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Créer son entreprise en République Démocratique du Congo, entre opportunités et défis


" EMERGING Ecosystems : République Démocratique du Congo " : Tel a été le thème du webinaire organisé le 8 Avril 2021 par le sommet Emerging Valley, auquel ont participé Jean-Louis Mbaka (co-fondateur & directeur de Kinshasa Digital Academy), Raymond Mendy (CEO de Silikin Village, Texaf Digital Campus), Berry Numbi (MD, coach au Centre d'Innovation de Lubumbashi) et Idriss Mangaya (Community Co-Lead de Lumumba Lab, LLab), modéré par Mohamed Touré (responsable du Pôle technologique & Transformation digitale chez Deloitte Afrique).

Que faut-il retenir de la découverte de cet écosystème entrepreneurial congolais ? D’une manière générale, l’esprit entrepreneurial est bien vivant et les choses avancent dans la bonne direction. Mais il subsiste encore une marge de progression non négligeable à réaliser. Sur la base des interventions des différents panélistes, le webzine CEO Afrique, qui a visionné cette e-conférence, a rassemblé de nombreuses données pour dresser un état des lieux de l’écosystème startup en RD Congo.




À l’instar de ce que l’on peut observer chez les poids lourds de l’économie africaine, l’effervescence de la création d’entreprise gagne également la République Démocratique du Congo et son écosystème start-up est en train de se structurer tout doucement.


« Il faut garder à l’esprit que la culture entrepreneuriale a toujours existé en RD Congo. Ce n’est pas quelque chose de nouveau, relativise Berry Numbi, coach au Centre d'Innovation de Lubumbashi. Ceci est lié aux caractéristiques démographiques de notre population, composée en grande partie de jeunes, dont la plupart ne parviennent pas à trouver un emploi, sont obligés de se débrouiller au jour le jour et deviennent des entrepreneurs "de fait" » .


La République Démocratique du Congo abrite plusieurs incubateurs, accélérateurs et espaces de coworking, accompagnant leurs différentes promotions de startups. Parmi les structures d’appui les plus actives, on trouve Kobo Hub, Ingenious City, Kivu Entrepreneurs, Lumumba Lab (LLab), le Centre d'innovation de Lubumbashi ou Kinshasa Digital Academy.



Silikin Village est le dernier-né des campus digitaux, basé à Kinshasa, appartenant au groupe TEXAF SA. Son directeur général Raymond Mendy, apporte un éclairage précis sur les enjeux dans ce gigantesque pays d’Afrique centrale :


« [ ... ] Beaucoup de PME et de grandes industries n’ont pas su percer ce plafond de verre pour poursuivre leur développement et ont tout simplement disparu, parce qu’elles n’ont pas pu s’adapter aux mutations économiques et sociales de nos sociétés. [ ... ] L’accompagnement est fondamentale ; les startups et les PME ont besoin d’être renforcées techniquement et stratégiquement pour pouvoir non seulement croître, mais aussi se développer, quitte à aller vers l’export ».


Autre atout qui mérite une attention particulière : la taille du marché intérieur qui offre aux entreprises des possibilités d’écouler abondamment leurs produits & services, même s’il faut reconnaître qu'une majorité des ménages congolais, qui parviennent à " vivre confortablement " ou disposant d’un pouvoir d’achat jugé " plutôt correct", restent concentrés principalement dans la ville de Kinshasa.


« Le marché de consommateurs est vaste ; il donne la possibilité aux entrepreneurs de croître rapidement et de faire émerger des champions nationaux [ ... ] » analyse Berry Numbi.


Pour sa part, Idris Mangaya, community co-Lead de Lumumba Lab (LLab), souligne l’importance du digital en tant que levier de développement entrepreneurial et se réjouit de l’élaboration du " Plan National du Numérique Horizon 2025 ", visant entre autres à développer la culture numérique dans toutes les couches de la population congolaise et à hisser le pays parmi les hub technologiques les plus en vue sur le continent, preuve selon lui que « les pouvoirs politiques commencent enfin à s’intéresser de près à l’instauration d’un véritable écosystème numérique ».


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Un faible de niveau de capital disponible


Les startups congolaises n'ont levé que 4,6 millions de dollars américains, occupant ainsi le treizième rang africain, très loin derrière leurs homologues au Nigeria (US$ 307 millions investis dans les jeunes pousses locales), au Kenya (US$ 305 millions), en Égypte (US$ 269 millions) ou en Afrique du Sud (US$ 259 millions), un bon nombre d’ investisseurs y préférant maintenir leurs investissements dans des startups bien établies.


Crédit image : ©Partech Africa



Derrière ce chiffre de US$ 4 millions, se cache une réalité tout aussi amère: il ne s’agit qu’une seule transaction, concernant la RD Congo !


