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Destination d’affaires : Maurice, une petite Île qui joue dans la cour des grands

Dernière mise à jour : 6 juin


L’Île Maurice multiplie les atouts pour l’accueil des investisseurs étrangers. Mais les succès économiques indéniables ne doivent pas cacher les faiblesses structurelles, auxquelles le gouvernement devra s'attaquer rapidement. Au cours d’un forum d’affaires organisé le 18 Mai dernier à Paris, l’agence de promotion des investissements EDB Mauritius a fait découvrir aux participants les avantages d’investir dans ce pays de l’Océan indien. Le webzine CEO Afrique, qui a assisté à cet événement, offre un tour d’horizon de l'environnement des affaires de l’Île Maurice.


Port-Louis, capitale de l'Île Maurice



« [ .... ] La paix, l’harmonie, l’hospitalité, la diversité, la stabilité, la sécurité etc ... Tous ces qualificatifs sont intimement associés à l’Île Maurice. Notre pays est à la fois un endroit attrayant et propice pour les investissements et le business ; il est aussi connu pour son hospitalité légendaire et son art de vivre inégalable » .


Personne ne songerait à remettre en question ces mots d’ouverture prononcés par S.E.M. Vijayen Valaydon, ambassadeur de l’Île Maurice en France, lors du forum d’affaires organisé le 18 mai dernier par l’agence de promotion des investissements EDB Mauritius (Economic Development Board Mauritius) — au sein du prestigieux hôtel Le Brun, situé dan le 5ᵉ arrondissement de Paris — , eu égard au fait que la très bonne réputation, dont cette "Perle de l’Océan indien" jouit déjà depuis fort longtemps auprès des voyageurs d’affaires et des touristes de loisir, n’est plus à démontrer. C’est donc le grand retour de la "destination Maurice" qui conserve son pouvoir d’attraction. Après quelques années de profil bas — contexte de crise sanitaire mondiale oblige — l'agence EDB Mauritius s'est lancée dans une campagne de marketing et de communication en Europe, notamment en France, dans un périple de 10 jours qui les a mené successivement à Nice, Marseille, Bordeaux, Lyon et bien entendu Paris.


Pour quiconque a posé le pied à l’Île Maurice au cours des dix dernières années, ce cliché sur la présence exclusive de plages de sable paradisiaques n’est plus qu’un pur fantasme. Derrière cette image de carte postale, se cache en réalité le décor plus reluisant d’une économie qui a connu une forte croissance sur une longue période, avec aujourd’hui un PIB/habitant de l’ordre de 8 600 dollars américains, si l’on jette un rapide coup d’œil aux statistiques de la Banque mondiale, et gagnant par la même occasion le statut de pays à revenu intermédiaire supérieur.


De l’ouverture de cette île au monde , la Cybertour d'Ébène (appelée également "Tour Shri Atal Bihari Vajpayee", en l’honneur de l'ancien Premier ministre indien) est un symbole évident. Situé à 15 kilomètres au sud de la capitale Port-Louis, ce bâtiment, à l’architecture high-tech, est devenu le miroir de la modernité de l’Île, reflétant en quelque sorte le dynamisme économique d’un pays doté d’une superficie de 2 040 km² — moins grande que celle du département français des Yvelines — et accordant une importance accrue aux nouvelles technologiques, faisant comprendre immédiatement aux visiteurs que le temps où l’activité économique reposait autrefois sur la canne à sucre est désormais révolu.


« L’Île Maurice est souvent citée en exemple dans le monde entier comme une nation qui a su se forger un destin à partir de presque rien, car elle ne dispose pas de ressources naturelles, poursuit S.E.M. Vijayen Valaydon. Aujourd’hui, le pays est reconnu et respecté pour sa réussite et son dynamisme [ ... ]. L’État a surtout joué un rôle de facilitateur en termes de cadre légal, fiscal, administratif et incitatif pour favoriser le développement et l’expansion des entreprises mauriciennes et étrangères ».


