• Harley McKenson-Kenguéléwa

Startups : Créer des licornes en Afrique francophone, rêve ou réalité ?

Mis à jour : nov. 11


Très peu de licornes sont africaines. De surcroît, l’Afrique francophone peine à rejoindre le mouvement. Lors du webinaire intitulé " startups : à la recherche de la licorne francophone ", modéré par Rym Keramane (associate partner chez Dalberg) qui s’est tenu le 5 Novembre dernier sous l’égide d’Africa CEO Forum en partenariat avec Huawei, des professionnels du monde de l’entrepreneuriat et de l’investissement, parmi lesquels Mohamed Zoghlami (co-fondateur d’ Afric'Up), Nouss BIH (responsable d’Investissement en charge de la Côte d’Ivoire chez I&P), Christian Jekinnou (associé-gérant chez Fanaka & Co), Raymond Mendy (directeur général de Texaf Digital Campus), Bola Bardet (directrice générale de Susu) et Adnane Ben Halima (VP Relations Publiques, Huawei Northern Africa), nous ont expliqué les raisons pour lesquelles les startups licornes demeurent très minoritaires dans cette partie du monde face à la sphère anglophone du continent, et ont profité de cette occasion pour développer des pistes de réflexion sur les stratégies à employer afin que les choses puissent bouger dans les années à venir.

Le webzine CEO Afrique, qui a visionné en ligne cette e-conférence, en a tiré les éléments les plus pertinents pour faire un tour d'horizon des causes de ce retard mais aussi énumérer les leviers qui pourraient faire émerger une nouvelle génération de champions africains.


Crédit photo : ©CEO Afrique



Dans l’univers de l’innovation technologique et du numérique en Afrique, il existe quatre "géants" : l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Nigéria et le Kenya et puis ... toute une myriade d’écosystèmes entrepreneuriaux en plein développement, répartis aux quatre coins du continent, de la Tunisie à l’Île Maurice, en passant par le Ghana, le Rwanda ou l’Ouganda et bien sûr quelques pays d'Afrique subsaharienne francophone, à commencer par le Sénégal, la République Démocratique du Congo; le Cameroun ou la Côte d’Ivoire.

« Les pays anglophones tels que l’Afrique du Sud, le Kenya ou le Nigéria sont très "business-friendly" et enregistrent les meilleures performances, de par leur poids économique [ ... ]. Leurs écosystèmes d’innovation s’appuient sur plusieurs acteurs : d’une part sur les start-up, mais aussi sur les organismes publics, les financiers, les experts de tous horizons, les grands groupes, les systèmes éducatifs  — universités, centres de recherche, fondations  — et surtout les incubateurs qui prennent de plus en plus une place importante », explique Mohamed Zoghlami, co-fondateur, Afric'Up et consultant en ingénierie d’affaires & analyses stratégiques.


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Christian Jekinnou, associé-gérant chez Fanaka & Co, donne pour sa part un point de vue plus nuancé, mettant en exergue le fait que les ressortissants des pays anglophones qui se sont imprégnés de la culture business à l’anglo-saxonne « adoptent une approche beaucoup plus pragmatique et vont aller directement à l’essentiel, perdant moins de temps dans la préparation et la conceptualisation des projets », contrairement à « la vision latino-française qui privilégie davantage un travail de réflexion au détriment de la réalité du terrain. Un élément qui fait toute la différence car une start-up doit se confronter très rapidement au marché [ ... ] ».


Selon les données d’Africa CEO Forum, quatre États se démarquent par le nombre de hubs actifs : Sur les 643 plateformes technologiques qui ont été recensées en 2019, 90 se trouvent au Nigéria, 78 en Afrique du Sud, 56 en Égypte et 50 au Kenya. De même, les différents rapports annuels du fonds Partech Africa sur le capital-investissement en Afrique permettent à chacun de tirer les enseignements selon lesquels ces pays s’imposent comme les principaux pôles d’innovation sur le continent. Et logiquement, les rares licornes africaines y sont domiciliées.

Par définition, une licorne est une start-up spécialisée dans les nouvelles technologies, dont la valorisation dépasse le milliard de dollars. Ce terme, aux origines floues durant l’antiquité , fait référence aux récits de voyageurs en Perse et en Inde qui décrivent une créature légendaire à corne unique, présentant des traits de ressemblance morphologiques assez frappantes avec tout à la fois l’antilope, le cerf, le bouc et le cheval. Ce mot, l’investisseure américaine Aileen Lee va se l’approprier et le contextualiser dans le domaine entrepreneurial : Une étude réalisée par ses soins en 2013 révèle que près de 0,1 % des entreprises ayant bénéficié de capitaux émanant de fonds de capital-risque atteignait une valorisation de plus d’un milliard de dollars dans les dix années suivantes. Afin de mieux mettre en relief cette singularité, elle adopte le terme " Unicorn ", faisant allusion à cet animal mythologique. Aujourd'hui, sur les 480 entreprises licornes répertoriées à travers le monde par le cabinet d'études CB Insights, 228 sont américaines et 122 proviennent de Chine.

