• Harley McKenson-Kenguéléwa

Émergence de l' Africapitalisme : entre business décomplexé et contribution à l'intérêt général

Mis à jour : 26 déc. 2020


Apparition d’une nouvelle génération de dirigeants d’entreprise, bouleversement du paysage du capital-risque, responsabilité sociale etc ... L’Africapitalisme se répand à un rythme soutenu sur le continent africain, tout en relevant le défi de la solidarité et du lien social, et s’affirme à l’heure actuelle comme une forme crédible d’organisation économique dans cette partie du monde. La montée des fonds d’investissement dans le capital des PME et des start-up africaines a permis d'engendrer des champions régionaux qui ont vu leurs résultats atteindre des sommets. Cependant, la crise mondiale liée à la pandémie de Covid 19 a brisé cette dynamique.

" Gouvernances, afri-capitalisme et soft power: la nouvelle donne africaine " : Tel a été le thème du webinaire, co-organisé par le journal " L'Opinion " et l’agence de communication " 35°Nord ", modéré par Nicolas Beytout et Philippe Perdrix, qui s’est tenu le mardi 6 octobre dernier. Il s’agit, là, d’un sujet auquel Léonce Yacé (Directeur Général de NSIA Banque Côte d'Ivoire), Vincent Le Guennou (Associé fondateur et co-PDG d'Emerging Capital Partners ECP), Anne-Laure Kiechel (Fondatrice de Global Sovereign Advisory, société de conseil aux États et aux Entreprises Publiques), Brice Chasles (Directeur Général Deloitte Afrique Francophone), Tidjane Thiam (Administrateur du groupe Kering, dans le secteur du luxe) et Rémy Rioux (Directeur général de l'Agence française de développement) ont tenté d’apporter des éléments d’explication et de compréhension. Le webzine CEO Afrique, qui a visionné cette e-conférence, vous relate les éléments les plus significatifs concernant les interventions des panélistes.




« [ ... ] Dans les années 80, l’Europe faisait à peu près 20 fois le PIB de l’Afrique. Aujourd’hui, elle fait environ 7 fois le PIB du continent africain [ ... ] ! » . Cette progression relativement forte, constatée par Tidjane Thiam lors de la conférence "Gouvernances, afri-capitalisme et soft power : la nouvelle donne africaine" , permet de mettre plus clairement en relief l’Africapitalisme, une doctrine développée par l’homme d’affaires nigérian Tony O. Elumelu, qui promeut l'idée selon laquelle le secteur privé, l’entrepreneuriat et l’innovation technologique doivent constituer les éléments moteurs d’un développement économique pérenne profitable à toutes les couches de la société eu égard aux faiblesses institutionnels et à la défaillance de l’État-providence observées dans cette partie du monde avec l’adoption de stratégies d'investissement à long terme dans les secteurs d’activité les plus porteurs et une réappropriation des moyens de production.

Une thèse à laquelle semble souscrire l’ancien directeur général de Crédit Suisse :

« [ ...] J’appartiens à cette génération qui a pu scruter de près le véritable décollage de l’Asie. Regardez l’Indonésie, le Vietnam etc... Dans tous ces pays, j’ai pu faire le constat sur la contribution des entrepreneurs aux créations de richesse et d’emploi. [ ... ] Je tire les enseignements de mon expérience et j’en déduis qu’il n’y a qu’un seul mot d’ordre pour l’Afrique: l’entrepreneuriat ! Le talent est là; le capital humain est partout. Il faut juste mettre en place les conditions pour que tous ces talents puissent s’exprimer, créer des entreprises de taille importante qui investissent dans l’économie locale, en vue de satisfaire des besoins réels [... ] » .

