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L’ Égypte se rêve en nouveau paradis des start-up innovantes sur le continent africain

Dernière mise à jour : il y a 6 jours


L’écosystème d'innovation en Égypte se structure et progresse à vitesse Grand V. Il comporte cependant quelques lacunes importantes à combler. Sur la base des témoignages des participants au webinaire "Africa Tech Summit Connects" et ceux des intervenants à la 5ème édition d’Emerging Valley " — lors de deux ateliers intitulés respectivement "Spotlight on Egyptian Tech Scene" et "Emerging Ecosystem Egypt : A Gateway to the Egyptian Entrepreneurial Ecosystem" — , le webzine CEO Afrique, qui a visionné ces e-conférences, met en exergue la vitalité des jeunes pousses égyptiennes et analyse toutes les faiblesses ou insuffisances auxquelles cet écosystème doit remédier.



L’ Égypte est réputée pour ses pyramides, moins pour son vivier de startups. Pourtant, le terreau égyptien semble propice : La FinTech Fawry, qui fait désormais partie du club très fermé des start-up africaines valorisées à plus de 1 milliard de dollars, a mis en lumière un écosystème en pleine ébullition qui grandit vite.


« Au cours de la révolution égyptienne en 2011, les mentalités étaient en train de changer. Les jeunes étaient épris de liberté, pas seulement au niveau politique mais aussi sur le plan financier. Tout cela s’était produit au moment où d’autres étaient en quête de liberté politique, ce qui dénotait un timing vraiment parfait ! C’est à ce moment là que beaucoup de personnes avaient commencé à percevoir l’entrepreneuriat comme comme un moyen de parvenir à cette liberté et cette indépendance, ce qui avait donné l’occasion aux jeunes générations de se construire une identité nouvelle. À cette époque, le pays avait vu naître Flat6Lab, qui est aujourd’hui l'un des plus grands accélérateurs dans la région MENA, avec des antennes implantées en Égypte, en Tunisie et en Jordanie. Le pipeline contient constamment des projets prometteurs, ce qui permet de faire émerger beaucoup d’entreprises, à l'heure actuelle » se félicite Tamer Azer, ex-directeur général du fonds de capital-risque Sawari Ventures, et aujourd’hui associé chez Shorooq Partners.


L’ Égypte est donc en train de se construire un écosystème d’innovation solide, au centre duquel se trouvent une pléthore d’incubateurs, d’accélérateurs, d’espaces de coworking et de Fablabs — Flat6Labs, Athar, AUC Venture Lab (l'incubateur de l’Université américaine du Caire) ou Falak Startups — qui émaillent tout le territoire national.


Créé par Sawari Ventures en 2011, l'accélérateur Flat6Labs a établi les bases de sa première implantation en Égypte en 2017, en lançant un programme d’accompagnement destiné aux start-up égyptiennes à fort potentiel, composé de modules de mentorat, de coaching et d'ingénierie financière, avec en prime la conclusion de divers partenariats avec des investisseurs de renom : Egypt Ventures, Sawari Ventures l'Egyptian American Enterprise Fund etc ...


Marie Therese Fam souhaite que la structure d’accompagnement "Flat6Labs Egypt", dont elle est la directrice associée, agisse comme un véritable catalyseur pour encourager le financement des sociétés en phase d'amorçage, souvent considérées comme trop risquées par les investisseurs :


« Nous avons arrêté d'utiliser le mot "accélérateur" ; nous employons désormais l'expression "seed program", juste pour refléter les changements qui ont été apportés à notre programme, au fil du temps. Il s’agit davantage d’un programme axé sur l’élaboration d’une stratégie de croissance, eu égard au fait que notre structure intègre en son sein une classe d’entrepreneurs, composés essentiellement de jeunes diplômés tout droit sortis de l'université, qui n’hésitent pas à transformer leur projet de fin d'études en une entreprise pilotée par une équipe de professionnels expérimentés et pluridisciplinaires ayant su répondre à un problème qu’ils ont su préalablement identifié sur le marché. Mais dans la plupart des cas, ils ont toujours besoin d'accéder à des réseaux relationnels qui puissent leur ouvrir des portes [ ... ] ».



