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Chine - États-Unis : un air de guerre froide


" Chine et États-Unis, entente impossible ? " : Tel a été l’intitulé du webinaire organisé le 20 Mai dernier par la Fondation Prospective et Innovation, modéré par l’ex-premier ministre français Jean-Pierre Raffarin, une question à laquelle ont répondu des experts en géopolitique, spécialistes de l’Asie et anciens diplomates. Le webzine CEO Afrique, qui a visionné cette e-conférence, a décrypté cette actualité internationale, sur la base de l’expérience et l’expertise des panélistes.




Si l'on peut se réjouir, fort heureusement, de l’absence de conflit armé entre la Chine et les États-Unis pour le moment, on peut cependant affirmer sans exagération que les tensions se sont amplifiées considérablement, par régions interposées à travers le globe, et les rivalités, tant sur les plans économique, financier que technologique se sont intensifiées avec le risque d’un véritable affrontement militaire que cela comporte.


« [ ... ] On n' a connu qu'une seule expérience de passage de relais de domination mondiale : ce fut entre les États-Unis et la Grande Bretagne au cours de la seconde guerre mondiale, après une panne de transition entre les deux guerres. Mais depuis lors, ni l'ex-URSS, ni le Japon, ni l'Union européenne, n'ont plus efficacement contesté le leadership américain, car chacun d'eux avait ses faiblesses : l'économie pour l'ex-Union soviétique, la défense pour le Japon et l'unité pour l'Union européenne. Or pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les États-Unis se trouvent confrontés à une puissance chinoise qui ne présente aucune des faiblesses des précédents challengers » commente André Chieng, président de l'Asiatique Européenne de Commerce (AEC) et vice-président du Comité France-Chine.



Plusieurs points de contentieux et de crispation


L’ancien président américain, Donald Trump, avait accusé la Chine de fausser les règles du commerce international et de manipuler le yuan, en vue d’améliorer sa compétitivité, des facteurs à l’origine du creusement du déficit commercial des États-Unis, selon ses dires.


« Pour expliquer l'abyssal déficit commercial américain, Donald Trump blâmait les pratiques commerciales des Chinois, alors que tous les économistes reconnaissent que la vraie raison de ce déficit est le manque d' épargne des États-Unis » a rappelé André Chieng.


La mise en application pratique des principes énoncés dans le slogan de campagne de l'ex-locataire de la Maison blanche, a suscité une guerre commerciale acharnée entre les deux superpuissances. Les hostilités avaient démarré dès le mois de Janvier 2018 avec des taxations douanières sur les panneaux solaires et les machines à laver chinois. Mais le point d’orgue a été indéniablement l'instauration de droits de douanes punitifs sur les importations d'aluminium et d'acier en provenance de l’Empire du Milieu, ainsi qu’ une hausse des droits de douane ciblant 1300 produits chinois, incluant ceux issus des secteurs de la robotique, de l'aéronautique ou des technologies de l'information. En représailles, ce dernier avait imposé des taxes sur une liste de plus de 5000 biens importés du pays de l’Oncle Sam, dont des produits cosmétiques, le tabac, le whisky, le coton ou encore la viande bovine. Toutes ces mesures de rétorsion ont été effectuées à coups de milliards de dollars sans en venir à bout.



Shanghai, centre économique et financier de la Chine


En dehors de cette guerre commerciale, il est évident que le centre de gravité économique mondial s’est clairement déplacé vers l’Asie, avec la Chine qui est désormais la deuxième puissance économique du monde, le Japon et la Corée du Sud qui possèdent des capacités d’innovation parmi les plus élevées au monde, Singapour salué dans le monde entier pour sa très grande réussite économique, l’existence de véritables destinations d’affaires que sont la Malaisie et l’Indonésie ou l’émergence de nouveaux tigres asiatiques, à l’instar de Thaïlande ou du Vietnam.


