• Harley McKenson-Kenguéléwa

La jeunesse africaine, un puissant levier de la relance économique sur le continent ?

Mis à jour : il y a 4 jours


Entrepreneuriat, innovation, agriculture, diaspora ..... Plusieurs personnalités issues de différents horizons — experts, représentants de la société civile, patrons de société, acteurs du monde associatif — ont ouvert des pistes de réflexion sur la manière dont la jeunesse pourrait jouer un rôle déterminant dans le rebond économique des pays d’Afrique. « Quelle place et rôle pour la Jeunesse africaine ? — Clé de la relance économique continentale » : Tel a été l’intitulé du webinaire, co-organisé par le Think Tank "Objectif Afrique Avenir" (O2A) et l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE), qui s’est tenu le jeudi 25 juin dernier.

Le webzine "CEO Afrique" en a tiré les éléments les plus significatifs, relatifs aux interventions des e-conférenciers .




À l'heure du déconfinement qui a fortement impacté tous les secteurs d’activité, les prises de parole en faveur de nouveaux modèles économiques, industriels et sociaux se sont multipliées. Nul doute, en tout cas, que le monde d’après ne pourra se faire sans cette jeunesse africaine.


« [ ....] La jeunesse africaine, qui est diverse, multiple, imaginative, combative et innovatrice, aura un rôle déterminant à jouer pour créer cette nouvelle Afrique à laquelle nous croyons [ .... ] » a indiqué en préambule Alain Dupouy, président du club "Objectif Afrique avenir" (O2A).


Mais de quelle jeunesse parle t-on ? Si, pour l’ensemble des intervenants de ce webinaire, la tranche d’âge 18-35 ans fait sens, l’universitaire et consultante en communication, Sarah-Jane Fouda, tient à spécifier qu’il faille « changer le regard et le point de vue que nous portons sur la question de la jeunesse elle-même, composée d’ adolescents, de jeunes adultes et d’adultes tout court [ ... ] », plusieurs " jeunesses " auxquelles « les responsables politiques doivent prendre des engagements ». Emmanuel Dupuy, président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE), abonde dans ce sens, estimant qu’ il ne faille pas « limiter la jeunesse à une nomenclature administrative » .


Dans le contexte actuel, les jeunes Africains doivent donc s’interroger sur leurs responsabilités et sur le rôle qu’ils veulent désormais jouer. L’enjeu est d’arriver à faire d’eux de véritables acteurs de développement de leur territoire — et non exclusivement en tant que bénéficiaires d’actions de l'État — qui exerceront parallèlement un certain leadership en la matière.


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Stimuler l’entrepreneuriat et l’innovation


Force est de constater qu’il existait une relative embellie sur le front de la création d'entreprises dans un bon nombre de pays d’Afrique, bien avant l'arrivée de la pandémie de Covid 19.


« L’engagement ne passe pas forcément par l’acte politique; il est vrai que ce sont les femmes et hommes politiques qui décident du destin de leur nation, mais l’on peut aussi s’engager autrement, un engagement qui peut revêtir plusieurs formes [ ... ]. Désormais, une grande partie de la jeunesse ne rêve que d’une seule chose : entreprendre », observe Abdou Fleur, président de la plateforme de réflexions "Réseau Afrique Stratégies".


Faute de politiques volontaristes de soutien à l'entrepreneuriat, ce sont les jeunes opérateurs économiques, dotés d'un esprit d'analyse et d’une vision critique de la société dans laquelle ils évoluent, qui prennent le relais ou qui se sont substitués à la puissance publique pour instaurer eux -même des écosystèmes entrepreneuriaux composés en partie d’incubateurs et d’accélérateurs en vue d’accompagner les projets à fort potentiel ..

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L’expert d’origine sénégalaise met également en exergue le rôle clé de l’innovation dans le développement économique, un domaine auquel les jeunes africains sont beaucoup plus sensibilisés que leurs aînés quant à la question des enjeux, d’autant plus que l’activisme digital de ces derniers à travers les modes alternatifs, tels que les réseaux sociaux, les smartphones et les fablabs, permet de toucher une audience illimitée, soulever les débats auprès du plus grand nombre et faire bouger les lignes de telle sorte que les pouvoirs publics soient, le cas échéant, amenés à accorder suffisamment d'attention à leurs besoins et préoccupations.


