Congo-Brazzaville : Opération séduction pour attirer des investisseurs internationaux

Dernière mise à jour : 27 juil.


Le premier ministre de la République du Congo, Anatole Collinet Makosso, et plusieurs membres de son gouvernement étaient réunis le 26 Août dernier au siège de la Chambre de Commerce et d’Industrie de la région Paris - Île-de-France (CCI Paris Île-de-France) pour promouvoir l'attractivité économique de leur pays. Le webzine CEO Afrique, qui a assisté à la conférence, vous relate les moments forts de cet événement.


Pointe-Noire, capitale économique du Congo



« [ ... ] Nous sommes liés à la France par l’importance de ses investissements directs en République du Congo, qui ont non seulement gardé leur niveau, mais qui ont aussi le potentiel de se développer davantage. En reconnaissance de cela, nous avons choisi de venir ici à Paris pour nous adresser aux chefs d’entreprise, de telle sorte que le partage des bonnes pratiques, la coopération internationale et le développement des affaires puissent s’intensifier ».


Par ces mots dans le chapitre introductif de son discours, le chef du gouvernement congolais, Anatole Collinet Makosso, accompagné d’un bon nombre de ses ministres (ministre des zones économiques spéciales et de la diversification économique, ministre de la coopération internationale et de la promotion du partenariat public/privé, ministre du développement industriel et de la promotion du secteur privé etc ..), a tenu à transmettre un message clair devant son auditoire, dans l’enceinte de la CCI Paris Île-de-France : relancer l’économie nationale, dynamiser l'implantation d'entreprises étrangères, acquérir une bonne réputation auprès des investisseurs internationaux etc ...


Lors d’un récent webinaire organisé par le Comité d'Echanges Afrique-France (CEAF), des représentants du syndicat patronal UNICONGO (Union patronale et interprofessionnelle du Congo) et des Conseillers du commerce extérieur (CCEF) avaient lancé un cri d’alarme : Le Congo-Brazzaville perd de plus en plus en attractivité et peine à séduire les états-majors des multinationales. Le poids des prélèvements fiscaux, le "harcèlement" administratif dont les PME issus du secteur formel, ainsi que le coûts exorbitants et les longs délais de création d’une entreprise, figurent parmi les facteurs explicatifs de ce désamour avec les investisseurs étrangers.


 

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Au premier abord, ce constat alarmiste ne semble pas, curieusement, être confirmé par les chiffres bruts. Selon le Rapport 2021 sur l'investissement dans le monde de la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement), la République du Congo est l’un des très rares pays en Afrique à connaître une augmentation de ses Investissements Directs Étrangers (IDE) en 2020, soit une progression de 19 % par rapport à l’année précédente, pour atteindre 4,0 milliards de dollars, se permettant même d’être devant des pays sur le continent qui ont pourtant les faveurs des différents classements "Doing Business" établis par la Banque Mondiale, comme le Nigeria ( 2,4 milliards de dollars d’IDE), l’Éthiopie (2,4 milliards de dollars d’IDE) ou le Sénégal (1,5 milliard de dollars d’IDE).


Du point de vue des échanges bilatéraux entre la France et cet État d’Afrique centrale, Didier Kling, président de la CCI Paris Île-de-France, confirme cette tendance :


« [ ... ] En dépit de la crise sanitaire et du cours du pétrole qui ont eu des incidences sur l’économie mondiale, je suis heureusement surpris de voir que les investissements français au Congo se sont maintenus. C’est aujourd’hui un peu plus de 200 entreprises qui sont présentes dans ce pays [ ... ]. Nous entretenons déjà des relations de grande proximité avec notamment la CCIAM (Chambre de Commerce, d'Industrie, d'Agriculture et des Métiers) de Pointe-Noire, dirigée par Didier Mavouenzela, de manière à accentuer l’effort de nos relations d’affaires ».


Une analyse partagée par Jean-Baptiste Lemoyne, Secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, chargé du Tourisme, des Français de l'étranger et de la Francophonie, précisant au passage que : « le stock d’investissement direct français, au Congo, s’élève à 4 milliards d’euros. Nous ne devons pas nous arrêter en si bon chemin ».