« [ ... ] La Chine tente de développer le RCEP [ Regional Comprehensive Economic Partnership : Partenariat régional économique global, NDLR ] qui pourrait représenter plus de 50% du produit intérieur brut mondial d’ici 2030. Ce marché géant commence à susciter l’intérêt des pays alliés des États-Unis, situés dans cette région autour de l'océan Pacifique. La Corée du Sud, le Japon, la Nouvelle-Zélande, ainsi que les pays de l’ASEAN (Association of Southeast Asian Nations) sont déjà des membres du RCEP [ ... ]. Washington craint que l’initiative chinoise de la Nouvelle Route de la Soie, ainsi que son partenariat régional économique global — le RCEP — représentent un moyen majeur pour Pékin de réduire la dépendance sur le commerce avec les États-Unis et sur le dollar américain, des facteurs susceptibles d’éloigner ces pays de l’influence américaine » détaille Hall Gardner, Professeur à l'American University of Paris.



Il existe un blocus technologique autour de la Chine, une forme d’endiguement pour l'empêcher d'accéder à la première place mondiale .




De même, l’innovation technologique représente le nouveau terrain d'affrontement des grandes puissances en ce début du XXI siècle. Les autorités chinoises ont donc stratégiquement choisi de livrer bataille dans des domaines aussi variés que les technologies de rupture, la physique quantique ou l’intelligence artificielle qui constituent, dans leur ensemble, l’ADN de la nouvelle révolution industrielle. Les Américains ont bien compris les enjeux, au niveau tant économique que militaire, qui se cachent derrière cette démarche et mettent tout en œuvre pour conserver leur prééminence sur le plan technologique. En Mai 2019, le géant chinois des télécoms Huawei, fournisseur d’équipements 5G, est placé sur une liste noire émanant de Washington, l’interdisant d’utiliser des technologies américaines, notamment des puces électroniques, dont il dépend grandement et, d’une manière générale, ne pourra commercer avec des entreprises américaines qu'à la condition d'obtenir une approbation du gouvernement fédéral, et ce au motif que les équipements de Huawei permettant de déployer le réseau de la 5G sont susceptibles de comporter des outils de surveillance électronique.


« [ ... ] Il existe un blocus technologique autour de la Chine, une forme d’endiguement pour l'empêcher d'accéder à la première place mondiale, d'où la campagne de boycott sur Huawei, lancée non seulement par les États-Unis, mais aussi par l’Europe et des pays issus d'autres régions du monde [ ... ] » explique Sylvie Bermann, présidente du conseil d’administration de l’IHEDN (Institut des Hautes Études de Défense Nationale).


Si ce dernier ambitionne désormais de fabriquer ses propres puces électroniques et, plus globalement, développer sa propre industrie des semi-conducteurs pour réduire drastiquement sa dépendance envers les États-Unis, force est de constater qu’il vit depuis ces deux dernières années une véritable descente aux enfers, avec une chute vertigineuse du volume de ventes de ses smartphones, eu égard aux sanctions américaines.


Dans le même ordre d’idées, le champ de bataille s'est déplacé vers la conquête spatiale. Chercheurs et scientifiques chinois ont phosphoré pour pouvoir concevoir le robot chinois "Zhurong" qui s'est posé sur la planète Mars au mois de mai 2021, peu de temps après "l’amarsissage" du robot "Perserverance", envoyé par la NASA, qui a été effectué le 18 février au cours de la même année. Ces exemples cités de l’exploration de la "Planète Rouge" sont assez révélateurs des enjeux scientifiques dans lesquels la compétition entre les deux superpuissances, ainsi que la quête du prestige et du rayonnement international, sont de mise.