Une telle dynamique entrepreneuriale doit s’accompagner d' initiatives de l’ État. À ce titre, Abdou Fleur, prône une meilleure intégration de l’économie souterraine, portée en grande partie par les jeunes, dans le secteur formel.


« [ ... ] N’oublions pas que la part du secteur informel, dans l'économie africaine s’élève à 70% ou 80%. Ce secteur est surreprésenté par les jeunes. On y trouve une ingéniosité et un savoir faire local extraordinaire [ ... ] Il faut aider ces petits entrepreneurs à se regrouper et faciliter une transition du secteur informel vers une industrialisation [ ... ] ».


Par ailleurs, il convient de noter que la plateforme "Digital Africa", créée à l’initiative du président français Emmanuel Macron, vient en renfort en jouant un rôle d'appoint financier par le biais de l'Agence française de développement (AFD), dotée d'un fonds de 65 millions d'euros dédiés aux projets entrepreneuriaux, et en tant qu’instrument permettant de leur donner une visibilité internationale.


« [ .... ] Le réseau "Digital Africa" vise à accompagner les start-up sous forme de coaching, de mentoring et de connexion avec les acteurs de l’entrepreneuriat, avec une stratégie africaine qui s’appuie de manière globale sur le digital [ ... ] » assure Mbaye Fall Diallo, enseignant-chercheur à l'Université de Lille, spécialiste en stratégie digitale, et membre Conseil Présidentiel pour l'Afrique (CPA), une structure étatique française apportant un éclairage nouveau sur les questions relatives aux relations entre la France et les pays du continent africain. Bourry Ndao, cheffe d’entreprise franco-sénégalaise et également membre du CPA, ajoute « qu’un projet de guichet unique va être développé dans les prochains mois, permettant d’accompagner tout entrepreneur issu de la diaspora, depuis l’idée jusqu’au financement, en un seul endroit [ ...] ».


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En restant dans la même lignée de pensée, Adrien W N’Koghe-Mba, fondateur de la plateforme éducative "Wany" et directeur de l'Institut Léon MBA , préconise vivement de « stimuler l’entrepreneuriat en favorisant des joint-ventures qui vont permettre à des entreprises françaises et leurs équivalents africains de créer des valeurs pour toutes les parties », faisant sans doute allusion au fait qu’une co-entreprise présente l’avantage de diminuer le risque commercial d’une part, et de faciliter le transfert de technologies d’autre part.


Parmi les autres grands défis qui attendent les économies africaines, figure la valorisation des produits agricoles, susceptible de constituer une voie inspirante pour les jeunes Africains, en assumant que la problématique de l’agriculture ne peut se limiter au seul prisme d'une approche quantitative.


«[ ... ] Je suis partie sur une nouvelle façon d’entreprendre dans l’agriculture, un domaine en plein essor qui draine énormément de compétences émanant bien entendu d’ agriculteurs, mais aussi d’économistes, d’agronomes, de juristes, de professeurs d’université pour créer toutes ces compétences, explique Monique Bagal, docteur en droit international et spécialiste en différenciation alimentaire [ ... ]. Il est légitime de se poser la question de savoir comment l’on pourrait assurer un meilleur couplage entre des efforts visant à faire prévaloir ce type d’ initiatives et des politiques publiques d’incitation à l'entrepreneuriat agricole des jeunes [ .... ]. Cela fait plusieurs années que l’on encourage les pays africains à investir dans une agriculture à forte valeur ajoutée qui valorise des produits de qualité, et ce au détriment d’ une agriculture de subsistance, dans un contexte où les consommateurs africains s’intéressent davantage à ce qu’il y a dans leur assiette [ ... ]. Cette valorisation se traduit par la mise en place de labels d'indications géographiques protégées (IGP) ou d’appellations d’origine protégée (AOP). On recense sur le continent quelques indications géographiques potentielles ou déjà enregistrées : l'huile d’argan du Maroc, le coton d’Égypte, le thé Rooibos en Afrique du Sud, le poivre de Penja du Cameroun ou l’attiéké de Côte d’Ivoire [ ... ]. Il existe déjà des politiques publiques sur ces questions, dont une stratégie continentale déployée sur ces indications géographiques protégées, portée par l’Union africaine et élaborée la FAO » .


