Le Gabon se rêve en nouveau hub d’affaires pour les investisseurs étrangers

Dernière mise à jour : 24 août


Le Gabon ambitionne de devenir un centre d'attraction de premier plan des investissements internationaux. Son potentiel de croissance est très élevé, mais l'environnement des affaires a besoin d'être amélioré. Pour ce faire, cet État d’Afrique centrale veut mettre l'accent sur le développement de ses infrastructures et souhaite diversifier son économie en dehors des matières premières. Des décideurs politiques, représentants de fonds d’investissement et chefs d’entreprise ont fait valoir leur argumentation lors d’un atelier intitulé "Investir au Gabon" — organisé le 23 Juin dernier par le CIAN (Conseil des Investissements en Afrique) et le quotidien "l’Opinion", dans le cadre du Forum Afrique qui s'est tenu au Novotel Paris Centre Tour Eiffel — , un événement que le webzine CEO Afrique a visionné en ligne.




C’est à 27 kilomètres de Libreville, capitale administrative du Gabon — tout proche de la ville de Ntoum — que la Zone économique spéciale de Nkok, dotée d’une superficie avoisinant les 1400 hectares, a commencé à s’ouvrir, dès le 10 Octobre 2012, aux entreprises affichant de belles perspectives en termes de croissance. Les efforts menés depuis cette date, sous l'impulsion du partenariat public-privé entre l’État gabonais, la société singapourienne OLAM International et l’institution financière panafricaine Africa Finance Corporation, ont permis d'accueillir 86 opérateurs économiques de nationalités différentes (France, Chine, Malaisie, Singapour, Inde etc ...), parmi lesquels Rougier Gabon, Wood Tech et Starply Gabon, offrant à ces investisseurs des incitations fiscales et des exonérations de TVA durant un certain nombre d’années.


« La Zone économique spéciale de Nkok est un parc industriel multisectoriel, avec une forte dominante sur les secteurs du bois, de la sidérurgie, la chimie et bien d’autres domaines. Cette zone est certifiée "neutralité carbone", une première en Afrique centrale ! » a indiqué son administratrice générale, Anne Nkene Biyo'o.


Soucieux de pouvoir faciliter le désenclavement des régions intérieures du pays, les autorités publiques s'attellent à mettre en œuvre d’autres projets de création de zones économiques spéciales (ZES) : la ZES de Franceville et la ZES d’Ikolo lancée au cours de l’année 2021.


L'engouement des investisseurs étrangers, séduits par le potentiel de croissance de ces zones spéciales et particulièrement celui de la ZES de Nkok, est révélateur de l’attrait que suscite le Gabon. Certes, c’est un tout petit pays de par sa superficie, avec un micro-PIB de 15,59 milliards de dollars en 2020 (selon les derniers chiffres de la Banque mondiale), et l’apparition de la pandémie de COVID-19 n’a pas arrangé les choses, plaçant le gouvernement devant des difficultés de croissance de l’économie nationale. Mais le Gabon n'en attire pas moins en ce moment l'attention des entreprises internationales en quête de nouvelles opportunités d’investissement, d’autant plus que le Fonds Monétaire International (FMI) rehausse légèrement ses perspectives de croissance, soit 2,4 % pour l’année 2022.


Le Gabon veut désormais faire de l'accueil des investissements directs étrangers (IDE) sa marque de fabrique. Le stock d’IDE a presque triplé de 2013 à 2019 et leur croissance a été constante tout au long de cette période, passant de 4,712 Mds de dollars 12,2 Mds USD, selon les données de la CNUCED (Conférence des Nations Unies pour le Commerce Et le Développement). La France, la Chine, le Maroc et Singapour font partie des principaux pourvoyeurs d'IDE.


Les points forts de l'attractivité gabonaise


La capacité de ce pays à attirer et retenir des investissements étrangers repose sur plusieurs facteurs, avec en premier lieu une situation de calme et de relative stabilité politique qui y prévaut. En effet, le Gabon apparaît comme un havre de paix pour les investisseurs internationaux dans une sous-région d’Afrique centrale où certaines poches géographiques sont parfois en proie à des turbulences.