Une autre question brûlante : celle de la nette augmentation de la répression envers les Ouïghours, minorité ethnique de la région autonome du Xinjiang, situé au nord-ouest de la Chine. La communauté internationale, et tout particulièrement les États-Unis, ont exprimé à maintes reprises leur profonde préoccupation à la lecture de plusieurs rapports et témoignages signalant des emprisonnements, des détentions massives dans des camps de rééducation, la traite à des fins de travail forcé ou de réduction en servitude, des viols ou des stérilisations forcées à l’encontre de ce peuple turcophone et à majorité musulmane sunnite, ainsi que de la destruction de son patrimoine culturel et religieux. Certes, les États-Unis ont interdit l'importation directe ou indirecte sur leur territoire de produits en provenance du Xinjiang. Mais en dépit de la pression internationale grandissante, la Chine continue à camper sur ses positions et la Maison Blanche ne s'attend aucunement à un changement de position à l'heure actuelle, d’autant plus que des hackers chinois opérant pour le compte de leur gouvernement, prétendant être des personnes membres du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, infiltreraient de façon récurrente et piégeraient, via la diffusion de malwares, les ordinateurs de membres de la communauté ouïghoure et d’autres dissidents chinois installés aux États-Unis, si l’on en croit les dires de deux sociétés de cybersécurité, Check Point et Kaspersky, une assertion corroborée par le FBI. En orchestrant leurs attaques, les cyberpirates poursuivraient un objectif clair : réduire au silence tous ceux qui apporteraient leur témoignage sur la façon dont les Ouïghours sont persécutés au Xinjiang, sous peine de risque de représailles exercées à l'encontre leur famille restée au pays.


La mer de Chine méridionale, théâtre de querelles territoriales, est aussi au cœur de vives tensions, impliquant les pays riverains à l’instar de la Chine, Taïwan, le sultanat de Brunei, la Malaisie, les Philippines et le Vietnam. Cette zone, qui regorge du pétrole, une multitude de poissons et autres espèces marines, est susceptible de faire émerger de véritables puissances énergétiques et halieutiques, aiguisant ainsi les appétits pour le contrôle de ces richesses. Les manœuvres militaires chinoises se sont multipliés dans ces eaux territoriales ces derniers années, au point que le "dossier" de la mer de Chine figure tout en haut de l'agenda international des États-Unis qui entretiennent des liens de coopération militaire et de défense avec le Japon et le Taïwan. Cette pression est d'autant plus forte dans cette partie du globe que les îles Senkakuse — parfois appelées Diaoyu — , se trouvant dans la mer de Chine orientale, font l'objet d'un conflit de souveraineté entre le Japon et la Chine qui, pour sa part, considère Taïwan comme faisant partie intégrante de son territoire et qui convoite également les Îles Paracels.


Les États-Unis qui forment déjà une alliance stratégique avec le Japon, Taïwan ou la Corée du Sud, a mis en place un pacte de sécurité supplémentaire baptisé "AUKUS" (acronyme de l'anglais Australia, United Kingdom, United States) dans cette zone indo-pacifique, intégrant donc le Royaume-Uni et l'Australie — qui, de son côté, a préféré acquérir une dizaine de sous-marins américains à propulsion nucléaire, au grand dam de l’entreprise de construction navale française Naval Group — renforcé par une autre alliance, nommée "Le Quad", incluant le Japon et l'Inde, en vue de mieux contrer les ambitions chinoises renaissantes.


L'un des points de discorde les plus importants entre les deux pays est certainement le non-respect du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire — qui a expiré le 2 août 2019 — visant le démantèlement d'une catégorie de missiles emportant des charges nucléaires ou conventionnelles.


« L’ex-président Donald Trump a sorti les États-Unis du Traité sur les forces nucléaires qui limitait spécifiquement les armes nucléaires à portée intermédiaire, non pas tant à cause de la Russie, mais plutôt parce que la Chine a développé des armes nucléaires chinoises à portée intermédiaire, alors que la Russie et les États-Unis ne l’ont pas fait » précise Hall Gardner.


Le rapprochement entre la Chine et la Russie constitue un autre sujet de préoccupation, compte tenu notamment de leur statut de superpuissance militaire, en termes de force de frappe. Cette collaboration pourrait bientôt se traduire par l’élaboration d’une vision commune concernant la mise à profit d’une autre Route de la Soie, baptisée la "Polar Silk Road", qui compte jouer un rôle essentiel dans la sécurisation de ses chaînes d'approvisionnement, notamment en ce qui concerne les hydrocarbures.