Dans la même lignée de pensée, l’investisseure sénégalaise Marième Diop estimait, il y a quelques temps, que les "gazelles" — terme désignant des startups dont la valorisation s’élève à 100 millions de dollars pour chacune d’elles et générant un chiffre d’affaires compris entre 15 et 50 millions de dollars — correspondent davantage aux enjeux des différents écosystèmes africains, quitte à abandonner les objectifs relatifs au développement de licornes, complètement irréalisables selon elle.


Jason Njoku, fondateur de la plateforme de streaming IrokoTV : « [ ... ] Nous serions peut-être plus disposés à créer plus de startups gazelles que de licornes à l'étranger [ ... ] » .


Collins Onuegbu, investisseur et fondateur de " Signal Alliance ", spécialisé dans l'intégration des systèmes d'information : « Toute startup basée en Afrique génère un chiffre d'affaire à hauteur de 10 millions $US, au cours de ses cinq premières années, sera qualifiée de "gazelle africaine" » .



Tous pays africains confondus, l’Afrique du Sud et le Nigéria sont les plus représentés en matière de licornes, avec en porte-étendards la société de paiement numérique Interswitch, la fintech Paystack (rachetée récemment par la société américaine de services financiers Stripe), Promasidor Holdings et l’entreprise de téléphonie Cell C. Vient ensuite l’Égypte avec l’entreprise de solutions de paiement électroniques Fawry. À noter la plateforme e-commerce Jumia estampillée " licorne africaine ", co-fondée par les Français Jérémy Hodara et Sacha Poignonnec.


Moins médiatisées que ces entreprises évoquées ci-dessus, plusieurs sociétés — à titre d'exemple : Branch International (Kenya), M-Kopa (Kenya), Jumo (Afrique du Sud), Andela (Nigeria), Cellulant (Kenya), Wakanow (Nigeria), Peg Africa (Ghana), Paga (Nigeria), GetSmarter (Afrique du Sud),  Flutterwave (Nigeria) ou Kudabank (Nigeria) — constituent déjà d’éclatantes " success stories " et pourraient bientôt faire leur entrée dans le club très fermé des Licornes où les Africains restent bien rares.

Avec 2,02 milliards de dollars en 250 levées, l’Afrique a augmenté de 74% ses investissements en 2019, par rapport à l’année précédente. Des chiffres plutôt révélateurs du dynamisme entrepreneurial sur le continent et des plus prometteurs pour " l’African Tech ", qui restent toutefois à relativiser si l’on tient compte du nombre très limité de jeunes pousses qui se sont distinguées par ces importantes levées de fonds.

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Panne de financement en Afrique francophone


Le constat est dur et sans appel : Les pays d’Afrique francophone n’ont enregistré aucune entreprise pouvant atteindre le milliard de valorisation. Globalement, les difficultés d’accès aux financement et, subsidiairement, la manque de maturité de projets entrepreneuriaux figurent parmi les principales causes de leur retard face aux Kényans, aux Nigérians, aux Égyptiens ou aux Sud-Africains. Si l’on se réfère à nouveau au dernier rapport du fonds Partech Africa, il en ressort que les pays francophones arrivent en queue de peloton en matière de levées de capitaux, à l’instar du Sénégal qui n’a capté que 16 millions USD en 2019, suivi de la Tunisie (8 millions USD), le Maroc (7 millions USD), la République Démocratique du Congo (4 millions USD), l’Algérie et le Cameroun (4 millions USD chacun), le Niger (3 millions USD) et la Côte d’Ivoire (2 millions USD).

À titre de comparaison, le Nigeria a effectué une levée record de 747 millions USD et le Kenya, 564 millions USD !