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Le private equity et le venture capital, nouveaux instruments du capitalisme africain



" Africinvest ", " Investisseurs & Partenaires ", " Amethis ", " Partech Africa ", " Actis ", etc... Le capital-investissement apparaît aujourd'hui comme une véritable alternative aux activités des établissements bancaires. Mettre à contribution des investisseurs institutionnels et des épargnants fortunés pour entrer au capital des entreprises africaines : tel est également l’objectif du fonds panafricain Emerging Capital Partners (ECP), créé en 2000 sous la direction de Thomas Gibian, Hurley Doddy, Vincent Le Guennou et Carolyn Campbell, qui concentre ses investissements sur les secteurs porteurs et les plus profitables tels que les services financiers, les infrastructures, les télécommunications ou les biens de consommation.


« NSIA a été l’une de nos très belles aventures. Quand nous sommes entrés au capital, le groupe était présent essentiellement dans les pays francophones. Lors de notre sortie du capital, il a multiplié son revenu par 3 et a désormais étendu ses activités dans 12 pays, avec des avancées majeures au Ghana et au Nigéria. La recette du succès de ce type de partenariat: transparence, bonne gouvernance et décision stratégique partagée. [ ... ] Parmi nos autres grands succès, figure le groupe bancaire ORAGROUP qui était présent dans cinq pays lorsque nous étions entrés dans son capital. Il opère aujourd’hui dans tous les pays de la zone UMEOA et quelques États en Afrique centrale, une croissance extraordinaire enregistrée sur les 10 dernières années, qui s’est conclue par une entrée à la Bourse Régionale des Valeurs mobilières d’Abidjan [ ... ] » se réjouit Vincent Le Guennou, l'un des co-dirigeants d'ECP.

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Une déclaration qui va dans le même sens que l’analyse effectuée par le directeur Général Deloitte Afrique Francophone, Brice Chasles, en matière de modèle de développement des groupes privés en Afrique, particulièrement sur la problématique de la gouvernance.

« [ .... ] Il y a une prise de conscience croissante, de la part des groupes familiaux en Afrique, de l’importance des thématiques autour de la gouvernance, la gestion des risques, l’éthique et la transition énergétique. Près de 60 % d’entre eux sont sensibilisés sur les enjeux de la RSE [ ... ]. Il y a aussi un vrai enjeu concernant la montée en compétences, la formation, et notamment, tout ce qui touche au middle management [ ... ]. On observe également une progression en matière de représentativité d’administrateurs indépendants au niveau des conseils d’administration » . Une pression constante émanant d’investisseurs ou d’administrateurs, très présents au sein de ces organes, qui oblige donc les fondateurs d’une entreprise à rendre des comptes à leurs actionnaires et, de ce fait à optimiser leur gouvernance.

Précurseur sur le marché du capital-investissement en Afrique, Emerging Capital Partners a su démocratiser l’accès au marché du capital via des structures autres que des établissements bancaires sur le continent, a donné l’occasion, via son soutien financier, d’accélérer la croissance externe de PME locales et voit désormais la nécessité d’investir dans des entreprises de plus en plus grosses, au point de s’ériger en chantre de ce capitalisme de bâtisseurs à l’africaine. « [ ... ] Je suis un fervent supporter de la création de ces champions économiques régionaux » affirme le financier franco-camerounais Vincent Le Guennou.

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Le contexte actuel de crise sanitaire du Covid 19 n’a fait qu’accroître la réticence des acteurs du capital-risque à poursuivre leurs investissements en Afrique, en raison notamment du ralentissement de l’activité économique mondiale et de la détérioration des marchés financiers. À contrario, les investisseurs locaux manifestent de plus en plus leur volonté de prendre en main les leviers de leur économie, un élément majeur d’une vraie souveraineté dans ce domaine.

« [ ... ] Comme lors de chaque crise mondiale, les investisseurs privés internationaux ont tendance à éviter les zones géographiques qu’ils perçoivent comme plus risqués et , malheureusement, l’Afrique en fait partie. Il faudra trouver des réponses adaptées pour éviter cet écueil. Pour ma part, je fonde de grands espoirs sur une meilleure implication des investisseurs privés africains. Lors d’une levée de fonds qui s’est conclue en 2018, 20 % d'entre eux émanaient d’investisseurs institutionnels ou de type ‘family office’ . C’est l’une des grandes surprises positives [ ... ] L’intérêt grandissant de acteurs, institutionnels ou non, a facilité l’entrée au capital de ces groupes régionaux que nous avons contribué à constituer.  » poursuit Vincent Le Guennou.