« Nous sommes dans une situation qui évolue, avec de nouvelles alliances qui prennent forme. La Russie et la Chine se rapprochent [ ...]. L’un des aspects de cette confrontation se situe dans la région Arctique, où Pékin espère collaborer avec Moscou pour développer la Polar Silk Road tout au long du passage Nord-Est de la région en Europe [ ... ]. L’ autre aspect qui inquiète les États-Unis est la manifestation de cette union russo-chinoise à travers l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS ), dirigée par la Chine. Ce pays et la Russie essayent ensemble d’attirer l’Iran et le Pakistan dans l’ initiative de la Nouvelle Route de la Soie. La peur que l’Iran rejoigne l’Organisation de Coopération de Shanghai constitue d’ailleurs l’une des raisons majeures pour laquelle l’ancien président américain Donald Trump avait fait sortir les États-Unis de l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien » rapporte Hall Gardner.



Une analyse partagée par Sylvie Bermann, ajoutant au passage que : « le partenariat est d’autant plus fort, puisque les Russes aident les Chinois à constituer un système anti-missiles sophistiqué et il existe une coopération en matière spatiale. Ils œuvrent pour une station lunaire commune. Ils organisent des exercices militaires communs, pas seulement en Extrême-Orient, mais également dans la région de la Baltique et en méditerranée [ ... ] ».




Un pas important vers une "détente" entre les deux superpuissances ?


Afin d’apaiser les tensions, les États-Unis et la Chine ont convenu de "réchauffer" progressivement leurs relations.


« L'impossibilité d'une entente est associée à une autre consensus tacite : C'est qu'aucun des deux pays ne souhaite vraiment la guerre, tant elle aurait des conséquences désastreuses, non seulement pour les deux pays, mais aussi pour l'humanité toute entière » assure André Chieng.


Une analyse partagée par Hall Gardner, indiquant que « les États-Unis, via l’administration Biden, ont exprimé leur désir de travailler en faveur de l’intérêt commun. Mais il est clair que leur approche présente des différences très marquées. Cela va demander beaucoup de travail pour les amener vers un dialogue diplomatique de paix » .


Le geste en faveur d'une détente, qui s'est concrétisé par la tenue d’un entretien téléphonique le 9 Septembre dernier entre le président Joe Biden et son homologue Xi Jinping, semble avoir été bien apprécié de part et d'autre. Est-ce donc la tentative d’un premier processus de négociation engagée en vue d'un règlement des différents contentieux ? C'est une question difficile à répondre. Mais toujours est-il que l’administration américaine semble tenir à poursuivre le maintien des tarifs douaniers punitifs appliqués sur un bon nombre de produits chinois importés.


André Chieng, quant à lui, met en exergue les dispositions d’un tacite "pacte de non-agression" respectés par la Chine et les États-Unis, liés au conflit qui les oppose :


« [ ... ] Il est difficile de déterminer la ligne rouge établie par les États-Unis, mais on peut observer ce qu'en pensent les Chinois. Une des actions à laquelle ces derniers ne se sont jamais livrés, c'est de s'attaquer au rôle de monnaie de réserve qui est conféré au dollar. Ils estiment que le billet vert est le cœur de la puissance américaine. Sans son rôle exceptionnel, des plans, à l’instar du plan de relance de Joe Biden, n’auraient jamais pu être mis en place. Cela semble être la ligne rouge que la Chine ne doit pas franchir si elle ne veulent pas déclencher une guerre ».


Lire aussi : Dollar, yuan, euro, cryptodevises ... Faut-il craindre une guerre des monnaies ?


Un argument qui ne convainc aucunement Sylvie Bermann qui fait entendre une voix discordante, arguant du fait que la Chine, à contrario, s’attelle à s’affranchir monétairement des États-Unis :


« Les Chinois, et les Russes aussi d'ailleurs, détiennent aujourd'hui une partie de leur réserves en euros et de plus en plus de transactions sont faites en monnaie locale, particulièrement en yuan, même parfois en rouble, avec l'objectif d’utiliser le moins possible le dollar pour être à l’abri d’éventuelles sanctions extra-territoriales qui pourraient être prononcées à leur encontre » .