Nouss Bih, en charge de la Côte d’Ivoire chez Investisseurs & Partenaires, va plus loin dans son analyse en soulignant le très haut degré d'aversion à la prise de risque que manifestent un bon nombre de financiers :

« [ ... ] En Afrique francophone, en prenant le cas particulier d’Abidjan, les fonds d’investissement vont plutôt se focaliser sur des classes d’actifs considérées comme moins risquées, par exemple sur des entreprises de grande taille ayant déjà un historique d’opérations qui veulent procéder à des levées de fonds pour se développer davantage. [ ... ] Pour pouvoir investir de façon sereine dans les start-up, il faut maîtriser certains types d’instruments, à l’instar du "Venture Capital" qui correspond à une logique très particulière. Le principe, c’est que l’on va investir dans plusieurs jeunes pousses, tout en gardant à l’esprit que le risque de casse est assez élevé. Les startups qui vont réussir afficheront indéniablement une rentabilité très forte qui permettra de rétablir l’équilibre et compenser les pertes financières subies par les autres [ ... ]. Lorsque vous avez un flux de startups qui est faible, il est donc plus difficile de parvenir cet équilibre » .

D’où la frilosité des gestionnaires de fonds dans cette partie du monde.

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Bola Bardet, PDG de Susu, une start-up spécialisée dans les services de santé, confirme l'existence à grande échelle d'un fossé entre les investisseurs anglophones qui ont développé une culture du risque efficiente et leurs homologues francophones et fait part de son témoignage lors du webinaire :

« J’ai évolué très vite dans un environnement entrepreneurial anglo-saxon où j’ai eu à collaborer avec d'autres patrons de start-up. En termes d’ambition, de développement et de levées de fonds, la perception du risque était différente, selon que nous échangions avec des investisseurs anglophones ou des investisseurs francophones : les premiers n’étaient pas forcément choqués lorsque nous faisions part de notre volonté de lever des millions de dollars pour nos start-up en phase d’early-stage; alors que les seconds étaient troublés et ne comprenaient pas pourquoi nous prétendions à lever autant d’argent [ ... ]. Dans cet état d'esprit, il est donc difficile de créer des licornes en Afrique francophone si l’on n’est pas en mesure de lever des fonds de cet ordre en vue de se développer rapidement » .

Même constat du côté des business angels. Contrairement aux pays d’Afrique anglophone, la sphère francophone ne parvient pas à faire éclore suffisamment d’anges financiers sur son sol, réputés manifester n goût très prononcé pour le risque et seuls disposés à investir des sommes considérables sur des start-up encore non bénéficiaires.

Une culture de la gagne moins affirmée


D’une manière générale, les pays d'Afrique francophone pâtissent également de l'étroitesse de leur marché local, ce qui limite considérablement les possibilités offertes aux entreprises de réaliser des économies d’échelle dans l'optique d’atteindre des niveaux de compétitivité nécessaires et, de ce fait, accroître de façon substantielle leur chiffre d’affaires, sans oublier la relative faiblesse du niveau du pouvoir d’achat des classes moyennes, par rapport celui observé dans la sphère anglophone, censé soutenir l'activité économique.

La fondatrice de Susu, Bola Bardet,  pointe du doigt la petitesse de ces marchés qui ne permet pas de propulser une start-up lambda vers les sommets :

« Concernant la taille du marché, le Nigéria représente huit fois la Côte d’Ivoire, ce qui procure mécaniquement aux start-up nigérianes un avantage compétitif fort. L’idéal, pour une jeune pousse établie dans un pays d’Afrique francophone, est donc déployer une stratégie panafricaine en termes de passage à l’échelle et de développement ».

Mais au delà de cette problématique, si les licornes peinent à émerger, c’est aussi en rapport avec une absence d’ambition des porteurs de projet, ne s’inscrivant aucunement dans une vision à long terme, se restreignant alors à conquérir des clients exclusivement à l’échelle de la ville ou du pays d’implantation et faisant fi des opportunités commerciales qu’offre la libre circulation des personnes et des biens par exemple dans les espaces CEDEAO (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest) ou la CEEAC (Communauté économique des États de l'Afrique centrale). En somme, la majorité des porteurs de projet inhibent leurs ambitions et, de ce fait, ne pensent jamais grand.

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Faible niveau d’apprentissage en anglais

Il est jugé nécessaire de posséder un bon niveau d anglais pour pouvoir communiquer avec le monde extérieur hors de son pays. Il est particulièrement impossible d’échapper à la langue de Shakespeare et les compétences linguistiques sont mises à l’épreuve en permanence lors des échanges commerciaux. Tous les créateurs et chefs d’entreprise nigérians, kényans ou sud-Africains ne risquent pas de rencontrer ce genre de problème, puisque leur pays respectif a l'anglais pour langue officielle. Compte tenu de cette bonne "prédisposition", leurs regards sont évidemment tournés vers les États-Unis, temple du libéralisme économique et des technologies disruptives où les GAFAM  — Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft — ont pignon sur rue et dans lequel les modèles de réussite les font rêver, au point qu’une partie non négligeable de ces aspirants entrepreneurs cherchent coûte que coûte à intégrer les meilleurs business schools américaines ( Harvard Business School, Wharton, Stanford, Massachusetts Institute of Technology etc ...) ou choisissent de faire leur classe à la Silicon Valley afin de mettre en pratique les théories apprises ou ce qu’ils ont acquis en milieu professionnel dès leur retour au pays et ce, dans le cadre d’un africapitalisme à la fois conquérant et responsable.


