes ; La guerre des monnaies : la Chine et le nouvel ordre mondial ; économie internationale , rcep ,

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