Autre signe d'apaisement : Après trois ans d'assignation à résidence au Canada, la directrice financière et fille du fondateur du géant des telecoms Huawei, Meng Wanzhou, qui avait été arrêtée à Vancouver suite à une demande d’extradition des États-Unis pour une accusation de "fraude bancaire", a été libérée le 24 Septembre dernier, à la faveur d’un échange contre deux ressortissants canadiens détenus jusqu'alors en Chine, l’ex-diplomate Michael Kovrig et l’homme d’affaires Michael Spavor, accusés d’espionnage par Pékin.




Quelle partition joue l’Europe ?


La diplomatie de l’Europe s’apparente à un délicat exercice d'équilibriste, en essayant de jouer la carte de la solidarité atlantiste et d’adopter la position selon laquelle elle se doit de condamner sans équivoque les violations des droits de l'homme commises en Chine, tout en veillant à faire valoir au mieux ses intérêts économiques dans l'Empire du Milieu, au risque de fâcher son allié américain.


« [ ... ] Les États-Unis sont très critiques envers les investissements européens réalisés en Chine. Un nombre important de pays d’Europe ont investi dans la Banque Asiatique d’Investissement pour les Infrastructures, perçue comme une concurrente de la Banque Mondiale, une institution dirigée par un Américain, David Malpass. En outre, l’Europe et la Chine continuent de négocier l’Accord UE-Chine sur les investissements. Cet accord, bien que les négociations aient été récemment suspendues, est considéré comme une connexion sino-européenne qui va unir l’Europe à l’initiative de la Nouvelle route de soie et au RCEP, fragilisant ainsi l’influence politique et économique américaine » décrypte Hall Gardner.


À noter toutefois que l’épisode de la perte, par la France, du faramineux contrat de sous-marins à propulsion conventionnelle destinés à l’Australie, aux profit des États-Unis, ne fera que conforter la conviction de l’Europe de poursuivre dans cette voie, notamment en agissant en toute indépendance, quitte à effectuer le cas échéant un revirement stratégique par rapport à la tradition atlantiste suivie depuis la création de l'OTAN en 1949.


Sylvie Bermann n’a pas manqué non plus d’apporter son propre éclairage, en sa qualité d’ancienne ambassadrice de France en Chine de 2011 à 2014, insistant sur le fait que tirer à boulets rouges sur la superpuissance asiatique serait interprété comme une ingérence possible sur ses affaires intérieures, avec le risque d’un effet boomerang qui aurait des incidences indirectes considérables sur les intérêts européens dans ce pays :


« [ ... ] Rien ne nous empêche d’aborder la question des droits de l'homme, y compris celle inhérente à la situation des Ouïghours en Chine ou de Hong-Kong. Il y a évidemment l'art et la manière de le faire. En revanche, nous n'avons pas à leur demander de basculer vers un système plus démocratique et leur donner des leçons [ ... ]. Il convient de se demander si l'Union européenne peut jouer un rôle dans le règlement des questions relatives à la confrontation entre les États-Unis et la Chine, ou bien si elle va être obligée de basculer d'un côté comme de l’autre. À cet égard, la question ne se pose pas vraiment, parce que beaucoup seront plus prêts à basculer du côté américain. Mais c'est oublier qu'il y a aussi des sanctions extra-territoriales américaines qui bloquent les entreprises françaises, aujourd'hui en Iran mais également en Russie, puisque en fait, le terminal gazier de Yamal, construit par le groupe TotalEnergies, en partenariat avec le producteur de gaz naturel russe Novatek , et financé des banques chinoises. De ce fait, on se paralyse effectivement nous mêmes en adoptant ce type de sanction ».


