Sortie de crise Covid-19 : Quel plan de relance pour les économies africaines ?
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Sortie de crise Covid-19 : Quel plan de relance pour les économies africaines ?

Mis à jour : juil. 26


Après une longue période de confinement, suivie de mesures de déconfinement progressif, les dirigeants d’entreprise et patrons d’usine africains se demandent comment ils vont préparer le redémarrage de leur activité. À travers son émission-live qui s’est tenue le 18 Juin 2020, la "Tribune Afrique", en partenariat avec l'agence conseil 35°Nord, a interrogé un panel d'experts composé de Ylias Akbaraly, PDG du groupe Sipromad & président du Conseil d'administration de Thomson Broadcast , Philippe Labonne, directeur général adjoint de Bolloré Transport & Logistics, Kako Nubukpo, doyen de la Faculté de sciences économiques et de gestion de l'Université de Lomé (Togo) et Remy Rioux, directeur général de l'Agence française de développement (AFD) . Ces derniers ont formulé des propositions de sortie de crise, en fonction de la manière dont la pandémie sera maîtrisée.


Pour notre part, le webzine CEO Afrique, qui a visionné la conférence, en a profité pour prendre également la température des échanges commerciaux entre les pays africains et la France.




La guerre contre le coronavirus n’est pas seulement sanitaire; elle est aussi économique par la grande ampleur des conséquences de cette crise du Covid-19. La pandémie a eu l'effet d'un véritable coup de massue sur la croissance économique des pays africains.


« [ .... ] La pandémie du Covid-19 a engendré une déstructuration des circuits logistiques et une baisse du cours des matières premières. On a assisté à une véritable dégringolade du prix du pétrole [ ... ], analyse Kako Nubukpo, citant au passage des pays comme le Nigeria, l’Algérie et l’Angola qui dépendent étroitement de l’exportation de l’or noir. On voit bien qu’il y a eu une chute des recettes touristiques et une baisse des transferts d’argent des migrants en direction de l’Afrique » poursuit l’économiste togolais.


La situation est d’autant plus préoccupante que Rémy Rioux, directeur général de l'Agence française de développement (AFD) tire la sonnette d'alarme :


« La Commission économique pour l’Afrique parle de l’ordre de 20 millions d’emplois qui pourraient être perdus à court terme. À l’AFD, via notre filiale PROPARCO, nous sommes évidemment extrêmement inquiets pour nos clients du secteur privé africain — tourisme, transport aérien, secteur alimentaire, secteur extractif — . Tous ces secteurs sont frappés par ce choc externe » .


Parmi les autres institutions qui se sont engagées à soutenir les PME et TPE africaines, figurent le groupe Ekobank et l’Agence de Développement de l’Union Africaine (AUDA-NEPAD).


Par ailleurs, la différence de réponse et de tonalité des politiques de dépenses publiques en Afrique par rapport à l'Europe se reflète dans le fait qu’il n’y a pas vraiment eu de dispositifs de soutien aux revenus des ménages, dont la plupart se trouvaient déjà dans une situation de précarité extrême. Un très grand nombre de travailleurs n’ont bénéficié d'aucune protection sociale au moment où le confinement a été mis en œuvre et sont restés chez eux sans revenus de subsistance. Eu égard à l’insuffisance de la mobilisation des ressources publiques, les marges de manœuvre des pouvoirs publics paraissent très limitées. Ajouté à cela, il convient de noter que le taux d’épargne sur le continent est relativement insuffisant, du fait du faible niveau des revenus, et les systèmes de retraite ne couvrent qu’une partie infime des populations. Il est difficile dans ces conditions d’envisager sérieusement une relance de la demande, moteur de croissance menant à la relance de la production et à la création ou la préservation d’emplois.


L’heure est désormais venue de gérer efficacement les situations d'urgence et de survie auxquelles doivent faire face les TPE et PME locales qui sont à l'arrêt. Mais la réouverture de ces entreprises ne permettra sans doute pas de ramener dans l’immédiat les économies à leur niveau antérieur. Les effets dévastateurs du coronavirus ont amené les intervenants à se poser la question de plusieurs scénarios de sortie de crise .