Dorénavant, l'économie mauricienne repose principalement sur le secteur tertiaire, représentant plus 70 % du PIB, avec une dominante pour les services financiers, et le secteur du tourisme e& de l'hôtellerie constituant environ 24 % . La part de l’agriculture dans le PIB est estimée à 3% et le secteur industriel contribuerait à hauteur de 20 % de cet indicateur.


L'Île Maurice a enregistré un taux de croissance annuel moyen de 3,8 % sur la période 2010- 2018, mais a marqué le pas avec une chute vertigineuse de 14,2 % en 2020, sous l’effet de la crise mondiale liée à la pandémie de Covid-19.


« Face à la crise sanitaire, l’économie mauricienne a démontré une très forte résilience. La pandémie et l’impact de la guerre en Ukraine, ayant engendré une augmentation du prix du pétrole et ses conséquences sur le pouvoir d’achat , nous ont incontestablement amené à repenser notre modèle économique et à l’adapter aux nouveaux enjeux » relativise S.E.M. Vijayen Valaydon.


L'horizon semble toutefois s'éclaircir. Dans ses dernières Perspectives de l'économie mondiale (World Economic Outlook), le Fonds monétaire international (FMI) relève les projections de croissance de l'économie nationale , tablant sur un taux de croissance de 6,1 % cette année 2022, ce qui permettrait au pays de retrouver très largement son niveau de richesse pré-coronavirus.


Les meilleurs atouts de l'attractivité de l'économie mauricienne


Peu de nations au monde peuvent se prévaloir de distinctions émanant d’institutions ou d’organismes internationaux, en l’occurrence l’Île Maurice : pays le mieux classé en Afrique dans l'indice de compétitivité mondiale du Forum économique mondial ; meilleur pays du continent africain concernant la facilité de faire des affaires (selon les derniers rapports "Doing Business", établis par la Banque mondiale, mesurant la réglementation des affaires) ; économie la plus "libre" d’Afrique selon l’indice de liberté économique 2022 (publié par le think tank américain Heritage Foundation) ; l’indice de développement humain le plus élevé d’Afrique sur le continent en 2021 ; pays le plus performant d’Afrique en matière de gouvernance (d’après le Indice Mo Ibrahim 2019) ; 2ème sur les 54 pays d’Afrique — derrière le Botswana — concernant l’Indice mondial de perception de la corruption pour l’année 2021 (établi par l’ONG Transparency International) etc .... Les études d’autres grands cabinets de conseil placent systématiquement, à quelques exceptions près, l’Île Maurice dans le tiercé de tête africain en matière d’attractivité économique, assez loin en tout cas devant les autres nouveaux pays d’Afrique. En ce qui concerne ses obligations financières, il y a lieu de retenir que l’Île Maurice est le seul pays d'Afrique à se voir noté "Baa2" par l’agence de notation Moody's , c’est-à-dire soumis à un risque de crédit modéré — juste derrière le Botswana (A3) — , conforté ainsi dans sa conviction d'être un modèle de développement sur le continent africain et l’Océan indien.


 

