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Capital-investissement : la longue marche des start-up africaines vers les sommets

Dernière mise à jour : il y a 6 jours


Pluie de milliards sur les pépites africaines, croissance explosive de leurs activités, intégration de plus en plus poussée de ces startups dans les marchés mondiaux etc ... Le regard des investisseurs se porte de plus en plus vers le Sud. Toutefois, il existe encore une large marge de progression, quant aux possibilités d’expansion et de consolidation de ces sociétés. Le rythme de progression des jeunes pousses africaines pourrait être fortement réajusté à la hausse dans les années à venir, à condition que les écosystèmes entrepreneuriaux locaux posent les jalons de plans d’action visant à examiner en profondeur les besoins spécifiques de ces start-up (ressources humaines qualifiées, ressources informationnelles, financement etc...), de telle sorte à faciliter de manière efficiente leur développement et leur pérennité.

" Market Expansions & Fundraising for Startup’s with Microsoft " : Tel a été l’intitulé de la session — dans le cadre de l’ Africa Tech Summit Nairobi 2022 — à laquelle ont participé plusieurs spécialistes du capital-investissement. Le webzine CEO Afrique qui a visionné cette e-conférence, a analysé les facteurs qui facilitent ou entravent la montée en puissance et l’expansion de ces start-up africaines à fort potentiel, sur la base des témoignages des intervenants.




Aux côtés des gros mastodontes issus de leur secteur, les start-up africaines enregistrent des cascades de records : 5,2 milliards de dollars de fonds levés en 2021, soit le triple de ce qu'ils étaient en 2020 (US$ 1,43 Md), si l’on en croit le rapport établi par Partech Africa. Il s'agit bien du meilleur score enregistré durant les trois dernières années, dépassant ainsi les chiffres de l’année 2020 et celle de 2019 (US$ 2,02 Md ), même s’il est vrai que la progression du montant des investissements dans les jeunes pousses sur l'année 2021 recouvre des disparités, avec une dominante pour les pays anglophones (Afrique du Sud, Nigeria, Kenya) et l’Égypte. Le vent semble donc tourner pour des pépites africaines telles que OPay, Andela ou Chipper Cash, réussissant dorénavant à signer des mégadeals qui relevaient auparavant du parcours du combattant pour une start-up lambda.

« [ ... ] Nous pourrions nous retrouver, au cours de l’année 2022, avec des chiffres avoisinant les 7 ou 8 milliards de dollars » se réjouit l’associé-fondateur du fonds d’investissement GreenHouse Capital (GHC), Bunmi Akinyemiju, se prêtant au jeu des prédictions.


Même son de cloche du côté d’Adebola "Debo" Omololu, co-fondateur & CEO de l’accélérateur GetFundedAfrica, estimant — sur la base des rapports établis par ses propres équipes — que : « le niveau des investissements dans les startups africaines se situera dans une fourchette comprise entre 8 et 10 milliards de dollars, à l’issue de l’année 2022 [ ... ]. Les écosystèmes entrepreneuriaux africains sont en train de se développer rapidement, parce que le volume du financement mis à la disposition de ces jeunes pousses double littéralement chaque année ».


Un enthousiasme partagé par Sam Wanjohi , fondateur de la start-up kényane Popote Payments — qui a développé un agrégateur de comptes bancaires et gestionnaire de budget — pour qui : « les entreprises africaines en phase d’early-stage peuvent désormais être potentiellement en mesure d’effectuer des levées de fonds en pré-seed (capital amorçage) ou en seed (premier tour de table), à travers les réseaux d’accompagnement locaux [ ... ]. On assiste au développement de toute une chaîne de valeur du capital-investissement, qui n’existait pas auparavant ».