Crédit image : ©Partech Africa



Des pistes de réflexion sur ces chiffres décevants ? Jean-Louis Mbaka, directeur de Kinshasa Digital Academy, note que la plupart des patrons de start-up s’engagent dans une course effrénée vers la levée de capitaux, aux point d'en oublier les fondamentaux, c’est-à-dire opérer des choix stratégiques pour déterminer quels sont les marchés de croissance et établir un modèle économique viable. Il vaudrait mieux, pour eux, de s’attaquer dans un premier temps aux marchés locaux pour écouler leurs produits et services, augmenter leurs ventes en volume et en prix (inhérent à la qualité de ces produits et services) et chercher à occuper durablement une position dominante sur leur segment de marché, le cas échéant.


« Je pense qu’une grande majorité de startups ne sont pas encore assez matures et devraient commencer par maîtriser véritablement la notion de "Product / market fit" [ajustement Produit / Marché, NDLR], avant de prétendre à des financements » soutient-il


Berry Numbi fait toutefois remarquer, en faisant entendre une voix discordante, qu’il existe « des solutions de financement spécifiques à chaque stade de développement d’une entreprise ». En effet, parmi les différents stades d’investissement, on peut distinguer les microcrédits ou les prêts d’honneur octroyés lors de la phase d’idéation (identification du problème à résoudre, création du concept, incubation du projet, analyse des conditions de succès sur le segment de marché ciblé etc...), les subventions et le Love Money résultant d’argent remis par des proches lors de la phase de création de la société (amis, famille, entourage, etc...), le capital d’amorçage (seed money, premières levées de fonds auprès de business angels ou family offices, prêts bancaires à proprement parler, preuve de concept, démonstration de faisabilité, financement de la R&D etc...) versé lorsque la société ne réalise peu ou aucunement de chiffre d’affaires, la levée de fonds en phase "d’Early Stage" (validation du business plan, atteinte d’une masse critique de clients, chiffre d’affaires significatif et ...) ou l’introduction en Bourse (Initial Public Offering).

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En somme, l’argent est bien présent, mais l’idéal est de prospecter davantage du côté des pays anglophones lorsqu’il s’agit de financer de gros projets d'envergure panafricaine ou internationale, à l’instar de l’Afrique du Sud, du Kenya ou du Nigéria où il existe une pléthore d’acteurs du capital-risque.


De son côté, Raymond Mendy met en exergue les stratégies de "sourcing " mal peaufinées, quant à l’identification des meilleurs projets :


« [ ... ] Nous devons nous poser la question de savoir si le profiling des entrepreneurs est bien effectué, si nous parvenons à discerner de vrais entrepreneurs, dotés d'idées les plus viables et "bankables". Avant de prétendre intéresser des investisseurs, un porteur de projet doit s’assurer de concevoir un Minimum Viable Product [ Produit minimum viable, NDLR ] ».


Le recrutement, un élément essentiel dans la vie des entreprises locales


La mise en œuvre d’une activité exige de solides compétences professionnelles. Le capital humain est donc aussi important que le capital financier. Pour Jean-Louis Mbaka, détecter et attirer les talents doivent faire partie des axes stratégiques de la politique de recrutement des entreprises locales, mettant l'accent sur l'identification de candidats aux profils variés, mêlant un subtil dosage de qualités personnelles et de savoir-faire résultant de leur expérience et leurs diplômes :


« Pour qu’une activité économique fonctionne normalement, il faut investir dans le capital humain, couvrant tout le processus dès la phase d’idéation, au début de la chaîne [ ...] ». Et va plus loin dans sa réflexion. « Il faut repenser tout le système éducatif congolais, de telle sorte qu'il puisse s’adapter aux besoins du marché du travail ».


Raymond Mendy abonde dans ce sens, n’hésitant pas à mettre en comparaison les écosystèmes entrepreneuriaux africains et européens pour mieux faire ressortir les disparités:


« En occident, l’âge moyen d’un entrepreneur est de 41 ans. Et à cet âge-là, on a déjà accumulé une certaine expérience professionnelle, gagné beaucoup d’argent et, surtout, placé cet argent en épargne. Une situation que l'on rencontre très peu dans nos écosystèmes africains où les jeunes sortent de l’école, parfois tardivement, sans apprentissage ou expérience professionnelle, et qui se retrouvent à entreprendre par dépit [ ... ]. Si nous nous remettons à ces concepts importés d’ailleurs, qui ne sont pas présents dans nos sociétés, nos jeunes entrepreneurs ne seront jamais en mesure de concrétiser leurs belles idées. Nous devons structurer davantage tous nos écosystèmes et les faire articuler autour de l’entrepreneuriat, le financement et la formation ».


Harley McKenson-Kenguéléwa


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