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Cette réussite ne doit évidemment rien au hasard. Le cocktail de l’attractivité mauricienne contient tous les ingrédients classiques qui s’offrent aux investisseurs. À commencer par la qualité des infrastructures de transport aménagées sur le territoire national. Le réseau routier de l'Île est plutôt bien développé. L'aéroport international Sir Seewoosagur Ramgoolam, situé sur la plaine Magnien à 48 km au sud-est de Port-Louis, offre des installations de qualité et autres commodités, adaptées aux besoins des touristes et voyageurs d’affaires. Le succès de cette plateforme vient également d’une offre aérienne régulière qui permet de relier d’autres destinations africaines considérées comme "business-friendly", à l’instar de Johannesburg (à 4 heures d’avion), Cape Town, Nairobi, Dar es Salaam, Antananarivo et Victoria (Seychelles). Pour Heerun Ghurburrun, conseiller économique auprès de l’Ambassade de Maurice en France (et également responsable de la branche parisienne de l’Economic Development Board Mauritius ), Maurice dispose d’ailleurs d'une "attractivité naturelle " : sa position géographique stratégique. Son insularité est compensée par la diversité de l’offre aérienne proposée — Air Mauritius, British Airways, South African Airways, Lufthansa, Austrian Airlines, Emirates, Turkish airlines, Kenya Airways — qui donne l’occasion aux passagers de joindre à tout moment l’Europe ou l’Asie en toute facilité. Le Métro Express, quant à lui, dessert entre autres Port-Louis, Beau Bassin, Rose-Hill et Quatre-Bornes, et s’est enrichi récemment de nouvelles stations : Saint-Jean, Trianon et Phoenix. La compagnie Metro Express Limited ne compte pas s’arrêter là. Elle travaille déjà sur un prolongement de la ligne vers la ville de Curepipe, située presque au centre du pays.


« Le métro "léger", qui a été lancé il y a près d’un an et demi, est parfaitement opérationnel » s’enthousiasme Heerun Ghurburrun.


En deuxième lieu, les autorités mauriciennes sont parvenues à ajouter un peu de piment dans cette recette de l’attractivité en se dotant d’un régime fiscal attrayant, favorable aux investisseurs étrangers.


« L’Île Maurice n’est pas un paradis fiscal, martèle François de Senneville, partner de Head Africa Group chez Fieldfisher, insistant sur l'importance d'opérer un distinguo. Pour qu’un pays soit considéré comme un paradis fiscal, il faut qu’on n’y applique aucune taxe et que le régime soit opaque [ ... ] ». Une assertion qui fait écho au retrait de l’Île Maurice, en Décembre 2021, de la liste noire des juridictions financières de l’Union européenne, en matière de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Pour les investisseurs étrangers, il s’agit d’une aubaine extraordinaire dont il est possible de bénéficier, ce qui leur donnera l’occasion de participer à des grands projets locaux, notamment immobiliers et infrastructurels.


« La fiscalité à l’Île Maurice est souple, très avantageuse et très simple. On a un taux de 15%, que ce soit l’impôt sur les sociétés ou l’impôt sur les revenus, commente pour sa part Françoise Chan, directrice exécutive d’ Intercontinental Trust Ltd . Il est important de souligner que la législation fiscale ne prévoit aucun impôt sur les dividendes et sur les plus-values. De même, les droits de succession sont inexistants » .



Mais les investisseurs ne regardent pas uniquement la fiscalité avant de mettre sur pied leur projet. Parmi les avantages comparatifs de taille, on cite fréquemment le multilinguisme assez répandu chez une grande partie des habitants — français, anglais, créole mauricien, bhojpuri, hindi — un critère apprécié des investisseurs avisés, pour qui les rencontres d’affaires et les dialogues seront, le cas échéant, amplement facilités. D’une manière générale, les autorités récoltent aujourd'hui les fruits d'une stratégie visant à faire le pari de l'éducation, permettant à l’île de devenir un réservoir de compétences, au point que le taux d'alphabétisation des adultes atteigne 91,3%.


« Des ressources humaines de qualité sont indispensables pour développer un pays. J’ai été agréablement surpris de voir que les jeunes mauriciens sont très bien formés. Bien souvent, beaucoup d’entre eux ont fait des études à l’étranger. Cela constitue une garantie pour les investisseurs qui envisagent de s’implanter à l’Île Maurice » observe Rémy Mabillon, fondateur du cabinet de gestion de fortune & patrimoniale Necker Gestion privée.