Un climat des affaires plombé par le coronavirus

Il convient de noter que les profondes réformes structurelles engagées en permanence par les administrations publiques d'un grand nombre de pays africains ont permis de faire émerger et porter haut et fort les valeurs défendues par l’africapitalisme à travers tout le continent.

« On a l’impression que le fait d’investir en Afrique est extrêmement risqué. C’est complètement faux : il y a, là, une méconnaissance de la situation; les pays africains ont réalisé des progrès substantiels, comme l’indiquent les différents rapports Doing Business de la Banque Mondiale » rappelle Anne-Laure Kiechel, Fondatrice de Global Sovereign Advisory, société de conseil aux États et aux Entreprises Publiques.

Pour sa part, le directeur Général de Deloitte Afrique Francophone, Brice Chasles, « voit l’émergence des écosystèmes comme une des réponses aux grands enjeux du développement sur le continent, notamment dans le secteur de la santé ou de la mobilité par exemple, en faisant collaborer à la fois les acteurs publics, les bailleurs de fonds internationaux et les entreprises privées » .

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Dans un toute autre registre, Rémy Rioux, directeur général de l'Agence française de développement (AFD), met l’accent sur le projet de grande zone de libre-échange continentale qui va indéniablement offrir une bouffée d’oxygène pour la croissance des PME africaines :

« [ ... ] Une grande attention doit être bien sûr accordée au secteur privé. Pour cela, il faut renforcer les politiques publiques. L’Afrique s’est engagée dans un projet d’intégration commerciale, la ZLECA [Zone de Libre-Échange Continentale Africaine, NDLR ], une zone de libre-échange à l’échelle du continent, et ce dans un monde où le commerce est actuellement très fragmentée ».

Mais compte tenu de ce qui précède, force est de constater que le contexte s'est dégradé, pénalisé par les mesures de confinement et de restrictions de déplacement, même si l’on observe une certaine résilience des économies africaines.

« Nos clients les plus impactés par le choc économique au cours de la période Mars-Juillet sont les entreprises qui opèrent dans les secteurs du tourisme, de l’hôtellerie et ceux qui exercent en relation étroite avec l’international, déplore le directeur Général NSIA Banque Côte d'Ivoire, Léonce Yacé. [ ... ] La Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest a mis en place un certain nombre de mesures pour permettre aux établissements bancaires de continuer à les accompagner [ ... ] ».

L’impact de cette crise liée la pandémie de Covid 19 est d’autant plus fort que les pays africains membre de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) ont vu leurs revenus pétrolières diminuer drastiquement au cours du premier semestre de l’année 2020, des recettes qui auraient pu permettre aux gouvernements de placer les investissements dans les infrastructures au sommet de leurs priorités, une condition sine qua non pour améliorer le climat des affaires où prospèrent les africapitalistes.


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De ce fait, Anne-Laure Kiechel se livre à une analyse de l'évolution de la dette africaine estimant que « si l’on reste sans rien faire, sans plans de relance et sans mesures, il est impossible pour les États de dégager des marges de manœuvre budgétaires ». assène-t-elle en suggérant deux leviers. Le premier, explique-t-elle, est d'inciter plus fortement les institutions internationales, dont le FMI (Fonds Monétaire International), à « apporter et augmenter leurs programmes des aides d’urgence» .

Pour cela, il faut « de la qualité dans les plans de relance », ce qui permet de « voir si les économies sont capables de repartir ou non ». Le deuxième levier consisterait, dans le cadre du moratoire sur la dette à « ne pas restreindre les négociations aux seuls créanciers publics », mais plutôt « les élargir aux créanciers privés ». Des solutions qui, selon la gérante de Global Sovereign Advisory, donnerait l’occasion de dégager des marges de manœuvre budgétaires et financer ainsi les infrastructures propices à l’amélioration du climat des affaires.


Par Harley McKenson-Kenguéléwa




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