Vers une nouvelle dynamisation des relations économique et commerciale entre le continent africain et la France ?


Depuis sa prise de fonction à l’Élysée, le président Emmanuel Macron se montre un ardent défenseur de la cause africaine, faisant valoir une nouvelle vision pour la refondation des relations entre le continent et l’Hexagone.

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C’est aujourd’hui dans le cadre de la solidarité internationale que le chef de l'État français veut marquer le coup pour faire face aux conséquences économiques de la pandémie de Covid-19. Il plaide pour un moratoire sur la dette africaine, assorti d'échéances de remboursement très lointaines et d'un non-remboursement des intérêts, souhaitant associer à cette initiative tous les créanciers du continent, y compris le premier partenaire commercial qu’est la Chine.


Cette prise de position abonde dans le sens d’une recommandation formulée par Kako Nubukpo :


« Il faut distinguer le court terme du moyen terme. À court terme, il est important de pouvoir apporter une réponse budgétaire conséquente et, par rapport à cela, le moratoire sur la dette est le bienvenue. Cette crise nous impute d’ 1/3 de nos recettes d’exportation. Ce n’est pas rien [ ... ] ».


Pour sa part, Rémy Rioux, à la manœuvre pour ne pas laisser s'effondrer les écosystèmes entrepreneuriaux africains, se dit prêt à poursuivre, à travers l’AFD, des opérations de capital-investissement destinées à soutenir des projets rentables ou financer des entreprises qui seraient mises en graves difficultés par la crise sanitaire :


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« C’est lorsque cela va mal que les agences de développement doivent être les plus dynamiques et les plus attentives. L’AFD , c’est 14 milliards d’euros de financement par an, dont la moitié est destinée à l’Afrique. Il faut maintenant répondre à la crise économique et à la situation des entreprises. Nous allons activer autant que possible " Choose Africa ", une initiative que nous avions lancée à Dakar et à Nairobi, à travers Proparco [ .... ] . L’AFD ne pourra pas, à elle seule, apporter les solutions. Nous devons agir de façon très coordonnée avec les autres acteurs internationaux et, surtout, les Banques publiques de développement que nous réunirons dans le cadre d’un grand sommet en Novembre prochain à Paris. [ .... ] C’est comme cela que nous serons la hauteur des attentes des dirigeants africains ».


Pour sa part, Ylias Akbaraly estime que les bailleurs de fonds, impliqués dans le financement de projets, « revoient leur cadence de déblocage et que les procédures de demande de financements soient plus rapides », eu égard à l’urgence du moment.

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Sur le plan monétaire, l’adoption de " l’ Eco " comme monnaie unique — qui se substituera prochainement au Franc CFA en Afrique de l’Ouest — donnera lieu à une gigantesque opération d’échange de circulation de pièces et billets de banque dans tout le périmètre géographique de la CEDEAO (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest). Toutefois, un allongement de la période transitoire concernant ce changement de monnaie pourrait être dommageable pour la productivité et la compétitivité des entreprises de la sous-région déjà fragilisées par le contexte sanitaire. Selon Kako Nubukpo, le moment est venu de mettre à l’épreuve le volontarisme présumé et la capacité d’action des autorités françaises et ouest-africaines, sur fond de crise pandémique mondial :

« [ ... ] Ce qui se joue à l’heure actuelle, c’est un test de sincérité de la part de la France, par rapport à son discours de renouveau du pacte franco-africain, et un test de crédibilité de la part des dirigeants africains par rapport à leur capacité à mener un schéma de transition monétaire. [ ... ] Il faut donc mener la réforme très rapidement autour des 15 États de la CEDEAO, bien au delà de la zone franc [ .... ]. Il faut sortir les anciens billets du circuit pour en injecter des nouveaux, s’assurer qu’il n’y ait pas de faux monnayeurs et créer une sorte de confiance [ ... ]. La crise nous apprend que l’on ne peut plus se satisfaire de la seule recherche de la stabilité des prix. L’enjeu, c’est la stabilisation macro-économique, la création d’emplois et de revenus ... ».