Un autre atout non négligeable de l’Île Maurice aux yeux des entreprises internationales : l'intégration régionale. Le pays fait pas partie intégrante du COMESA [ Common Market for Eastern and Southern Africa : Marché commun de l'Afrique orientale et australe, NDLR ]. Elle est également membre du SADC [ sigle de l'anglais Southern African Development Community : Communauté de développement d'Afrique australe, NDLR ]. Il a aussi rejoint en 1982 la COI (Commission de l'océan Indien) aux côtés des Seychelles, de Madagascar, des Comores et de la France (au titre de La Réunion). De plus, nombreux récents accords commerciaux internationaux — zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA), accord de libre-échange Maurice-Chine (ALE), accord global de coopération et de partenariat économiques (CECPA), accord de partenariat économique entre le Royaume-Uni et l’Afrique orientale et australe (ESA) avec l’Inde — revêtent une signification de première importance, ce qui donne l'avantage sur un bon nombre de pays de ne pas être liés à un seul bloc et d'être une plaque tournante commerciale à l’échelle mondiale.


 

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Constat plus pertinent encore, le fait que l’Île Maurice soit une véritable démocratie parlementaire doublée d’une vraie maturité politique. Chaque élection ne suscite aucune inquiétude parmi les investisseurs internationaux, qui peuvent miser sans risque sur le positionnement pro-business des gouvernants, quelles que soient les sensibilités politiques.

« Maurice est une grande démocratie. Il y a des élections au suffrage universel tous les 5 ans. Malgré les alternances, la politique économique reste identique, ce qui a le mérite d’apporter de la protection à vos investissements » assure Heerun Ghurburrun.


La sécurité, c’est aussi un point de satisfaction et l’un des biens les plus précieux des Mauriciens. Rémy Mabillon, fondateur du cabinet de conseil en investissement "Necker Gestion privée", témoigne :


« À Maurice, vous pouvez aller au cinéma, vous balader à 9h30 du soir, vous rendre à votre voiture au sous-sol d’un parking ; il ne vous arrivera rien du tout [ ... ] ».


Afin de renforcer son attractivité, l’Île Maurice choisit de bétonner ses instruments de politique économique, en mettant en place des programmes d’investissement très ciblés, censés répondre au priorités opérationnelles du moment. Parmi ceux-ci, on peut citer entre autres le "Food Processing Scheme", le "Sme's refund Scheme for export", le "Freight Rebate Scheme", le "Film Rebate Scheme", le "Smart City Scheme", le "VAT Refund Scheme", le "Speed to market Scheme", le "Regulatory Sandbox Licence", "l’Export Credit Insurance Scheme", le "Mauritian Diaspora Scheme" et la "Global Headquarters Administration License".


Un argument de poids, et pas des moindres, l’existence d’un véritable dispositif d’incitation à l’expatriation, décliné en plusieurs volets : un programme pour les investisseurs, un autre destiné aux entrepreneurs indépendants ou aux professionnels, et un troisième visant les retraités. Pour pouvoir prétendre au programme "investisseurs", il faut réaliser un investissement minimum de 45 000 euros et réaliser un chiffre d’affaires cumulé de 250 000 euros. Le Visa Premium fait aussi partie de la palette de dispositifs et de mesures mis en place.


À noter que plusieurs régimes immobiliers — Property Development Scheme, Smart City Scheme (SCS), "Appartements R+2" ( immeuble de 2 étages), Invest Hotel Scheme" (IHS), Integrated Resort Scheme (IRS), Real Estate Scheme (RES ) — ouvrent automatiquement la voie à l'obtention d’un permis de résidence, sous réserve du respect de certaines conditions, dont la valeur minimum d'achat du bien immobilier.


Le secteur immobilier, un catalyseur essentiel de l’économie mauricienne


On assiste à une accélération de la montée en gamme de l’économie nationale, avec un haut niveau de spécialisation dans certains domaines. Les secteurs vers lesquels les autorités locales veulent faire orienter les investissements à l’Île Maurice sont ceux de l’immobilier, les Smart Cities, l’industrie créative, l’agroalimentaire, le secteur manufacturier, le commerce en ligne, les transports & la logistique, le numérique & les nouvelles technologies, les énergies renouvelables, les soins de santé, l’éducation et les industries relevant directement du milieu marin. Bien entendu, c’est l’immobilier qui reste un secteur clé.