En fait, lorsqu’on scrute de plus près les chiffres avancés par la CNUCED, il s'agit d'un effet en trompe-l’œil : les IDE globales sont massivement orientés vers le secteur pétrolier et, dans une moindre mesure, le domaine de la construction. À cet égard, l'histoire a montré que la quasi-totalité des pays africains, atteints du "syndrome hollandais" ou de la "malédiction des matières premières" — c'est-à-dire les États qui se sont spécialisés presque exclusivement sur l'exploitation de leurs matières premières, au détriment de l'émergence d'un véritable secteur manufacturier — , n'ont jamais réussi à amorcer réellement leur décollage économique.


 

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Partant de ces différentes constatations, il est légitime de se demander si le Congo-Brazzaville possède effectivement les atouts pour séduire. La réponse serait plutôt "oui", si l'on considère évidemment que ses points forts soient en mesure de compenser les handicaps répertoriés dans son environnement des affaires, évoqués plus haut. À commencer par la pléthore de ses secteurs porteurs peu explorés, parmi lesquels les énergies renouvelables, télécommunications, les mines, l’industrie du bois et, surtout, l’agriculture.


« [ .... ] La stratégie gouvernementale vise à diversifier l'économie hors pétrole pour garantir le développement de notre pays. Nous souhaitons, pour cela, bénéficier de l’accompagnement du secteur privé français pour ce pays. Au travers de cet accompagnement, nous voudrons tirer parti du potentiel de croissance élevé de nos secteurs d’activité. L’agrobusiness recèle de réelles opportunités, puisque plus 90% des terres arables du pays sont inexploitées. A la disponibilité de ces terres, il faut ajouter l’existence d’un vaste réseau hydrographique. Outre l’agriculture, la pêche, la pisciculture et l’élevage, la transformation des produits agropastoraux complète ces opportunités [ ... ]. Notre territoire nationale est aussi couvert à 60% de forêt et le nouveau code forestier propose un dispositif favorable aux potentiels investisseurs » énumère S.E.M Anatole Collinet Makosso, faisant aussi sans doute allusion aux différentes activités que l’on peut tirer de l’exploitation forestière, telles que l’industrie papetière, la menuiserie, l’industrie de l'emballage, la fabrication de meubles ou la production de charbon de bois.


Autre argument de taille qui a été soutenu lors de cette conférence : encourager les investisseurs à s’implanter dans l’une des quatre zones économiques spéciales que sont les ZES d'Oyo-Ollombo, de Ouesso, d'Ignié et de Pointe-Noire, des dispositifs qui offrent aux entreprises une combinaison d'incitations fiscales, de droits de douanes favorables et de procédures douanières simplifiées.


« [ .... ] Nous disposons aussi de zones industrielles et commerciales, avec des usines déjà installées. Tout a déjà été mis en œuvre pour faciliter l’implantation des investisseurs [ ... ] » assure le chef du gouvernement congolais.


Ce dernier a mis en exergue le positionnement géographique stratégique du Congo, Brazzaville se trouvant à proximité de Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo, un marché complémentaire fort de 17 millions de consommateurs dont bénéficient de facto les sociétés installées de l'autre côté de la rive, « deux villes séparées par un fleuve, dont la traversée ne dure que 5 minutes » selon les dires de l’homme politique.


Cet événement, organisé par la CCI Paris Ile-de-France, a été surtout l'occasion de découvrir une entreprise qui s’est implantée récemment au Congo, Geocarta, spécialisée dans l’imagerie du sous-sol et de traitement de données geo-référencées. « Le témoignage de son directeur commercial, Thomas Pitrat, montre bien les opportunités que regorge le Congo » se réjouit S.E.M Anatole Collinet Makosso. De même, l’entrevue du premier ministre avec Sabine Bartoli, directrice Générale de la société LCsys, fabricant des titres hautement sécurisés, ou le représentant de la société Thomson Broadcast, spécialisée dans la conception de systèmes de vidéo et d'imagerie numérique destinés aux professionnels des médias, illustre le fait que le Congo soit susceptible d'attirer des projets à très haute technicité.