Autre initiative : Un nouveau-venu, Gemini Africa, cherche à se faire une place dans le paysage de l’accompagnement ds porteurs de projet, tout en essayant de rapprocher l’univers du cinéma et la sphère entrepreneuriale. « Nous cherchons à bâtir un écosystème autour du cinéma, à travers l’intégration des nouvelles technologies. Les industries créatives et culturelles représentent de belles opportunités » commente son PDG, Adly Thoma.


Beaucoup d'autres projets se sont concrétisés. La maison d'édition Nahdet Misr s'est dotée d'un fonds d'amorçage en 2017, " EdVentures", qui s’est spécialisé dans l’accompagnement technique et le financement de start-up liées aux technologies de l'éducation.

 

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De leur côté, la banque égyptienne EGBank et le réseau d’investisseurs individuels Cairo Angels ont créé en commun l’incubateur MINT , comportant un programme intensif de formation d’une durée de quatre mois, afin de préparer les dirigeants de start-up à amorcer le passage à grande échelle de leur projet et accélérer la croissance. Pour sa part, Raya Customer Experience (RCX), filiale de Raya Holding, a procédé au lancement son accélérateur baptisé "Raya Future TECH", en partenariat avec l'accélérateur Openner. Créée en Juillet 2021 dans la ville du Caire, cette structure vise à accompagner des start-ups qui proposent des solutions technologiques, en réponse à des problèmes centrés sur la thématique de la relation client. Les jeunes pousses sélectionnées auront donc accès au mentorat, avec en prime, l’octroi d’un financement pouvant aller jusqu’à 64 000 USD. Dans la foulée, Arab Bank lance à son tour "AB Accelerator", avec pour objectif d’accélérer la transformation digitale des métiers de la banque et développer des produits & services innovants dans les domaines du paiement de l’épargne ou du financement.


Le monde académique n’est pas en reste : Sous l’impulsion de la Banque centrale d'Égypte, l’incubateur NilePreneurs, directement relié à l’Université du Nil, met un point d’honneur à soutenir les jeunes pousses positionnées dans les secteurs de l’industrie manufacturière, l’agriculture et la transformation numérique, à travers sa plateforme d'incubation "NP Incubate", son service de mentorat "NP Innovate" et son service d’accompagnement entrepreneurial "BDS Hubs". En plus de fournir une gamme de services de base que l’on retrouve dans un incubateur "classique", UofCanada (Universities of Canada in Egypt) et DMZ (l’incubateur d'entreprises de l'Université Ryerson ) unissent, quant à eux, leurs forces pour offrir aux entreprises technologiques des espaces de bureau entièrement meublés et une assistance technique.


Les pouvoirs publics, à travers le ministère égyptien des Communications et des Technologies de l'information (MCIT) et le Technology Innovation & Entrepreneurship Center (TIEC) accompagnent également l'écosystème à leur échelle, avec la mise sur pied des "Creativa Innovation Hubs" qui ont été pensés pour encourager la mise en relation entre les étudiants et les dirigeants de sociétés, stimuler l’interaction avec des mentors, promouvoir des activités propices à l'innovation ou favoriser le développement de solutions dédiées à la transformation numérique.


Des startups conquérantes, portes-étendards de "l’Egyptian Tech"


L’ Égypte peut s’enorgueillir de regorger en son sein un bon nombre jeunes pousses dédiées à l’innovation, exécutant un ensemble d’activités technologiques de plus en plus multiformes et pluridisciplinaires. D’autant plus que ces dernières ont su profiter de la progression de l’usage du web, avec près de 55 millions d’utilisateurs Internet recensés, selon les données publiées sur le portail "Internet World Stats" .