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Pour revenir à une approche quantitative de l’agriculture, on découvre là un paradoxe qu'il serait imprudent de négliger : Emmanuel Dupuy déplore que « l’Afrique est le continent où 65% des terres arables, soit 200 millions d'hectares, ne sont pas exploitées [ ... ]. Les investissements directs étrangers y sont les plus faibles, soit 7% (contre 78% en Asie, à titre de comparaison), alors même que 70 % des emplois sur le continent africain sont issus de l’agriculture et que c’est particulièrement vers ce secteur que les jeunes se tournent [ ... ] » .


Les diasporas appelées à investir dans leur pays d’origine


Les enseignements qui peuvent être tirés des exemples nigérian, ghanéen, kényan ou sénégalais montrent que les plans de relance incluant l’implication des diasporas auraient un impact économique notable sur les économies africaines. Selon la Banque Mondiale, les transferts de fonds représentent en effet la principale source de financement extérieur pour les pays d’Afrique subsaharienne, avec des montants se chiffrant à 46 milliards de dollars en 2018, contre 42 milliards l’année précédente. Une telle manne serait de nature à accélérer la reprise économique.


En ce qui concerne le cas spécifique du Cap-Vert, Alain Dupouy s’est fait le porte-voix de l'état d'esprit général porté par Florence Gomis, consultante spécialiste de cet État insulaire lusophone, absente à ce webinaire en raison d'autres obligations professionnelles :


« [ ... ] Le Cap-vert doit faire montre d’une grande cohésion avec sa jeunesse [ .....]. La diaspora capverdienne, très éparpillée à travers le monde , est dotée d’un capital humain riche, véritable potentiel du pays. Il faut l’exploiter dans ce sens pour qu’il y ait un retour à cet engagement de redressement économique. Bien entendu, il faut que cet engagement vis-à-vis de la diaspora soit aussi d’ordre politique et social, au delà du simple cadre du développement économique [ ... ] ».


De manière plus générale, Najwa El Haïté, docteure en droit public, militante associative et adjointe au maire Évry-Courcouronnes, une ville de l'Hexagone où vit une importante communauté africaine, fait part de son analyse sous l’angle de l’économie sociale et solidaire, de par ses échanges avec de nombreux jeunes citoyens français originaire du continent :


« [ .... ] J’ai pu constater l’importance, pour ces jeunes, de maintenir le lien avec le pays d’origine de leurs parents, en investissant par exemple dans une résidence secondaire afin d’y passer leurs vacances, tout en contribuant de manière active à des projets de solidarité — la construction d’une école ou d’un dispensaire — et ce, avec une vraie volonté de transmettre cet attachement à leurs enfants [ ....]. Ces exemples illustrent aussi l’importance symbolique que représente le pays d’origine pour ces jeunes générations élevées, instruites et socialisées en France. [ ..... ] ».


L’Éducation et la formation, des éléments constitutifs d’un plan de relance ambitieux


Dans un contexte d'incertitude économique, encore faut-il être en capacité de trouver de la main d’œuvre qualifiée pour conjurer ce péril. Beaucoup plus nuancée, Sarah-Jane Fouda préfère plutôt s'attaquer aux causes les plus profondes, formulant un constat de façon incisive :


« [ ....] Il existe des problèmes d’alphabétisation dans des pays comme le Sénégal ou le Mali [ ... ] » .


Un avis partagé par Mbaye Faye Diallo :


« [ .... ] C’est très compliqué de faire passer des messages de prévention contre le Covid 19, car des pays africains sont confrontés à des situations où un bon nombre de personnes ne savent ni lire, ni écrire. Autre élément important : près de 70% des jeunes sont scolarisés dans l'enseignement général, alors qu’il faudrait faire l’inverse et mettre davantage l’accent dans l’intégration des élèves et étudiants dans les filières techniques et professionnalisées, ce qui faciliterait une meilleure insertion professionnelle » .


Par Harley McKenson-Kenguéléwa




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