Abondant dans ce sens, mais un peu plus nuancé, Michel Barnier, ex-négociateur en chef du Brexit pour l'Union européenne juge que les sanctions, quelles qu'elles soient, sont contreproductives, dans la mesure où cela ne fait que détériorer davantage

le dialogue avec les autorités du pays concerné :


« I1 serait illusoire, de mon point de vue, de penser que nous pouvons aujourd'hui couper l'économie chinoise du reste du monde [ ... ]. Un pays qui entend faire de la perfection morale la pierre de touche de sa diplomatie n'atteindra jamais les résultats escomptés [ ... ]. Tout en étant ferme sur nos principes et nos valeurs, je ne crois pas non plus à la pertinence de lancer une guerre commerciale avec la Chine. Si la présidence Trump nous a monté une chose, c'est que c'était assez inutile de vouloir lancer des guerres commerciales de manière bilatérale ».


À cet égard, l’ancien ministre français des Affaires étrangères formule quelques recommandations, préconisant une "troisième voie" et une approche non alignée, proposant de nouer ses propres alliances avec d'autres pays ou groupes de pays afin de juguler autant que possible l’influence chinoise :


« Je souhaite que nous adoptions une approche stratégique et de long terme par rapport à la Chine. Cela passe par un renforcement de nos liens sécuritaires, commerciaux et culturels avec d'autres puissances appartenant au grand ensemble indo-asiatique, comme le Japon, la Corée du sud, le Vietnam ou l'Inde [ ... ] En parallèle, l'Union européenne doit adopter une approche géopolitique qui suppose de proposer aux Balkans des solutions alternatives en termes de financement et d'infrastructures, à ce qui est offert de manière un peu solitaire par la Chine, un pays qui a saisi l'occasion de renforcer considérablement ses intérêts et son influence et laisser des États comme le Monténégro, membre de l'Otan et engagé dans un processus d'adhésion vers l’Union européenne, devenir très dépendant de Pékin [ ... ]. Un continent, où nous devons nous réaffirmer — cette fois-ci ensemble, plutôt que chacun de son côté — , c'est l'Afrique, où nous sommes de très loin le premier pourvoyeur mondial d'aide publique au développement. Pourtant, lorsqu’on regarde tous les grands projets d'infrastructures menés dans cette région du monde, nous constatons qu’ils sont réalisés de manière quasiment systématique par la Chine, sans véritablement impliquer les populations locales, faisant souvent fi des règles anti-corruption et entraînant un plus grand endettement à beaucoup de pays. Dorénavant, l'Europe doit opter pour une réponse globale conclue avec l'Afrique plutôt que d'additionner des politiques nationales qui manquent d'influence et d’impact [ ... ] » .


Lire aussi : Relation France-Chine : Quelle stratégie de partenariat, au profitant au développement de l’Afrique


Dans un autre registre, Hall Gardner estime que « le dialogue doit avancer et qu’il est donc absolument crucial que l’Europe serve de médiateur pour essayer d’arbitrer ce conflit, car l’Europe ne s’est toujours pas alliée avec les Américains ou la Chine [ ...] ».


Une déclaration qui fait écho aux propos de Sylvie Bermann :


« [ ... ] Il y a un certain nombre de dossiers sur lesquels les Européens peuvent coopérer avec les Chinois. Mais en tout cas, ce qu'il faut absolument proscrire, c'est une politique d'alignement. Il faut que la Chine et la Russie comprennent que l'Union européenne possède à la fois un poids normatif et le premier bloc commercial au monde ».


Pour contrebalancer ce schéma, Michel Barnier est d’avis d'analyser « comment l'Union européenne peut mieux travailler avec Washington pour notamment pousser la Chine à mieux respecter les règles du jeu multilatérales ; je pense en particulier au travail qu’Américains et Européens doivent mener ensemble de manière intensive au sein de l'OMC ; c'est pour pousser la chine à se conformer aux règles en matière de subventions publiques et du respect de la propriété intellectuelle ».



Par Harley McKenson-Kenguéléwa







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