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Les systèmes éducatifs locaux ne sont pas en reste. « Les meilleures grandes écoles de commerce se trouvent du côté anglophone », poursuit  Mohamed Zoghlami, faisant sans doute allusion à des établissements prestigieux comme la Graduate School of Business à l’université de Cape Town, Wits Business School, Cairo School of Business au sein de l’université américaine située dans la capitale égyptienne, GIBS Business School (Université de Pretoria), Strathmore Business School (Kenya) ou Lagos Business School (Nigeria).

À contrario et à l’exception notable des ressortissants camerounais, rwandais ou mauriciens qui bénéficient d’un bilinguisme français/anglais institutionnalisé, les femmes et hommes d’affaires issus d’Afrique francophone, marginalisés de la barrière de la langue, n’osent se déplacer au delà de leur espace géographique pour conquérir des parts de marché à l’extérieur. Le constat est d'autant plus préoccupant que les jeunes écoliers découvrent la langue anglaise tardivement lors de l’entrée au collège, un désavantage dans ce contexte de mondialisation croissante des économies.

Pour Mohamed Zoghlami, la recherche de capitaux n’est pas donc le seul vecteur d’émergence de licornes. Du fait de la barrière linguistique, il est plus difficile pour les entreprises établies en Afrique francophone de prospérer à l’international :

« [ ... ] L’anglais, c’est la langue des affaires, la langue internationale par excellence. Les pays anglophones sont mieux armés pour la mondialisation. [ ... ] Lorsque vous cherchez une information économique ou technique, il y a de fortes probabilités pour qu’elle soit en anglais. Même les jeunes créateurs d’entreprise sont amenés à effectuer leur pitch en anglais dans le cadre d’une recherche de financements. La plupart des données sont très rarement disponibles en français [ ... ]. La barrière de la langue pose de réels problèmes chez les africains francophones » .

Les licornes, phénomènes de mode ?

Nombreux sont les dirigeants d’entreprise qui semblent subjugués , voire " envoûtés " par ce phénomène, se laissant tentés à leur tour par cette course effrénée pour rejoindre le club très fermé des licornes. Ce qui a de quoi laisser perplexe les experts les plus ouverts d’esprit.


La valorisation d’une start-up ne constitue pas du tout un critère de réussite.



À titre d’information, la valeur financière de ces sociétés n’est aucunement évaluée en fonction des fluctuations boursières. La valorisation de ces startups repose presque uniquement sur leur capacité à effectuer des levées de fonds auprès d’investisseurs. Or, le hic, c'est qu’il existe une trop grande différence entre l’évaluation de ces jeunes pousses  et leur valeur marchande réelle qui doit être indexée avant tout sur leurs résultats, leurs marges commerciales et leur valeur ajoutée. Un fossé qui pourrait créer à moyen terme les conditions idéales pour engendrer une " bulle de licornes ", à l’instar de la bulle Internet qui avait affecté durablement les valeurs technologiques sur les marchés d'actions à la fin des années 1990.

Christian Jekinnou, associé-gérant chez Fanaka & Co, met en garde au sujet de cette course aux licornes qui ne constitue nullement un indicateur clé pour définir les potentialités d’une entreprise, déplorant par la même occasion la lecture erronée et la présentation souvent inexacte des arguments présentés par les chefs d’entreprise, quant à leurs objectifs et la finalité de leur sociétés :

« Le succès d’une jeune pousse repose sur sa capacité à résoudre de vrais problèmes.[ ... ]. Par ailleurs, la valorisation d’une start-up ne constitue pas du tout un critère de réussite. Je suis toujours estomaqué de voir que leurs fondateurs sont félicités chaleureusement lorsqu’ils parviennent à lever des fonds, comme si cela devrait être considéré comme une fin en soi ! » .

Même son de cloche du côté de la responsable d’Investissement en charge de la Côte d’Ivoire chez I&P, Nouss Bih, pour qui « le concept de licorne ne doit pas être un point d’ancrage très fort des start-up francophones [ ... ]. Plutôt que de viser le statut de licorne, il faut se concentrer sur la mise sur pied de startups solides opérant sur différents marchés, qui soient des exemples d’excellence opérationnelle, avec des business models qui fonctionnent et qui assurent leur pérennité ».