Toutes ces observations font écho à la récente étude publiée par la société de conseil MAGNiTT : Après une année 2021 historique en termes de montants levés par la Tech africaine, 2022 démarre déjà sur les chapeaux de roue... Au cours du premier trimestre de cette année, les montants levés par l’African Tech sont à leur plus haut niveau depuis 2015, avec une hausse de 230% par rapport à la même période en 2021, atteignant ainsi 1,235 milliards de dollars, et un nombre de deals porté à 197.


 

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L'explication de cette envolée des investissements dans les start-up africaines réside en partie, depuis plus de vingt quatre mois, dans le déclenchement de la crise sanitaire liée à l'épidémie de COVID-19. En effet, ces entreprises ont su se saisir des possibilités offertes par le numérique pour poursuivre leurs activités via les connexions Internet, le télétravail ou la vidéoconférence, tout en concevant des solutions sur mesure à des problèmes auxquels sont confrontées les populations locales dans leur quotidien (accès à la santé ou à l’éducation, inclusion financière etc ...), le numérique devenant ainsi un thème transversal dans tous les secteurs d’activité.


« La propagation de la pandémie de Covid-19 a rendu le numérique omniprésent [ ... ]. Les obstacles entravant l'accès aux marchés africains ont été en quelque sorte levées, techniquement parlant, grâce au digital » atteste Bunmi Akinyemiju. Une assertion à laquelle souscrit Gerald Maithya, responsable, chez Microsoft, du département "startups & PME" de l’Africa Transformation Office, soutenant au passage que « la technologie a permis de mettre en place rapidement et efficacement des solutions, en réponse à des problèmes aussi complexes que différents en Afrique ».



Dans un contexte d'essoufflement généralisé des grandes entreprises mondiales, notamment en ce qui concerne les rendements attendus des investissements, Bunmi Akinyemiju fait surtout valoir le rythme potentiel de croissance des start-up africaines : « Lorsque vous scrutez à la loupe les entreprises établies aux États-Unis ou au Royaume-uni, dont les taux de rendement se limitent toujours à 1% ou 2%, il y a des raisons de penser que des success stories de sociétés africaines comme Flutterwave — valorisée trois milliards de dollars — prennent également une dimension internationale ». Une manière d’indiquer clairement que l’Afrique offre d’autant plus d’opportunités que le territoire du continent est vaste et qu’il est encore largement à explorer : « [ ... ] Beaucoup d’entreprises américaines ont tâté leur terrain en Afrique et ont pris véritablement conscience que la croissance se trouve sur le continent » poursuit Bunmi Akinyemiju, faisant sans doute allusion, entre autres, au rachat de la fintech nigériane Paystack par l’Américain Stripe pour 200 millions de dollars.


 

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Des conditions encore moins favorables


« En 2021, plus de 4 milliards d'euros ont été levés par les start-up africaines, ce qui est énorme. Mais ces données chiffrées sont toutefois à relativiser. À titre de comparaison, on voit que les jeunes pousses en Amérique du sud sont parvenues à réunir près de 6 milliards de levées de fonds, au cours de la même période., un peu plus qu'en Afrique. Il reste donc un long chemin à parcourir ». Ce constat amer, porté Debo Omorulu, va à l’encontre du tableau idyllique de la situation générale du capital-investissement sur le continent, dressé plus haut.


Si les résultats des marchés africains, en matière d’investissements dans les startups, montrent une réelle volonté de rattraper le très gros retard accusé face aux places américaines, européennes ou asiatiques, force est de reconnaître, comme évoqué précédemment, que ce se sont le Nigeria, l’Égypte, l’Afrique du Sud et le Kenya qui demeurent les principaux pays d'accueil de ces flux d’investissement en Afrique, la taille des marchés étant trop restreinte dans les autres parties du continent, même s’il est vrai qu’une poignée d’États comme le Sénégal ou le Ghana ont connu, à des degrés divers, des performances relativement satisfaisantes. Ajouté à cela, la grande fragilité des écosystèmes entrepreneuriaux africains. Bunmi Akinyemiju apporte son éclairage à ce sujet :


« Les écosystèmes sont encore naissants en Afrique [ ... ]. Les patrons de start-up dignes de ce nom se doivent en permanence de prospecter des clients, rechercher des investisseurs, trouver des partenaires d’affaires, recruter du personnel qualifié etc ... C’est cela, la réalité de la vie des entrepreneurs ; chacun d’eux doit travailler cinq fois plus dur ! [ ... ]. Beaucoup de capitaux affluent désormais vers l’Afrique. L’accès aux financements ne constitue donc pas véritablement un problème ; le plus gros défi consiste surtout à bâtir un modèle économique solide et pérenne ».


