• Harley McKenson-Kenguéléwa

Commerce africain : L’Afrique au cœur de la ZLECA, une méga-zone de libre-échange

Mis à jour : mai 16


L’Afrique se renforce avec la mise sur pied d'une Zone de Libre Échange Continentale Africaine (ZLECA), un gigantesque espace géographique, à l'intérieur duquel les marchandises circuleront librement entre 54 États de l’Union africaine, avec pour finalité une exemption des droits de douane . Moins importante que d’autres accords de libre-échange (RCEP, Union européenne, USMCA …), cette zone devra cependant amorcer d’autres étapes du processus vécu pour renforcer son attractivité et consolider son intégration.

Lors de la conférence "Forum Afrique" qui s’est tenue le 7 Février 2020 dans l’enceinte de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris Île-de-France, dans laquelle était présent le webzine CEO Afrique — sous les thèmes intitulés respectivement " La ZLECA : utopie ou projet raisonnable ? " et " L’intégration régionale favorise-t-elle le développement du commerce et des investissements intercontinentaux ? " — , dirigeants d’entreprise, experts et spécialistes ont présenté les opportunités offertes par cet espace économique et abordé les défis qui attendent les gouvernants africains.




Dans le cadre de la vision de l'Agenda 2063, l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde vient de naître en Afrique. Comme l’indiquent ses initiales, la ZLEC ( ZLECA ou ZLECAF : Zone de Libre-Échange Continentale Africaine), a adopté la date du Vendredi 1er janvier 2021 pour sa mise en application, lors de la 13ème session de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine organisée en vidéoconférence sous présidence sud-africaine. Ce partenariat économique continental rassemble donc tous les pays d'Afrique, soit un marché de 1,2 milliard de consommateurs, excepté l'Érythrée. La ZLECA a pour objectif de favoriser les investissements et les échanges commerciaux entre les cinquante-quatre pays concernés et s’appuie sur d'autres accords de libre-échange, toujours existants, qui en ont constitué ses fondations : le Marché commun de l'Afrique orientale et australe [ COMESA : Common Market for Eastern and Southern Africa),NDLR ], la Communauté d'Afrique de l'Est [ EAC : East African Community, NDLR ] , la Communauté de développement d'Afrique australe [SADC : Southern African Development Community, NDLR ] , la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC), la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et l'Union du Maghreb arabe et la Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD). Elle vise à terme la circulation des marchandises, avec une suppression de 90 % des droits de douane pour les pays membres.


« [ ... ] La première chose à faire, c’est de consolider et synchroniser tous ces blocs régionaux » estime Patrick Sevaistre, consultant en politiques publiques en Afrique et membre du comité de direction du CIAN (Conseil français des Investisseurs en Afrique).

La genèse de l’idée remonte à janvier 2012, lors de la 18e session ordinaire de la Conférence de l'Union africaine. Après près de cinq ans de discussions, depuis le lancement du premier forum de négociation de la zone de libre-échange continentale qui s’est tenu à Addis-Abeba en Éthiopie, l’Union Africaine semble donc avoir réussi à mettre en œuvre une intégration régionale économique accélérée sur tout le continent.


Un coup à jouer pour l' Afrique


L’avènement de la Zone de Libre-Échange Continentale africaine peut être considéré comme le début d’une ère nouvelle ou simplement comme un moment charnière de l'histoire économique dont les entreprises doivent pleinement profiter. L’Angleterre a initié la révolution industrielle vers la fin du XVIIIème pour se répandre dans toute l’Europe du Nord-Ouest et aux États-Unis. Les USA ont exercé leur leadership tout long du XXème et le centre de gravité de l’économie mondiale s’est clairement déplacé en Asie au début du XXIème siècle, avec des destinations d'affaires de premier plan comme Singapour, la Corée du Sud, la Malaisie ou l’Indonésie et, en chef de file, la Chine qui se permet de titiller sans complexe la suprématie américaine. Le projet de ZLECA, quant à lui, appuie considérablement la consolidation de coopération entre ces cinquante-quatre pays africains et leur tissu économique et industriel y trouvera une opportunité d’approvisionnements et de débouchés. À l’heure actuelle, la part du commerce intra-africain est encore faible, soit près de 16% du total des échanges de marchandises de l’Afrique. Le but recherché est d’inciter les entreprises localisées au sein de la ZLECAF à y conquérir de nouveaux marchés, offrir des gammes de produits plus larges, réaliser des économies d’échelle, faire face à armes égales à la concurrence internationale (hors Afrique) et, bien entendu, identifier les fournisseurs qui correspondent à leurs attentes, ce qui pourrait amener à une densification des chaînes d’approvisionnement dans cette zone.