Parmi les autres atouts les plus fréquemment cités, on relève notamment l’abondance de ressources naturelles. « Le Gabon est le 7ème pays producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne. Il est également le premier producteur mondial de manganèse à haute teneur et le deuxième pays producteur au monde de contreplaqué, s’enthousiasme Hugues Mbadinga Madiya, ministre de la Promotion des Investissements et des Partenariats Publics Privés, chargé de l’amélioration de l’environnement des affaires. La stratégie suivie repose sur deux grands pôles : D’une part, le cluster minier Moanda - Franceville situé à l’Est, avec 7 millions de tonnes de minerai de manganèse en 2021. Nous avons pour ambition de produire 10 millions de tonnes dans les prochaines années ; d’autre part le pôle pétrolier se trouvant à l’Ouest du territoire, où l’on a pu produire plus de 73 millions de barils de pétrole en 2020 ».


 

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Ces déclarations font écho aux propos de Leod Paul Batolo, administrateur directeur général de COMILOG (Compagnie minière de l'Ogooué), un complexe industriel basé à Moanda, constituant la tête de pont de ce secteur très prometteur des matières premières au Gabon :


« La vision de COMILOG est de s’affirmer comme un acteur de référence sur la scène internationale. La société est devenue le premier producteur mondial de manganèse, tout en respectant les standards de sécurité et les normes environnementales les plus exigeants du métier. En matière de qualité, elle a obtenu cette année la certification SMI (Système de management intégré). Nous affichons clairement notre volonté de produire 10 millions de tonnes de manganèse à l'horizon 2025 [ ... ] ».



Un enthousiasme partagé par Alain Claude Bilie-By-Nze, ministre de l’Énergie et des Ressources Hydrauliques, qui, pour sa part, met l’accent sur le rôle de l’État agissant en sa qualité de facilitateur et de régulateur, en vue de la mise en place d'un environnement incitatif pour le développement du secteur de l’énergie, eu égard aux gigantesques besoins en la matière :


« [ ... ] Le secteur de l'énergie se caractérisait encore par l’existence d’une situation de monopole, il y a quelques années. L’ État a donc décidé de révoquer ce monopole et d’ouvrir le secteur à des producteurs indépendants dans un marché libéralisé, aux fins d'une concurrence accrue et plus impartiale dans les domaines des énergies renouvelables, du solaire ou de l’éolienne [.. ]. Le Gabon a un potentiel hydroélectrique estimé à 6000 mégawatts. Plusieurs projets sont déjà engagés, à l’instar du barrage hydroélectrique de Ngoulmendjim, la centrale hydroélectrique de Dibwangui et le barrage hydroélectrique Kinguélé-Aval. Nous sommes à la recherche d’investisseurs qui puissent prendre des participations au capital de projets dédiés à la production, le stockage, le transport et de la distribution d'électricité [ ... ]. Nous envisageons également accroître la part du gaz dans notre mix énergétique ».


Mais plus que jamais, les autorités prennent pleinement conscience que l'abondance de ressources naturelles ne suffit pas à assurer le succès économique. Ce constat est d’autant plus vrai que l’économie nationale a été fortement impacté par la chute du prix du pétrole et la baisse de la demande du brut en 2020, année au cours de laquelle le coronavirus est apparu.

 

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Le Plan stratégique Gabon Émergent (PSGE) est assez explicite : développer une économie compétitive portée sur le développement et la diversification des secteurs d’activité (hors hydrocarbures), de telle sorte que le pays soit moins dépendant des exportations et, surtout, mettre sur pied des filières agricoles, industrielles & tertiaires de substitution aux importations. L’apparition de la pandémie de Covid-19 et le conflit russo-ukrainien ont fait apparaître et mis à jour certaines faiblesses structurelles de l'économie gabonaise, notamment dans le domaine agricole, auxquelles le gouvernement compte remédier sans tarder.