« Le secteur immobilier est en plein essor à l’Île Maurice, il s’agit principalement l’immobilier commercial, de bureau et résidentiel [ ... ]. Le Property Development Scheme permet aux étrangers d'acheter une maison, un appartement ou un terrain à bâtir en bénéficiant d'avantages fiscaux [ ... ]. Il n’y a ni de taxe foncière, ni de taxe d’habitation ; les frais se limitent à des droits d'enregistrement de 5 % » précise Sachin Mohabeer, directeur de la branche "Real Estate & Hospitality" à l'Economic Development Board Mauritius.


Mikaël Le Luron, responsable du marketing chez ENL Property, va plus loin dans l'analyse :


« Chaque année, près de 45 000 m2 de bâtiments s’ajoutent à ceux déjà construits à l’Île Maurice. À l’heure actuelle, le marché de la location de bureaux, c’est à peu près 750 000 mètres carrés de surface. Normalement, d’ici trois ou quatre ans, le pays devrait atteindre 1 million de m2 de bureaux louables [ ... ]. De plus en plus de promoteurs immobiliers font du "grade A" , c’est-à_dire l’équivalent d’un "5 étoiles" — par analogie avec les standards hôteliers — . La même chose est effectuée au niveau des bureaux et, plus globalement, à celui de de l’immobilier commercial. On assiste aussi de plus en plus à l’émergence d’espaces de coworking, adaptés aux télétravailleurs ».


Le marché de l’immobilier fait surtout apparaître une augmentation spectaculaire du nombre des projets de Smart City, parmi lesquels le "Bouchon Smart City" (issue d’une joint-venture entre SIT Land Holdings Ltd ) — une filiale de Sugar Investment Trust — et Curzon Holdings Mauritius Limited), le "Rivière-des-Anguilles Dam", le "Smart & Happy Village de Cap Tamarin", la smart-city de Moka (initié par le groupe ENL) , la Montebello Smart-City ( lancé par MaxCity Properties et HV Holdings).


Jyoti Jeetun, CEO du groupe Mont Choisy insiste, pour sa part, sur la nécessité d’engager une réflexion profonde et exhaustive avant de s’implanter dans une "ville intelligente" :


« Il est vrai que l’Île Maurice est un petit pays, mais chaque région a sa propre spécificité : À l’est, se trouvent l’Île aux Cerfs, la plage de Belle Mare, les grandes vagues, l’océan ... Sur la côte nord-est, est conçu le projet immobilier résidentiel, hôtelier et de loisirs Azuri. Le Sud séduit davantage par sa nature abondante [ ... ]. L’Ouest présente de belles pages, une pléthore de restaurants, des parcours de golf, des marinas. Au centre, se développe le grand projet Moka Smart City. Bien entendu, le Nord est occupé par le village de Grand Baie, la plage de Mont Choisy, beaucoup de restaurants et d’écoles, des cliniques etc .... Il faudra donc au préalable visiter et examiner chaque région, de telle sorte à identifier examiner les composantes de la qualité de vie ou les atouts en termes d'investissements, en fonction vos propres besoins et attentes [ ... ] ».



Le développement spectaculaire du secteur de l’immobilier est largement lié à l’existence d’un arsenal juridique très complet et efficient, assurant une protection maximale du patrimoine, qui puise ses fondements dans les systèmes juridiques français et anglais de l’époque, au 19ème siècle.