 

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Enfin, le Premier ministre a expliqué que la volonté du gouvernement est d'attirer les talents de la diaspora congolaise pour contribuer de manière substantielle au développement du pays :


« Des facilités sont accordées à tous les primo-entrepreneurs, qu’ils soient nationaux ou étrangers, sous forme d’allègements fiscales ou de réduction de charges inhérentes au démarrage d’une entreprise. De plus, une nouvelle législation, conformément au droit OHADA, permet aux créateurs d’entreprise d’utiliser leur domicile comme siège social ».


Motiver les organismes de promotion économique


En réponse aux déclarations d’intention de SEM Anatole Collinet Makosso, le président délégué du CIAN (Conseil français des Investisseurs en Afrique), Étienne Giros, s’est montré enthousiaste sur les perspectives que peuvent apporter les entreprises hexagonales.


« Nous pensons, entreprises françaises, que le Congo est un pays disposant d’un potentiel gigantesque, avec les richesses de son sous-sol, l’existence d’un port en eau profonde qui est celui de Pointe-Noire, l’exploitation d’un réseau de chemin de fer et beaucoup d’autres atouts qui doivent nous inciter à investir dans ce pays ».



Tours jumelles, quartier Mpila à Brazzaville

Mais faire venir des entreprises dans un pays n’est pas qu’une question de demande. Il faut aussi donner envie aux investisseurs de s’y rendre. Selon le président délégué du CIAN, il ne ne suffit pas d’énumérer les avantages compétitifs du lieu d’implantation :



« [ ... ] Les chefs d’entreprise ont l'habitude de prendre des risques. Si leur business marche, ils gagneront de l’argent. Dans le cas contraire, ils perdront leur mise de départ. Ces principes s'énoncent comme la règle d'un jeu. D’une manière générale, les dirigeants de société ne sont pas affectés par un degré élevé d'aversion au risque. Les facteurs qu’ils jugent dissuasifs, ce sont l’instabilité de l’environnement des affaires, les écueils liés aux règles de changes, l’injustice dans l’application des lois ou le changement permanent des règles du jeu régissant le monde des affaires ».


 

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D'après Étienne Giros qui s’appuie sur son expérience de terrain, le premier poste d’amélioration concerne les administrations publiques elles-mêmes en charge de cette "promotion économique", certes impliquées dans ce type d’opération, mais sans s’aider d’une méthodologie appropriée. Le président délégué du CIAN propose donc de mentionner de manière plus détaillée, dans les cahiers des charges fournis par les pouvoirs publics locaux, les conditions d’engagement en termes de pré-analyse des dossiers de projet d’implantation au Congo :


« Vous pouvez utiliser nos organisations, telles que le CIAN, le MEDEF ou les Chambres de commerce, pour faire passer les listes de vos projets ou vos grands orientations économiques, de telle sorte que nous puissions nous tourner efficacement vers les entreprises issues des secteurs ciblés susceptibles d’être intéressées, afin de les inciter à s’implanter au Congo. Et de poursuivre, sous forme de recommandations et de principes directeurs qui faciliteraient la venue de potentiels investisseurs : Il est important, pour une entreprise qui décide d’examiner les potentialités du pays, d’avoir une facilité d’accès à quelques "portes d’entrée", c’est à dire soit une mise en relation avec une agence de promotion des investissements et/ou trois, voire quatre ministères qui pourront l’épauler, de manière à ce qu’elle ne soit pas livrée à elle-même, une fois arrivée sur place ».


Cette visite de travail, s'est conclue par la signature, en présence du Premier ministre Anatole Collinet Makosso, de l'ambassadeur du Congo en France, Rodolphe Adada, et de quelques membres du gouvernement congolais, d' une partenariat entre le ministère en charge de la Promotion du Partenariat Public-Privé, la société Eco Oil, le Club PPP MedAfrique de Paris et le Centre de Prospective pour le Développement (CEPROD). D'autres conventions ont été signées, par la même occasion avec des partenaires privés.



 

Par Harley McKenson-Kenguéléwa


 

 


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