• Harley McKenson-Kenguéléwa

Démocratie & Gouvernance : Comment renforcer l’engagement citoyen en Afrique ?

Mis à jour : mai 16


Le déficit démocratique croissant dont souffrent la plupart des pays d’Afrique représente un problème épineux, ce qui engendre un fort sentiment d’éloignement entre les citoyens et leur sphère politique dans cette partie du monde.

Pour cette raison, lors d’un webinaire intitulé " L’évolution des démocraties, des gouvernances et de l’État de droit en Afrique " qui s'est tenu le 11 Février dernier, plusieurs intervenants, parmi lesquels, Nathalie Delapalme (Directrice exécutive de la Fondation Mo Ibrahim), Abdou Block (ex ministre des affaires étrangères de Djibouti), Marie-Reine Hassen (ancienne ministre déléguée aux Affaires étrangères de Centrafrique), Thomas Dietrich (journaliste et écrivain français), Hatem Ben Salem (ex-ministre de l'Éducation et de la Formation de Tunisie), Nadia Nahman (Cheffe de cabinet et porte-parole du Président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée), Mario Giro, ancien vice-ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale) et Didier Acouetey (PDG du cabinet de recrutement AfricSearch), ont identifié des pistes de solutions sur les meilleures voies menant à l'ancrage d'une démocratie pérenne et stable au bénéfice des peuples.

Le webzine CEO Afrique, qui a visionné cette e-conférence, a décrypté le sens de cet idéal démocratique, porteur de valeurs fortes autour de l’éthique, la morale, les droits humains et l’exigence.




Sur un continent africain marqué par une profonde aspiration chez les populations à des États de droit et des modes de gouvernance sains, efficaces et transparents, force est de constater que le processus de démocratisation y est long, souvent irrégulier et semé de nombreux embûches, avec une dynamique de pouvoir qui varie selon les pays, les gouvernements, voire les sensibilités politiques. Contestée, détériorée ou altérée, la tenue d'élections tout aussi libres, régulières et pacifiques est devenu une chimère aux yeux des votants et les scrutins présidentiels laissent systématiquement peu de place au suspense.


« Nous avons constaté, à travers les différentes éditions de l’indice Mo Ibrahim, une insatisfaction, un désintérêt et une défiance croissante des populations africaines et de la jeunesse en particulier à l’égard des gouvernements [ .... ]. On peut considérer que cette génération est sacrifiée : elle est pratiquement dénuée de tout perspective économique et a le sentiment d’être désappropriée de toute décision politique » rapporte Nathalie Delapalme, directrice exécutive de la Fondation Mo Ibrahim.


Une observation qui a donné l’occasion à Emmanuel Dupuy, président de l'Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE), de rappeler que « que nous en sommes désormais au 134ème coup d’état sur le continent [ ... ]. L’Île Maurice, le Botswana, le Cap-Vert font partie des rares pays les plus vertueux, figurant dans le dernier baromètre de l’indice de bonne gouvernance Mo Ibrahim ».



L’ancien ministre tunisien de l’Éducation et de la Formation, Hatem Ben Salem, souligne pour sa part la longue suite de rancœurs et de frustrations de la population, exprimées notamment par la jeunesse dans son pays :


« [ ... ] Aujourd’hui, la Tunisie est une vraie démocratie, une démocratie certes handicapante, compliquée et ruineuse, mais réelle. Les changements politiques de 2011 ont été portés par les jeunes tunisiens. Mais cette jeunesse a été totalement écartée de la participation à la construction de ce modèle démocratique qu’est la Tunisie » .


De son côté, l’ancienne ministre déléguée aux Affaires étrangères de Centrafrique, Marie-Reine Hassen, évoque les maux qui rongent la RCA et provoquent des situations d'instabilité :


« Le credo du MESAN [Mouvement pour l'évolution sociale de l'Afrique noire, NDLR] — un parti fondé par le père fondateur de la République centrafricaine, Barthélemy Boganda — se déclinait en : " Nourrir, Loger, Vêtir, Soigner et Instruire" . Ces objectifs primaires, précisés dans les cinq verbes, n’ont pas été atteints [ ... ]. Le système éducatif centrafricain est extrêmement fragile, voire presque inexistant. De ce fait, la jeunesse, peu éduquée et peu formée, n’a jamais pris l’habitude de prendre en main la gestion citoyenne de l’économie de son pays et est constamment éloignée de la politique [ ... ]. Le mode de gouvernance, calqué sur le modèle néo-patrimonial, a complètement écarté les jeunes. Comment peut-on envisager, pour cette jeunesse sans outil intellectuel, la possibilité d’incarner un jour une nouvelle génération de femmes et hommes politiques éclairés, aptes à administrer leur pay