« Le droit immobilier mauricien opère dans un cadre juridique hybride, sécurisant et protecteur, un mérite qui revient à Charles-Mathieu-Isidore Decaen, ancien gouverneur de "l’isle de France" [ ancien nom de l'Île Maurice, NDLR ] de 1803 à 1810. Lors de la capitulation de la France devant la Grande Bretagne, ce général a pu faire le tour de force de retenir le droit français qui prévalait à l’époque, dont est issu le code civil mauricien actuel. Pour preuve, l’article 544 du code civil français, stipulant que quiconque a le droit de jouir et disposer de sa propriété de la manière la plus absolue, est rigoureusement identique à celui du code civil mauricien. Entre-temps, les Britanniques ont ajouté à notre système juridique la "Common law". De ce fait, l’article 8 de la constitution de la République de Maurice garantit dès lors le droit à la protection contre l'expropriation, sauf pour cause d'utilité publique, moyennant une juste compensation » explique Me Étienne Sinatambou, notaire et avocat.


Autre grand secteur en vue pour les investisseurs étrangers à l’Île Maurice : celui des services financiers. On ne compte plus les fonds d’investissement, banques, startups FinTech et assurances qui se ruent vers la pays pour y implanter une filiale .


« Le réseau bancaire est très développé. On y trouve des établissements prestigieux tels que HSBC ou Standard Charted Bank. Toute personne peut détenir un compte bancaire multidevise et rapatrier ses fonds sans aucune restriction [ ... ]. L’absence de contrôle de change, l’existence d’un réseau bancaire sophistiqué et la mise en application d’une politique fiscale attrayante font que l’Île Maurice est devenue un centre financier international de renom » rapporte Françoise Chan.


Ajouté à cela, le fait que l’Île Maurice déploie sans relâche, depuis des années, des efforts pour développer le secteur numérique & des nouvelles technologies, à travers le "Digital Mauritius 2030 Strategic Plan", et offrir une meilleure connectivité, avec notamment les câbles "SAFE" (acronyme de South Africa - Far East), "LION" (Lower Indian Ocean Network), "METISS" [ MEltingpoT Indianoceanic Submarine System, un câble sous-marin opérationnel depuis Mars 2021 qui relie par fibre optique l'île Maurice, la Réunion, Madagascar et l'Afrique du Sud, NDLR ] et "MARS" (Mauritius and Rodrigues Submarine Cable).


 

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Un autre projet de câble sous-marin, le "T3 Submarine Cable System" est en cours d'étude, afin de relier l’Afrique du Sud à Maurice. Il n'est pas étonnant que le taux de pénétration internet s’élève à 72.2 %, selon le portail "Internet World Stats", très largement au delà de la moyenne africaine (43,1%).


Une présence française très diversifiée


La France et Maurice marchent quasiment main dans la main sur le plan économique et commercial, avec 815 M€ d’échanges enregistrés en 2019. Selon les données de COMTRADE (Commodity Trade Statistics Database), l’Hexagone constitue le deuxième client de l’Île (11,4% des exportations), derrière l’Afrique du Sud (11,8%) et devant le Royaume-Uni (10%), les États-Unis (9,7%) et Madagascar (6,8%). Elle représente son cinquième fournisseur, derrière la Chine (16,6% des importations), les Émirats Arabes Unis (12,3%), l’Inde (9,5%) et l’Afrique du Sud (7,7%).


En termes d'investissements directs étrangers (IDE), la France n’est pas en reste, avec une présence hexagonale estimée à plus de 200 implantations, filiales ou représentations — soit près de 30% de la totalité des IDEs réalisés dans le pays — au demeurant extrêmement diversifiée. Pour certains poids lourds, comme Intermart, Super U , GIFI, Decathlon, XEFI, Orange Business Services ou Intelcia, l’Île Maurice est déjà connue.


« La France est le 1er investisseur à Maurice, représentant le tiers du flux des IDE. Elle regorge également le premier contingent de personnes étrangères qui acquiert des biens immobiliers, développe des activités ou fait du tourisme sur place » affirme Heerun Ghurburrun.


De surcroît, l’Île Maurice possède avec la France un accord de non-double imposition pour éviter de pénaliser les entreprises et les travailleurs, quels que soient leurs statuts.