Debo Omorulu pousse la réflexion plus loin, en insistant particulièrement sur l’absence de véritables marchés nationaux dynamiques de capitaux pour les start-up et PME, capables de faire face au dynamisme des grands acteurs du capital-risque anglo-saxons :


« Il est de plus en plus nécessaire de faire émerger des sociétés de capital-risque locales. Un nombre grandissant de fondateurs décident de franchir le pas en créant leur propre fonds d'investissement, à l’instar de Iyinoluwa Aboyeji, co-fondateur des start-up Andela et Flutterwave, qui a mis sur pied Future Africa. Mais même lorsque l’on parvient à regrouper des anges financiers en fédération, les startups en quête de financement ne recevront pas d’investissements, tant qu’elles ne chercheront pas à élaborer un modèle de croissance rapide [ ... ] » .


 

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Un changement de paradigme


Dans ce contexte, on voit aujourd’hui émerger une nouvelle génération de structures d’appui aux start-up à fort potentiel de croissance, se sentant vivifiés par ces différents challenges relevés en de multiples occasions sur le continent par les entrepreneurs les plus audacieux, trouvant leur inspirant dans les success stories africaines les plus marquantes. C'est ainsi qu’ont débuté récemment les activités de "l’Africa Transformation Office" de la multinationale américaine Microsoft, en plaçant son expertise dans le contexte de l’économie numérique locale.


« Nous avons pour ambition d’accompagner 10 000 startups dans les différentes étapes clés du processus du passage à l'échelle au cours des cinq prochaines années, en leur facilitant l’accès à la technologie, aux compétences et aux financements [ ... ] . Nous travaillons en partenariat avec des sociétés de capital-risque, disposant de ressources financières à hauteur de 500 millions de dollars. Microsoft servira d’énorme catalyseur pour beaucoup de ces startups » soutient Gerald Maithya.


Debo Omorulu abonde dans ce sens, affirmant que « Microsoft fournit des prestations fondées sur le savoir-faire technique et sur l'expérience de terrain, de telle sorte qu’une entreprise kényane, à titre d’exemple, soit en mesure d’étendre ses activités en Égypte ou Nigeria » .



Bunmi Akinyemiju, associé-fondateur du fonds d’investissement GreenHouse Capital, prend le relais, n’hésitant pas à prêcher pour sa paroisse :


« [ ... ] Notre accélérateur GreenHouse a vite réalisé que, ce dont les entrepreneurs ont réellement besoin en premier lieu, ce sont des mesures d'accompagnement visant à favoriser leur expansion, car le fait conquérir de nouveaux marchés à l’extérieur de leur pays n’est jamais facile : il faut savoir comment s'immerger dans la langue apprise, recruter localement, s'informer sur toutes les lois et réglementations applicables dans chacun des 54 pays d’Afrique afin de s'y conformer, se renseigner sur la nécessité (ou non) d'obtenir un agrément ou une licence pour son activité etc... Nous avons saisi toutes ces problématiques pour fournir des services d’accompagnement appropriés aux startups [ ... ] » .


En attendant de voir l'impact des efforts déployés à ce jour pour faire maturer cette nouvelle classe d'entrepreneurs, l'avenir dira si les start-up africaines parviendront à dépasser l'objectif des 8 milliards de dollars de levées de fonds en 2022.


 

Par Harley McKenson-Kenguéléwa



 

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