« La plupart des denrées alimentaires sont importées et notre dépendance à l’égard de l’Ukraine concernant le blé est évidente. L’ État a été contraint d’effectuer des dépenses publiques à hauteur de 6 milliards de francs CFA, dans le cadre de la loi de finances rectificative, consacrées à subventionner les prix du pain au Gabon. Cela requiert une réflexion approfondie, de notre côté, sur la possibilité de remplacer les farines de blé importées par des farines locales telles que celles issues du manioc ou du gari. On pourrait, dans un premier temps, confectionner du pain à partir d'une composition mixte, comprenant par exemple 70% de farine de manioc et 30% farine de blé. Notre stratégie s’appuie entre autres sur le développement de la culture du palmier à huile. Nous misons également sur l’exploitation de bananes plantains [ ... ]. C’est la valorisation de notre agriculture qui permettra d’agir contre l'insécurité alimentaire. Nous voulons en faire un premier levier de diversification et de moteur de la croissance, mais surtout un premier gisement d’emploi » explique Yves Fernand Manfoumbi, ministre du Commerce et des Petites & Moyennes Entreprises.


Le gouvernement a donc décidé de transformer les faiblesses locales en atout économique et s'appuyer sur la présence d’autres ZES. Fort de la Zone économique spéciale de Nkok, il s’est engagé à créer des ZAP ( Zones Agricoles à forte Productivité) aux quatre coins du pays, avec des secteurs d’attribution bien définis : la production de porc, de poulet de chair, de maïs et de soja pour la ZAP d’Andem ; la production de bananes plantains, de manioc, de produits maraîchers pour la ZAP de Kango et la ZAP de Bifoun-Abanga ; la production de manioc, d’arachide et de produits maraîchers pour la ZAP de Mboukou ; et la production de riz, de manioc, d’arachide, de bovin et de caprin pour la ZAP d’Idemba .


 

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Combler les immenses besoins de financement


Qu’on ne s’y trompe pas, l’intérêt grandissant des investisseurs internationaux pour le Gabon ne suffit pas à rivaliser avec l’afflux de capitaux et d'investissements vers l’Afrique du Sud, l Égypte ou le Nigeria, trois destinations qui restent globalement plus attractives sur le continent africain, si l’on croit les différents rapports annuels de la CNUCED (Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement) ou ceux de Partech Africa. Pour justifier ce relatif "attentisme" des investisseurs, les détracteurs les plus ardents n’hésiteront pas à pointer du doigt la faiblesse du marché intérieur (2,3 millions de consommateurs) et surtout l’insuffisance de construction d’infrastructures de transport susceptibles de rendre plus efficient le processus de développement économique, un écueil que le gouvernement s’efforce de vouloir surmonter assez rapidement, comme en témoigne le tout dernier projet ferroviaire. « Nous allons entamer un projet de construction d’une ligne de chemin de fer, reliant la localité d’Owendo à celle de Booué, qui améliora l’efficacité du process logistique [ .... ] » assure Hugues Mbadinga Madiya.



Cette initiative prendra forme, avec l’appui financer de RISE Gabon, un véhicule d’investissement qui va permettre d'accueillir les acteurs institutionnels étrangers intéressés par ce projet d'infrastructure. Emmanuel Leroueil, conseiller spécial du président gabonais, en charge des questions économiques & financières, apporte des précisions à ce sujet :


« RISE Gabon est un fonds d'investissement doté de 60 millions de dollars, qui compte parmi ses principaux actionnaires le Fonds Gabonais d’Investissements stratégiques (FGIS) et la Banque Islamique de Développement. L’objectif est de mobiliser des capitaux à long terme pour des projets structurants, nécessaires pour impulser le développement du Gabon. L'exemple de la filière bois montre que l’ensemble des exportations bois utilisent la voie ferroviaire construite en 1970, qui est désormais saturée, ce qui représente un véritable frein au développement du pays, d’où la nécessité de réaliser un projet de nouvelle ligne de chemin de fer [ ... ] ».


Akim Mohamed Daouda, directeur général du Fonds Gabonais d'Investissements Stratégiques (actionnaire de RISE Gabon), prend le relais :


« [ ... ] Le Fonds Gabonais d'Investissements Stratégiques (FGIS) joue un rôle de catalyseur pour la promotion de l'investissement étranger direct. Parmi ses principaux axes d'intervention, figure le financement des infrastructures de base, principalement l’énergie et l’eau. Une fois ces infrastructures mises en place, tout sera fait pour travailler en étroite collaboration avec l’écosystème de PME locales. À ce titre, "Okoumé Capital", filiale de la FGIS, a pour mission d’accompagner une centaine d’entreprises par an à travers du coaching, du mentoring et du financement [ ... ] ».

 

Harley McKenson-Kenguéléwa

 

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