Plus globalement, on recense plus de 5000 ressortissants français vivant à Maurice et 35% des touristes qui visitent l’Île provienne de l’Hexagone, si l’on croit l’EDB Mauritius.


Des fragilités économiques et sociales


Pour autant, l’Île Maurice a devant elle d'importants défis à relever. Même si les perspectives du FMI demeurent bonnes pour 2022, les effets de la crise liée à la pandémie de COVID-19 et plus récemment le conflit entre l'Ukraine et la Russie ont impacté les entreprises locales et notamment leur activité. La Chine, les Émirats Arabes Unis, l’Inde, l’Afrique du Sud, la France, l’Espagne et l’Allemagne figurant parmi ses principaux fournisseurs, les autorités demeurent très attentives à la situation économique de leurs partenaires. Car si les PIB des pays cités venaient à ralentir brutalement, l’Île Maurice en subirait immédiatement les conséquences. Pour l'heure, c’est la hausse des prix — carburant, denrées alimentaires, médicaments, matériaux de construction, habillement — qui inquiète les milieux d'affaires sur place, ce qui pourrait réduire drastiquement le niveau de la consommation intérieure et a provoqué récemment la colère des populations.


En plus de cette dépendance extérieure, les détracteurs les plus ardents pointent du doigt le fait qu’une grande partie des investissements directs étrangers (IDE), emportés par la fièvre bâtisseuse à l’œuvre sur tout le territoire national, ne s’appuient que sur un seul secteur d’activité, en l’occurrence l’immobilier. D’autant plus que le niveau de ces IDE n’a pas vraiment varié durant les dix dernières années : Selon les chiffres de la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement), le montant des IDE s'élevait à 589 millions d’USD en 2012 pour dégringoler à 293 millions d’USD en 2013. En 2014, il était de l’ordre de 456 millions pour descendre à nouveau à 216 millions en 2015. En 2016, il s’élève à 379 millions d’USD pour bondir à 480 millions d’USD en 2017, et stagner à 461 millions d’USD en 2018. Ensuite les investissements étrangers ont chuté vertigineusement passant de 471 millions d’USD en 2019 à à 246 millions d’USD en 2020, en raison de la crise économique liée la pandémie de Covid-19. Compte tenu des atouts structurels variés et des dispositifs incitatifs performants, on serait tenté de penser que le potentiel d’investissement étranger du pays est manifestement sous-exploité.


L’Île Maurice n’est plus un pays low-cost





L’économie mauricienne doit donc se garder des chocs extérieurs, une légitimité de ces inquiétudes que semblent avoir pris conscience les autorités : Sur les grands chantiers de la vision stratégique s’étalant jusqu’à 2030, le gouvernement ambitionne de passer à un stade de développement avancé, se traduisant par la nécessité de diversifier davantage son économie et transformer avec une plus forte valeur ajoutée des productions classiques. Si le fait de monter en gamme est devenu une nécessité absolue pour la pays, l'objectif n'est pas hors de portée.


« Il est évident que l’Île Maurice n’est plus un pays low-cost. Nous allons apporter de la valeur ajoutée, introduire de l’innovation dans l'ensemble des secteurs de l'économie [ ... ]. Nous avons également réalisé que nous devons tirer pleinement profit des potentialités de l'économie bleue. L’Île Maurice dispose d’une zone économique exclusive de plus de 2 millions de km² ; il y a beaucoup de choses à faire au sujet d’une exploitation efficiente des ressources de l'océan. Concernant les Smart cities, nous mettons l’accent sur le développement durable, la préservation de l’environnement, la transition énergétique et climatique, les meilleures pratiques d’urbanisation et des solutions de mobilité répondant à ces défis » détaille Heerun Ghurburrun.


Malgré les écueils évoqués beaucoup plus haut, l’Île Maurice est perçue — par rapport aux standards africains — comme une "success story" , où une certaine stabilité économique a été atteinte, où le pays a su tirer le meilleur parti de son insularité.


 

Par Harley McKenson-Kenguéléwa


 

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