L’E-commerce est le secteur le plus représenté de la tech égyptienne, soit 20,8% du total des start-ups innovantes égyptiennes, avec en figures de proue des pépites comme MaxAB, ExpandCart, Elmenus, Capiter ou Breadfast. Voilà l’un des enseignements de l’Egyptian Startup Ecosystem Report 2021, un rapport publié par Disrupt Africa. Parmi les autres grandes tendances qui traversent les nouvelles technologies, on trouve le secteur de la FinTech (11,6 % du total des entreprises technologiques). L’une des startups les plus emblématiques est indéniablement Fawry, susmentionnée plus haut. D’autres réussissent à tenir la dragée haute : MNT-Halan, Paymob, Raseedi, Masary ou Bee. Il ne fait aucun doute que l’ E-santé est actuellement une priorité absolue, contexte de crise sanitaire mondiale oblige (9,4 % du total des startups innovantes). Vezeeta, Shezlong et Yodawy sont celles qui se distinguent le plus. Les perspectives d'avenir semblent également prometteuses pour l’EdTech (7,5 % du total des pépites technologiques). Les sociétés les plus en vue sur l’échiquier local sont Nagwa, EYouth, Emonovo et, surtout, la pépite Almentor qui est présente dans le portofolio du fonds de capital-risque Sawari Ventures.


« Beaucoup de gens, vivant en zone rurale, n'ont pas accès à l'éducation ; ils ne disposent pas des moyens nécessaires pour se procurer du contenu éducatif [ ... ]. Nous scrutons, de façon toute particulière, des entreprises semblables à Almentor, susceptibles de résoudre ce problème d’ordre structurel » affirme Tamer Azer.


5,9 % du total des start-up tech égyptiennes relèvent de la Logistique. Parmi les grands noms, on peut citer notamment Bosta et Trella. 5,5% du total des jeunes pousses misent, de leur côté, sur le secteur de l’E-recrutement, dont Wuzzuf, Forsana et Orcas. 5,3% des entreprises innovantes ont tablé sur l’Intelligence Artificielle et l’Internet des objets, plus en vogue que jamais, avec en tête WideBot et Synapse Analytics. Dans un tout autre registre, 3% du total des start-up font partie du secteur du Marketing digital représenté entre autres par Dsquares et Koinz.



Pour sa part, Swvl fait partie des 2,8% des jeunes pousses qui sont positionnées dans le domaine du Transport. Cette start-up, qui propose des solutions innovantes de mobilité partagée, fait partie du portofolio d’investissements de Sawari Ventures. Tamer Azer témoigne :


« La start-up Swvl a su résoudre de façon satisfaisante un problème — que l’on trouve d’ailleurs dans la plupart des autres pays du continent — , c’est-à-dire mettre en place un outil permettant un meilleur accès aux services de transport public de personnes, à un coût abordable, avec un niveau d’organisation comparable à ce que l’on peut observer en Europe ou aux États-Unis, où les bus et les métros arrivent généralement à l’heure. Cette entreprise est parvenue à résoudre un problème fondamental, en donnant la possibilité aux usagers de transport en commun de se déplacer plus facilement et rapidement d'un endroit à un autre ».


 

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Pour finir, Aqarmap et Nawy comptent parmi les 2,7% de pépites technologiques qui opèrent dans la PropTech (technologie immobilière).


Il va sans dire que l’ Égypte bénéficie d’un marché suffisamment vaste pour pérenniser la réussite de ses activités. En effet, cet État d’Afrique du Nord compte plus de 100 millions d’habitants.


« [ ... ] Vous pouvez développer votre activité sans même avoir besoin d’élargir votre champ d’action au delà du Caire, une ville dotée d’un marché de 25 millions de consommateurs. Tout ce qui y est produit répondra forcément à un besoin. Il existe tellement de problèmes fondamentaux, auxquels les entreprises sont en mesure d’apporter des solutions [ ... ] » observe Tamer Azer.


Signe que l’écosystème tech local est en plein ébullition : En 2021, les fonds de capital-risque ont investi 652 millions de dollars dans les start-up égyptiennes, selon les chiffres publiés par Partech Africa. L'année dernière a été marquée par un véritable boom par rapport à 2020 (269 Million USD). L’Égypte demeure bien entendu loin derrière le Nigeria (1,8 milliard USD). Mais il devance désormais le Kenya (571 millions USD) , un pays considéré également comme une valeur sûre de l’African Tech.


