• Harley McKenson-Kenguéléwa

Diamants, bauxite, pétrole ... Quelles stratégies des matières premières pour l'Afrique ?

Mis à jour : mai 24


Très peu de pays d’Afrique ont su utiliser leurs ressources naturelles à bon escient ; d’autres ne sont pas parvenus à générer une croissance inclusive à partir de l’extraction pétrolière, gazière et minière.

"Matières premières et décollage de l'Afrique : contraintes et opportunités" : Tel a été le thème du webinaire, organisé le 28 avril dernier, en partenariat avec l'association "Commodities for Nations" et le think-tank "CyclOpe", auquel ont participé Dr Ibrahima Kassory Fofana (premier ministre de la République de Guinée), Philippe Chalmin (économiste, spécialiste des marchés de matières premières, président fondateur du Cercle "CyclOpe", professeur des Universités à l’Université Paris-Dauphine) et Yves Jégourel (économiste, président de "Commodities for Nations", professeur des Universités à l'Université de Bordeaux) ; modéré par l’ancien Premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, et Serge Degallaix (directeur général de la Fondation Prospective et Innovation).

Le webzine CEO Afrique, qui a visionné cette e-conférence, a étudié comment l’abondance de ces ressources naturelles peut jouer un rôle fondamental dans la croissance des économies africaines, sur la base des analyses des intervenants.




« Lorsque je regarde tous ces pays miniers et pétroliers en Afrique, je ne peux m’empêcher de dire qu’ils ont de la chance, qu'ils ont été bénis par le Dieu créateur. Avec leurs ressources naturelles, ils vont pouvoir accélérer leur développement, s'enrichir et, surtout, en faire largement profiter leurs populations » .


Ces propos tenus par l’économiste Philippe Chalmin, président-fondateur du Cercle CyclOpe et professeur des Universités à l’Université Paris-Dauphine, mettent en évidence le poids et l'ampleur des gigantesques ressources naturelles en Afrique, avec pour chacun des pays concernés, une manne financière potentiellement extensible à l'infini qui permettrait, le cas échéant, de financer le développement d'autres industries et consacrer une partie des budgets nationaux aux dépenses sociales. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : la République Démocratique du Congo, détentrice de la deuxième plus grande réserve de diamants au monde (150 millions de carats - source : Statista.com) ; le Ghana, premier pays producteur d’or d’Afrique et figurant dans le top 15 plus grandes réserves minières d'or à travers la planète (1 000 tonnes - source : Statista.com) ; le Nigeria se classant au neuvième rang mondial des réserves de pétrole (évaluées à 37,5 milliards de barils - source: OPEP), le Mozambique comptant la quatrième plus grande réserve de graphite du globe (25 000 tonnes - source : Statista.com) etc ... Alors que les ressources naturelles, à l’instar du diamant, ont favorisé le décollage économique de pays comme le Botswana, force est de constater que la quasi-totalité des autres pays du continent africain affichent des résultats peu satisfaisants, voir quasi-nuls.


Philippe Chalmin donne un aperçu des causes des mauvaises performances du secteur minier et des hydrocarbures enregistrées en Afrique, s’appuyant sur l’exemple de l’Europe au cours des siècles derniers :


« Il y a ce que les économistes ont appelé le "syndrome hollandais". Lorsque les Pays-Bas commencèrent à exploiter du gaz naturel au début des années 60, cela provoqua une récession économique. On en a tiré la conclusion que l'impact externe d'une ressource naturelle provoque des déséquilibres macro-économiques non négligeables, handicape la production locale d'autres productions, déséquilibre le commerce extérieur etc... Il s’agit, certes, d’un "syndrome hollandais", mais on retrouve dans ce cas de figure dans un bon nombre de pays africains [ ... ]. La malédiction des matières premières est presque une constante dans l'histoire » .


Une explication, dont les arguments avancés sur l’analyse descriptive de la malédiction des matières premières semblent être réfutés par Yves Jegourel , président de "Commodities for Nations" et professeur des Universités à l'Université de Bordeaux. Ce dernier adopte une position beaucoup plus nuancée :


« [ ... ] Ce qui pose problème sur ce concept de malédiction des matières premières, c'est qu'il mêle des considérations politiques autour de l'abondance des ressources, des conflits, des luttes sociales, des conflits armés et des considérations d’ordre économique. Pour la clarté du débat, il faut dissocier cette approche économique de l’approche politique, même si elles sont évidemment liées ».