Un brin d'espoir et d'optimisme pour un "demain" meilleur qu’aujourd’hui

Les réformes structurelles et les législations en constante évolution sont susceptibles d’engendrer des licornes dans quelques années. Les écosystèmes entrepreneuriaux et d’innovation africains vont poindre une lueur d'espoir au bout du tunnel. Les porteurs de projet sont plus confiants que jamais dans la mise en œuvre du "Startup Act ", déployée dans un bon nombre de pays africains, qui a pour objectif de faciliter grandement l’accès des start-up aux financements et octroyer d’exonérations ou allègements fiscaux, des leviers d’action importants pour mener à bien leurs activités à l’international et générer ainsi de l’hypercroissance, voire devenir des licornes.

« Dans les pays d’Afrique francophone, le cadre réglementaire est en train d’évoluer dans le bon sens; je pense notamment à la Tunisie avec la mise en oeuvre du premier Startup Act sur le continent, se réjouit Adnane Ben Halima, vice-président en charge des affaires publiques pour la zone méditerranée dans la région Afrique du Nord de Huawei. Pour qu’une " Startup Act " soit la plus efficace possible, il faut instaurer une coopération active entre le secteur privé et les pouvoirs publics afin de définir les besoins et identifier les obstacles sur le terrain — les financements, les ressources humaines, les infrastructures, l’accès au marché —, en vue de définir une roadmap claire » .


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Un sentiment partagé par le directeur général de Texaf Digital Campus,  Raymond Mendy, ajoutant qu’il faille « créer un cadre propice pour l'amélioration des infrastructures et de la connectivité Internet pour les utilisateurs

Le Sénégal a emboîté le pas à la Tunisie, s’inspirant de son " Startup Act ". Dorénavant, chaque pays africain veut posséder un cadre réglementaire identique et se penche actuellement sur des projets de loi qui vont dans ce sens : le Rwanda, la République Démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire, le Mali, l’Algérie etc ...


Par ailleurs, le continent africain pourra bientôt profiter d’un écosystème entrepreneurial favorable pour développer et mieux mettre en valeur le potentiel de ses jeunes pousses grâce au projet phare de l’Union Africaine, la ZLECA ( zone de libre-échange continentale africaine) un marché prometteur de 1,2 milliard de consommateurs qui laisse le champ libre aux PME et start-up africaines pour innover, mener à bien leur activité et devenir à coup sûr les prochaines licornes qui succéderont à Interswitch, Paystack ou Jumia. C’est désormais un signal fort et une fenêtre d’opportunité qui s’ouvre aux dirigeants d’entreprise les plus ambitieux.

Dans un tout autre registre, Raymond Mendy prédit que les entreprises qui intégreront le classement très prisé des licornes dans les cinq, voire six prochaines années, émergeront en République Démocratique du Congo, son vaste marché intérieure étant susceptible de conditionner fortement les levées de fonds futures des pépites innovantes congolaises.

« Le marché africain francophone le plus attrayant est celui de la RDC, soutient Raymond Mendy. Texaf Digital Campus a pris le pari de pouvoir développer l’écosystème local et d’accueillir des PME Tech. Nous testons ce marché dans l’optique de voir dans quelle mesure l’on pourrait y faire émerger la prochaine licorne. Cela est d'autant plus probable que la RD Congo constitue un marché de près de 90 millions de consommateurs [ ... ] » .

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Mais pour que ces derniers puissent réellement exister, il faudrait garder à l’esprit que le principal challenge sera d’étendre l'éclosion de véritables classes moyennes à tout le territoire national de la République Démocratique du Congo. En effet, l'entreprise américaine Fraym estimait, en 2018, que les consommateurs congolais disposant d’un pouvoir d’achat convenable sont concentrés essentiellement dans la ville de Kinshasa, avec soit près de 5,5 millions de personnes, c'est-à-dire moins de la moitié de la population urbaine évaluée à 14,57 millions.

Nouss Bih, quant à elle, met l’accent sur l’importance d’élaborer des programmes destinés à accompagner des start-up africaines en hypercroissance, des soutiens qui sont susceptibles de les aider à croître leurs revenus de manière exponentielle :

« [ ... ] Il faut renforcer les structures d’appui aux startups. Je pense à un programme comme ‘L'Afrique Excelle’ de la Banque Mondiale qui a permis aux meilleures start-up de l’espace francophone de leur donner davantage de visibilité et d’être mises en relation avec des investisseurs [ ... ] » .

Par Harley McKenson-Kenguéléwa




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