 

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« [ ... ] Les secteurs vers lesquels les investissements ont été principalement orientés sont la FinTech, le transport, la logistique et, bien entendu, le commerce électronique qui a contribué à porter cette vague d'innovations disruptives. Les domaines de la santé, et l’alimentation ont également bénéficié de financements émanant de fonds de capital-risque [ ... ]. Une grande partie de ces capitaux proviennent d’Égypte et des États arabes du golfe Persique » commente Mariam Kamel, manager chez AUC Angels, un réseau de business angels rattaché à l’Université américaine du Caire, opérant dans la région MENA [en anglais: Middle East and North Africa, NDLR ] .


D’une manière générale, cette manne financière pour les startups locales est concentrée en grande partie sur Le Caire et, dans une moindre mesure, sur Alexandrie. La jeune pousse qui est parvenue à boucler le tour de table le plus important à l'échelle de l' Égypte est la FinTech MNT-Halan (soit 120 millions de dollars de levées de fonds), une société co-fondée par Mounir Nakhla and Ahmed Mohsen, proposant des solutions de paiements numériques et des micro crédits aux populations non bancarisées.



L’offre de financement des sociétés en phase d’amorçage est en train de se diversifier, avec l’émergence de business angels, des personnes physiques regroupées (ou non) au sein de réseaux qui investissent leur propre argent dans des entreprises à fort potentiel. À titre d’exemple, on peut citer Med Angels, un réseau d’anges financiers, ayant pour objectif de relier des groupes d'investisseurs providentiels à travers les pays du contour méditerranéen , incluant ceux d'Afrique du Nord. Son fondateur, Tarek A. El Kady, est aussi à l’origine de la création d’Alexandria Business Angels Network :


« [ ... ] Les startups se doivent d'innover à partir de l’intérieur. Mais nous avions constaté que le problème de l'accès au capital se posait particulièrement aux jeunes qui souhaitaient développer leurs activités à Alexandrie. C’est ainsi que nous avons avons lancé un réseau de business angels dans cette ville avec six investisseurs. Aujourd’hui, Alexandria Business Angels Network compte 50 investisseurs, avec un portefeuille composé de 25 sociétés [ ... ]. Nous avons réalisé qu'il y avait aussi une réelle opportunité de promouvoir l’activité d’investissement individuel dans les pays du pourtour méditerranéen et syndiquer les business angels au niveau transfrontalier. D’où le lancement de Med Angels (Mediterranean Angel Investors) [ ... ]. Beaucoup de startups qui ne sont pas encore matures, envisagent de lever des fonds directement en série A, alors elles ne suscitent toutefois pas encore l’intérêt ou des perspectives de développement et de croissance. La phase d'amorçage est vraiment très importante. Nous cherchons donc à combler le fossé dans le financement de start-ups, entre le financement de départ et les levées de fonds en série A ».


 

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Ce qui manque pour rendre l’écosystème tech égyptien beaucoup plus solide et performant


Cependant, l’argent ne constitue qu'une part de l'équation et les défis ne manquent pas. L'innovation aurait pu être encouragée par le vivier de talents qui se trouve sur place. En effet, l’Égypte dispose d’un large bassin de diplômés hautement qualifiés, voire très expérimentés, possédant les compétences requises pour façonner une économie axée sur le savoir et les nouvelles technologiques.


Pour Tamer Azer, l'accès aux talents demeure un problème majeur. L’investisseur n’hésite pas à pointer du doigt une fuite "forcée" des cerveaux :


« L’ Égypte n’est pas confrontée à un problème de pénurie de talents technologiques. Une ou deux fois par an, les entreprises internationales viennent sur place pour débaucher la crème de la crème concernant ces profils [ ... ]. Le pays est en train de perdre un avantage concurrentiel dans ce domaine ».


 

Par Harley McKenson-Kenguéléwa


 

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