Bien avant l’arrivée de la pandémie de Covid-19, les deux derniers baromètres "Africa Leads" publiés par l'institut IMMAR mettaient en évidence une dégradation croissante de l’image de la France auprès de ses partenaires commerciaux traditionnels en Afrique.


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Mais force est de constater que dans un contexte mondial difficile où le multilatéralisme s'est montré particulièrement défaillant, dans un environnement géopolitique au sein duquel les États-Unis se tournent davantage vers l'isolationnisme, et ceci dans une atmosphère d'hostilité croissante à l’égard de la Chine qui affiche clairement de grandes visées expansionnistes à travers les routes de la soie, les relations économiques entre l'Hexagone et le continent africain peuvent en sortir renforcées durablement.

Plaidoyer pour une accélération du processus d'intégration économique de l'Afrique


La crise du Covid-19 a mis en évidence la forte dépendance des pays d’Afrique aux importations dans certains secteurs. La plupart d’entre eux ont été exposés au ralentissement de l’activité mondiale pendant la période de confinement, ce qui a permis identifier clairement les zones de vulnérabilité de la structure productive de leur économie.


« [ ... ] Pendant cette crise, des pays comme le Pakistan ou l’Inde n’exportaient plus leur riz afin de nourrir leur population, constate le dirigeant du groupe Sipromad, Ylias Akbaraly. Nous les Africains avons rencontré des difficultés face à cette situation. Notre première réaction a été de se demander comment nous allions nourrir nos propres populations. L'agriculture revêt une importance toute particulière pour l'Afrique. Le développement de ce secteur permettrait de devenir autonome. Les grands groupes africains devraient vraiment s’en inspirer pour reproduire ce modèle [ .... ]. Dans les 90 jours qui suivent, nous allons nous-même boucler un important projet d’investissement évalué à plus 100 millions de dollars consacré à la culture de maïs et du soja [ ... ] ».


Même son de cloche du côté de Philippe Labonne, considérant que « La crise a fait clairement apparaître le besoin et la nécessité de localiser des unités de production en Afrique », à la condition que le continent soit doté de marchés de taille critique et attractifs.


De l’ État providence à " l’Entreprise providence "


L’ État n’étant pas en mesure d’endosser pleinement son rôle de puissance publique au service de l’intérêt général dans un bon nombre de pays africains, quelques grandes entreprises ont été amenées à affecter une partie de leurs ressources financières en faveur de leur propre modèle social, à l’instar du groupe Bolloré .


« Dans les pays africains, il n’existe pas d’amortisseur social. [ ... ]. Nous avons été guidés par des actions de solidarité et nous avons injecté plus de 5 millions d’euros, soit sous forme de dons de matériel médical, de soutien financier ou bien de réduction tarifaire sur des produits de première nécessité [ ... ] » souligne le directeur général adjoint de Bolloré Transport & Logistics, Philippe Labonne.


Dans cette même lignée, le groupe Sipromad a fait la démonstration de son utilité pour le collectif, en répondant aux besoin d’assistance et d’égalité.


« Que ce soit à Madagascar ou en France, aucun de nos employés n’a été mis au chômage technique. [ ... ] Nous avons tout de suite créé un fonds de solidarité par rapport à cette situation de crise, car nous avons constaté que nos collaborateurs se trouvaient dans une situation financière difficile. [ ... ]. L'un de nos centres de Tananarive, destiné à l’origine à la lutte contre le cancer, servira désormais à soigner les personnes qui sont touchés par le Covid-19. La date d’inauguration de ce centre est prévue le le 22 Juin 2020 » a déclaré Ylias Akbaraly.


Par Harley McKenson-Kenguéléwa




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